‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 236 sur 367 · De vera, fui, et *tarii, vieux · texte numérisé non relu

De vera, fui, et *tarii, vieux

niki. Nous nous occuperons d'eux plus loin, ainsi que de toutes les sectes russes.

Malheureusement pour Nicon, qui avait conseillé la guerre de Pologne et celle contre la Suède (1654-1 667), cette dernière réussit mal ; d'ailleurs la longue absence d'Alexis affaiblit son attachement pour le pontife, et comme, en plusieurs circonstances, il eut à se plaindre de sa susceptibilité et de ses hauteurs, il cessa de le soutenir contre ses ennemis. Nicon, ne pouvant supporter ses froideurs, se dépouilla volontairement de la dignité partriarcale (1658) pour se retirer dans le monastère de Vosskrécensk ou de la Nouvelle-Jérusalem, qu'il avait fondé non loin de Moscou. Sans doute il se flattait que cette démarche alarmerait le tsar et le lui ramènerait complètement, car son intention n'était nullement d'abdiquer; comme pourtant elle ne produisit pas cet effet , il se hâta de revenir et de reparaître devant les autels de la cathédrale Ouspenski , paré de ses ornements pontificaux. Mais alors Alexis lui fît demander de résigner son titre, et comme Nicon s'y refusa, convoqua un concile afin de faire prononcer sa destitution. Ce concile ne se reconnut pas de compétence pour cela; néanmoins Alexis tint bon; il en réunit un autre (1667) auquel il convoqua aussi les patriarches d'Orient. Ceux d'Alexandrie et d'Anlioche parurent en personne ; les deux autres se firent représenter par des délégués munis de leurs pleins-pouvoirs. Ainsi le patriarche de toute la Russie fut solennellement mis en jugement. Après l'avoir entendu à trois reprises, l'assemblée déclara Nicon déchu de sa dignité et l'exila dans un couvent lointain. A sa place, elle éleva au trône patriarcal l'archimandrite de la laure de S. Serge à Troïtza, lequel prit le nom de Joasaph II1 et reçut le sacre des

1 . Selon Oustrialof. C'est sans doute par erreur que Straul écrit Joseph II. — Le nom u> laure a été expliqué p. 495 , note 4.

LA société religieuse; église nationale. 521

mains des deux patriarches étrangers, assistés du haut clergé russe. Cependant l'œuvre de Nicon ne fut pas entraînée dans la chute du pontife. Un autre concile, réuni à Moscou encore dans la même année et auquel les mêmes dignitaires prirent part, la déclara irréprochable et y ajouta même un complément, ainsi que quelques corrections nouvelles. Puis en 1674, on s'occupa aussi d'une nouvelle traduction de la Bible du grec en vieux slavon.

En attendant, le courageux promoteur de toutes ces améliorations, le plus grand ami des lumières qu'ait produit l'Église russe, expiait dans un dur exil le lorl d'avoir manqué de souplesse et de soumission. Mais il employa utilement ses loisirs forcés en faisant compiler sous ses yeux , par les moines du couvent, l'importante et très -détaillée chronique qui porte son nom et dont l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg a publié une édition en 8 vol. in-40'. Alexis, avant de mourir, se souvint de Nicon pour apporter quelque adoucissement à son sort, et le successeur d'Alexis, Fœdor II, lui permit, en 1681, de retourner au monastère de Vosskrécensk. Mais le vieillard, qui mourut en roule, à ïaroslavl, ne put plus jouir de sa réhabilitation.

Au second synode de 1667 dont nous avons parlé furent aussi rapportées les décisions du Stoglavnik de 1551 et remplacées par 35 canons nouveaux.

Joasaph II continua d'occuper le trône patriarcal jusqu'à sa mort, en 1672. Alors y monta Pitirim, qui mourut déjà au bout de dix mois. Joachim, jusqu'alors, comme lui, métropolitain de Novgorod, y siégea de 1674 à 1690. Sous lui, un nouveau concile (1674) acheva l'œuvre de la révision des textes sacrés, et sur sa proposition le tsar Fœdor 11

t. Rouxikaïa Lètopû, po Ntionovou spiskuu , 1767-1792. Sur cette chronique de Nicou . voir Karamzine, t. Ier, Introduction, et Sjrahl, Dus gelehrtf Russlaml, p. 243.

fonda à Moscou (1682) l'Académie slavo-gréco-latine qui y existe encore. Il seconda énergiquement le monarque dans l'abolition du meslnilchestvo. Ce fut aussi pendant le patriarcat de Joasaph II que se Uni (1682) le synode où le pope schismatique Nikita eut la faculté de défendre ses opinions en présence du chef de l'État et de celui de l'Église. Un mouvement inaccoutumé régnait dans cette dernière. Le savant évêque de Polotsk Siméon disposait même le tsar en faveur de réformes nouvelles et plus efficaces, en même temps qu'il donnait l'exemple de la prédication libre, jusqu'alors inusitée en Russie, et traduisit les Psaumes en vers russes1. En 1686, Gédéon, évêque de Sloutsk, ayant été élu métropolitain de Kief, alla se faire consacrer par le patriarche à Moscou, et de cette manière cette antique métropolie, jusqu'alors indépendante et dont le chef portait le titre d' archevêque-métropolitain de Kief, de la Galicie et de la Petite-Russie y se rangea sous la même autorité que tons les autres évêques russes de l'Église orthodoxe, parmi lesquels le premier rang lui fut assigné. Les deux tsars qui, à cette époque, régnaient conjointement, Ioann et Pierre, envoyèrent à ce sujet à Constantinople afin d'obtenir l'assentiment du patriarche œcuménique, au siège duquel la mélropolie de Kief avait ressorti jusqu'alors directement. La négociation réussit et une patente constata l'adhésion du chef de l'Église de Byzance.

Adrien (1690-1700), métropolitain de Kasan, qui succéda à Joachim, eut une position difficile vis-à-vis d'un souverain peu enclin à respecter les anciens usages, quoique personnellement respectueux envers la religion et convaincu de la nécessité de son empire sur les âmes. Pierre le Grand, en renouvelant tout dans son pays, entra aussi en conflit avec

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