‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 230 sur 367 · Strahl, même ouvrage, p · texte numérisé non relu

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H. Strahl , Bâitrâtje *ur Russisrhen Kirchemjetchirhte, p. 210

un siège archiépiscopal fut élevé dans la ville de Kasan (1555)', enfin, le christianisme, prêché en Sibérie depuis 1558, pénétra jusqu'aux alentours de l'antique berceau du monde et jusqu'à l'extrémité de l'Asie.

Au règne de Fœdor Ier, fils de Ioann IV, se rapportent ensuite deux faits d'une extrême importance, faits dont l'un est le rétablissement de l'Union dans les provinces occidentales, et l'autre la fondation du patriarcat. Tous deux doivent nous occuper un instant.

L'Union, avons-nous dit plus haut (p. 503), fut proclamée à Brzesc, en 1594. Voici comment elle reparut en Russie, peu de temps après la tentative faite au nom du pape par le jésuite Possevini, avec lequel Ioann IV, on s'en souvient, eut lui-même, en présence de toute sa cour, un colloque sur la suprématie papale. De 1529 jusqu'à la fin du siècle , les colloques sur des matières religieuses étaient, comme on sait, à l'ordre du jour dans les pays d'Occident. Pas plus que la plupart des autres, celui de Moscou ne produisit un résultat ; mais ce que la puissance des idées ne réussit pas à accomplir, souvent les intérêts et les passions des hommes le réalisent. A cette époque-là, Job étant métropolitain, les patriarches d'Orient venaient quelquefois à Moscou , afin d'y faire des quêtes pour la construction d'une nouvelle basilique métropolitaine, à la place de Sainte-Sophie qui avait été transformée en mosquée; ce fut d'abord celui d'Antioche, puis aussi celui de Constantinople*, Jérémie II, pontife, dont Fœdor Jer, ou plutôt son premier ministre Boris Godounof, se servit pour instituer le patriarcat russe comme il sera dit tout à l'heure. En passant par Kief (1589),

1 . Karanuine, t. VII, chap. îx (p. 370) ; Strahl, Geschichte d. R. A'., t. Ier, p. 585.

2. Karamzine, t. IX, chap. iv (p. 182); Sdirœck, Chrislliche Kirchengeftchichte seit der Reformation , t. V, p. 413. On peut aussi consulter Scluœck sur l'activité religieuse de Ioann IV.

Jérémie prêta l'oreille aux plaintes qui s'élevaient de toutes parts contre l'évêque de Loutsk, Cyrille Terletzki, à cause du scandale de sa vie. Il nomma une commission de prélats pour le juger. L'évêque de Loutsk, irrité contre ce censeur étranger et voulant se prémunir contre les conséquences de l'enquête , excita parmi ses collègues de l'épiscopat un grand mécontentement au sujet de cette ingérence. Les évêques de la Russie occidentale, alors en partie directement soumise à la Pologne , regardaient d'ailleurs d'un œil d'envie leurs collègues du culte catholique qui siégeaient au sénat de Varsovie et jouissaient de plusieurs autres droits dont le haut clergé schismatique était privé. Travaillé de cette ambition, le métropolitain de Kief, Michel Ragosa\ avait en outre des craintes personnelles, car il était marié pour la seconde fois, et l'accusation d'infraction à la pureté des mœurs pouvait l'atteindre lui-même. L'évêque de Loutsk sut décider le métropolitain à faire cause commune avec lui, et ils n'eurent pas de peine à tirer dans leurs intérêts l'évêque de Vladimir en Volynie, Hypatius Pociey, homme d'une intelligence supérieure, versé dans la théologie, et (jui, inclinant à l'Union, était un adversaire du siège de Constautinople. Tous trois résolurent de se soustraire à cette obédience en reconnaissant la suprématie du pape. Pociey avait déjà essayé d'agir sur l'esprit des autres évêques de la Russie occidentale dans des assemblées synodales, qui toutefois étaient restées sans effet; vers la fin de 1594 il en réunit une nouvelle à Brzesc, où se rendit aussi le métropolitain Ragosa. Sous prétexte que le patriarche négligeait l'Église russe, on décida la réunion de celle-ci avec l'Église latine, sur la base du concile de Florence, sauf certaines restrictions relatives au maintien du rite et

I, Karamstipe, t. IX, diap. vi lp, 3)7/

de la langue slavons, et avec cette autre réserve que les évêques élus n auraient pas besoin de la confirmation du pape'. Terletzki et Pociey se rendirent ensuite à Rome, où Clément VIII sanctionna ce qu'ils avaient fait. Munis de sa bulle, ils retournèrent en Russie après l'avoir présentée au roi Sigismond II Wasa, à Varsovie. Cependant les évêques de Léopol (Lemberg) et de Pérémyschl refusèrent d'accéder à l'Union, et elle trouva en outre un adversaire énergique dans la personne du prince Constantin d'Ostrog-, ce grand Mécène russe, voïvode de Kief et maréchal de Volynie, qui avait fait imprimer pour la première fois, en 1581, dans sa ville d'Ostrog (Volynie), la Bible complète cyrillo-slavonne. Car le prince y avait établi une imprimerie, comme il en existait une à Moscou, depuis 1553, laquelle, onze ans plus tard, avait mis au jour la première grande impression russe, YApostol, c'est-à-dire les Evangiles et les Actes des Apôtres. Une opposition si bien appuyée rendit orageux un autre concile de Brzesc, de 1596, où l'acte d'Union fut décidément adopté. Sigismond le proclama et le rendit exécutoire pour ses États5; les menées des jésuites réussirent à le faire adopter, même dans la Russie occidentale, surtout pendant l'interrègne du Faux-Dimitri, qui s'installa sur le trône des tsars avec le secours des Polonais. L'Union se maintint alors dans la Russie occidentale jusqu'en 1839, et les orthodoxes ne formèrent plus que la minorité *. Mais l'Eglise de Moscou, non contente de protester, excommunia aussi les dignitaires de la nouvelle Église papiste, et se hâla de nommer un autre métropolitain « orthodoxe »

1. Oustnalof, trad. allem., t. I, r, p. 301. Cf. Engel, Geschichte der Ukraine, •lans Hallische AUg. Wellgeschichte , t. XLVIII, p. 98.

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