III
la Russie serait le troisième en rang, après ceux de Constantinople et d'Alexandrie , avant ceux d'Antioche et de Jérusalem. Il fut décrété en outre qu'il y aurait désormais en Russie quatre métropolitains, à Novgorod, Kasan, Rostof et Kroutitzy1; six archevêques, à Vologda, Souzdal, Nijni- Novgorod, Smolensk, Riaisân et Tver; et huit évêques, à Pskof, Rjef, Oustioug, Bélo-oséro, Kalomna, Vladimir eu Sévérie et Dmitrof.
Quand tout cela fut réglé et que Fœdor, avec son épouse, la tsarine Irène , eut à différentes fois reçu le patriarche œcuménique, soit à des banquets, soit pour des réunions de prières, Jérémie demanda une audience de congé. Là, le tsar, comme à sa première entrevue avec lui, lui fit prendre place sur le trône à côté de lui, le combla de nouveaux présents, et ensuite le reconduisit jusqu'à la Porte d'or de sa résidence, d'où Job le ramena au palais désormais patriarcal, qui existe encore auprès du monastère Tchoudof, au Kreml, et où l'on va voir des antiquités et des reliques de toute espèce. Peu de jours après, Jérémie partit avec tout son cortège, emportant une forte somme pour sa nouvelle église patriarcale et muni d'une lettre adressée par le tsar au sultan Mourad III, afin de l'intéresser au sort des chrétiens d'Orient et de recommander leur chef à sa munificence impériale.
Tout ce qui venait d'être fait fut ratifié par un concile tenu à Constantinople, en 1593, et les autres patriarches y adhérèrent également. Job ne gouverna l'Eglise de Russie queju8qu'en 1605. Ennemi déclaré des catholiques, qu'il alla jusqu'à nommer des infidèles, il fut éloigné de son siège par le Faux-Dimitri, qui le fit enfermer dans un cou-
t . Éparchie ainsi nommée des hauteurs ou raidillons (hroutosth) dont Moscou est environné et sur lesquels était le palais de Tévêque. L'éparciiie de KroutiUy a , dans la suite, été transformée en celle de Kalouga.
LA SOCIÉTÉ religieuse; église nationale. 515
vent et paraît même avoir ordonné son assassinat. Strahl1 désigne Ignace, auparavant évêquede Riaisân, comme ayant été le second patriarche; mais Ignace fut un intrus, partisan de l'Union, et il n'est pas compris par les Russes dans la liste des dix patriarches qui gouvernèrent leur Église de 1589 à 1700. Le second patriarche russe fut en réalité l'illustre Hermogène (1606-1612), auparavant métropolitain de Kasan et d'Astrakhan et dont le pontificat tomba dans l'intérim , époque de crise et de malheurs pour toute la Russie, partagée alors entre les Polonais, maîtres de Moscou, et les imposteurs qui succédèrent au Faux-Dimitri. Ardent patriote, Hermogène, de concert avec Abraham Palitsyne, moine titré de la lavra (monastère supérieur) de Troïtza, contribua puissamment à la délivrance du pays et périt martyr de cette sainte cause; car les Polonais, après l'avoir enfermé dans le monastère de Tchoudof, l'y laissèrent mourir de faim. Alors il y eut une vacance de prés de sept ans, au bout desquels fut élevé au trône patriarcal, par élection, Philarète (1619-1633), le père du tsar de la nouvelle dynastie, jusque-là métropolitain de Rostof, et qui dans le monde s'était appelé Fœdor Nikititch Romanof *. Il avait été, sous le règne des deux Godounof, l'objet de longues persécutions; puis, chargé d'une haute mission politique près du roi de Pologne, il avait été retenu en captivité pendant neuf ans. Le sacre lui fut conféré par Théophane, patriarche de Jérusalem, alors présent à Moscou. Philarète était un homme plein de sagesse et de lumières. Son fils, le tsar Mikhaïl Fœdorovitch, mû par son respect filial, fil encore de lui son corégent, et on a vu plus haut (p. 239) que leurs deux
t. Beitrage, p. 222. Cf. Oustrialof, t. Ier, p. -434.
2. Voir la notice que nous lui avons consacrée dans l'Histoire intime > t. Ie*, p. 335 et suiv., 369 et suiv. Voir aussi plus haut, p. 236-240, et Strahl, Do* gelelirte Russlandi p. 179-t84.
SECOiNDE SECTION. — CHAPITRE III.
noms figurèrent depuis conjointement en tète des oukases. Participant ainsi à la puissance tsarienne, ce patriarche éleva si haut sa dignité pontificale que, sous les successeur* des deux princes, il dut être difficile d'assigner à chacun, au tsar et au premier pasteur, sa vraie place1. De là devaient naître des embarras. On appelait le patriarche * trèssaint kyr » (du grec xu'pioç), vélikii gospodine ou même véli- ^u^owrfrtr(grand-seigneur),comnielcsouverainlui-mênie. Son trône, devant le sanctuaire, faisait pendant au trône du dernier, et, comme lui, il siégeait sous un riche baldaquin dans la cérémonie du couronnement, que seul il avait le droit de célébrer, revêtant en même temps le monarque des « saintes croix » et des « saintes barmes\ » A la procession du dimanche des Rameaux, sa mule ou plutôt son âne était conduit par le tsar en personne, ou, à son défaut, par un des principaux dignitaires de la cour '. De vastes terres constituaient au pontife un revenu considérable; il était, comme nous l'avons dit, entouré d'une cour assez brillante et avait ses propres officiers.
Parmi les successeurs de Philarèfe, nous pouvons non* borner à une simple mention nominale relativement à Joasaph 1er (1634-1641), et même par rapport à Joseph (1642- 1652), quoique ce dernier se soit occupé avec zèle et effort de la révision des livres d'Église, affaire depuis longtemps à l'ordre du jour, mais sur laquelle, vers 1640, les publications du clergé uni paraissent avoir rappelé l'intérêt avec plus de vivacité.
1. «L'autorité du patriarche est si grande qu'il partage en quelque façon la souveraineté avec le grand-duc*, dit à l'année 1636 le voyageur Olearius (traduction de Wicquefort, t. 1er, p. 363).