Voir plus haut, p
3. On peut en voir une représentation dans les dessins lithogmphiés faisant partie de Ylter in Mosehoviam du baron de Maycrberg, et que l'excellent F. Adelung, érudit qui nous honorait de son amitié , a publiés aux fiais du comte Routnantsof (1827), planche 50.
LA société religieuse; églisr nationale. 517
Après eux vint Nicon (1652-1667), prélat remarquable contre lequel les accusations les plus graves ont été accumulées1, et que, dans tous les cas, on ne peut pas absoudre de celles d'une vanité excessive et d'un grand esprit de domination, mais qui, par ses lumières, sa fermeté vigoureuse jusqu'à l'entêtement, son amour du travail, de la science et de la vérité, mérite d'être compté au nombre des hommes les plus éminents de l'histoire de Russie. Fils d'un paysan du pays de Nijegorod, il fut consacré prêtre et se maria. Mais les deux époux s'entendirent pour dissoudre leur union et servir Dieu chacun séparément. Comme moine, Nicon alla à Moscou, où le tsar Alexis Mikhaïlovitch l'ayant connu et pris en affection, il fut nommé archimandrite du monastère Novo-Spaskoï. Bientôt après, il fut élevé au siège métropolitain de Novgorod, ce qui ne l'empêcha pas de paraître fréquemment à la cour et de consacrer une partie de son temps à Alexis, à qui il devint de plus en plus nécessaire et agréable f. Consulté par lui dans les affaires les plus importantes, il le persuada, malgré l'opposilion du patriarche, d'introduire dans la chapelle tsarienne le chant d'église grec à plusieurs voix , tel qu'il se pratiquait déjà à Kief. A la mort de Joseph Ier, Nicon avait quaranle-sept ans'; grâce à la faveur du souverain, il devint le successeur de ce patriarche, et alors commença pour lui une vie pleine d'une activité fébrile, mais dépourvue peut-être de la prudence et
1. Voir enfre autres dans les Fastes de la Pologne et de la Russie, t. Il, p. cxxxvi. Le baron de Mayerberg attribue ces accusations et les malheurs de la vie de Nicon nimiœ indulgentiœ quâ genio suo, novarvm rerum cupido, obsecundabat [lier in Moschoviam , p. 87). Voir sur ce patriarche, Millier, Sammlumj, t. V, p. 541-559; Strahl, Das gelehrte Rnssland, p. 216-247; Henmann, t. III, p. 666-682 ; Oustrialof, t. Ier, p. 388-390, etc. Oléarius (trad. de Wicquefort, t. \eT, p. 363) parle de la bonne humeur de Nicon.
2. Cum Nicon paliiarcha, (sari accepfissimus , apud eum omnipotent viderelur. . . Mayerberg, ibidem.
3. Suivant Straul , il était né en mat 1605 ; Mûller avait dit en 1613.
de la mesure que commandait une si haute position. La révision définitive des livres d'église, surtout imprimés, était la tâche qu'il se proposa aussitôt, sans préjudice d'autres réformes qui lui paraissaient également urgentes. Nicon, dit M. Herrmann, tétait convaincu de la nécessité d'une transformation intime par rapport à sa nation; sa volonté se trouva d'accord avec cette nécessité, mais il échoua contre les impossibilités de l'exécution. » Avec la permission du tsar, il convoqua à Moscou, en 1654, un synode composé de 32 évêques, archimandrites et protopopes, auxquels il fit agréer son projet de soumettre à une révision sévère les textes corrompus des éditions en usage', au moyen de vieux manuscrits rassemblés dans des couvents russes, grecs et autres, surtout dans les couvents du mont Athos, d'où un moine, envoyé exprés à Conslanlinople, en rapporta jusqu a cinq cents. L'avis favorable du patriarche grec et de ses collègues d'Orient encouragea Nicon dans son entreprise hardie et laborieuse. Au fond, c'était simplement un travail de critique biblique, sans aucune prétention d'innover et où n'entrait pas la pensée de joindre des commentaires au texte sacré ; mais comme le pontife russe venait aussi de créer des écoles grecques et latines, comme, au temps de la peste de 1656, il donna l'ordre d'enlever élans quelques maisons particulières des images, objets d'adoration devant lesquels on se pressait avec extase, et défendait certaines pratiques ou nuisibles ou indécentes, comme il se montrait sévère à l'égard du clergé, auquel il donnait lui-même l'exemple d'une vie austère et de mœurs rigides, enfin comme, par son esprit allier, par l'ascendant qu'il avait sur Je tsar et surtout par l'énergie qu'il mil à poursuivre les abus, il s'était fait de nombreux ennemis el
I. Nous expliquerons plus loin comment ces texte* se sont corrompus.
envieux à la cour et parmi les boïars\ des clameurs s'élevèrent contre lui de toutes parts, et quelques prêtres fanatiques de Moscou, de Kostroma, de Tobolsk et d'autres lieux, poussèrent la contradiction jusqu'à la révolte. Nicon croyait de son devoir de n'admettre au diaconat que ceux des candidats qui savaient au moins lire et écrire : cela fut regardé comme une exigence exorbitante. Des actes arbitraires, tels que la destitution d'un évêque de Kolomna , ordonnée sans l'intervention d'aucun tribunal ecclésiastique, vinrent se joindre à ces griefs et leur donner une apparence de justice. Nicon d'ailleurs poussait le tsar à des innovations dans son gouvernement; entre autres, il lui donna l'idée d'un emprunt à faire à l'étranger, chose qui jusqu'alors n'était venue à l'idée de personne. Par toutes ces causes , des cris s'élevèrent de toutes parts contre le premier pasleur; les boïars faisaient chorus avec le clergé, et la grosse voix du peuple ne tarda pas à se mêler à la leur. Les gens à idées étroites qui, depuis le premier moment où il fut question d'une révision des textes sacrés, avaient entretenu l'irritation dans l'Église, profilèrent de ces dispositions du public pour justifier leur absurde opposition contre une réforme nécessaire. Faisant du nom de niconiens un terme » de mépris qu'ils appliquèrent à l'Eglise quand elle voulut rester fidèle à cette réforme, ils se séparèrent d'elle et prirent pour nom distinctif celui de siaroverUi ou de vieuxcroyants 2. Cette dissidence se communiqua de proche en proche, et finit par gagner le corps des strélilzes qui se déclara énergiquement contre les novateurs. Cependant l'Église la flétrit et traita ses partisans de schismatiques ou hérétiques, ce qui s'exprime en russe par le mot de raskol-
1. Voir le livre très-digne d'attention Le Raskol (1859), p. G.