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LA société religieuse; église nationale. 523

l'Église et résolut de se soustraire à l'influence du patriarche. Adrien était un homme trop faible pour ce temps de crise. Naturellement plein de défiance contre les nouveautés qu'il voyait s'introduire avec l'aide d'étrangers dont le culte n'était pas celui des Russes, il n'osa pourtant pas s'y opposer avec vigueur. Cependant, quand le tsar - réformateur sévit contre ceux qui lui résistaient et condamna à mort par centaines les strélitzes, le patriarche alla à lui processionnellement portant de ses propres mains l'image réputée miraculeuse de la Sle Vierge de Vladimir, qui est le principal trésor de la cathédrale Ouspenki, afin d'implorer la clémence de Pierre. Mais celui-ci ne se laissa pas fléchir. Ne voulant pas se soumettre plus longtemps à l'apparence d'égalité qui existait entre le tsar et le pontife, le hardi novateur abolit deux vieilles coutumes, d'abord celle qui voulait qu'au jour de l'an, le chef de l'État et le premier pasteur de l'Église s'embrassassent en public, et puis cette procession du dimanche des Rameaux dont nous avons parlé et où le tsar conduisait par la bride la mule que monlait le patriarche. Pierre changea aussi le comput de l'année, pour lequel on avait suivi jusqu'alors l'ère du monde d'après la Bible (version des LXX). Pour cela il célébra en 1700, qui était l'an du monde 5508, un jubilé solennel. Jusqu'en 1342 on avait commencé l'année à l'équinoxe du printemps; depuis celte époque1, c'était du 1er septembre qu'on la comptait: Pierre voulut que, conformément à l'usage établi dans l'Europe occidentale, on suivît l'ère chrétienne et que l'on commençât l'année au 1er janvier, niais suivant le calendrier julien que les Anglais et d'autres nations non catholiques n'avaient pas encore échangé alors contre le calendrier grégorien.

1. D'après une au lie version, depuis 1 492. Voir Stralil . Gesclnchte d. R. A'., t. r, p. 507.

Lorsqu'Adrien mourut, le 15 octobre 1700 (vieux style)1, Pierre le Grand, comme nous l'avons dit plus haut (p. 213), ne lui donna pas de successeur. Depuis le concile de 1667, aucun des patriarches d'Orient n'avait plus pris part aux affaires particulières de l'Église russe: il voulait que celle-ci ne dépendît désormais que de lui. Cependant il ne brusqua pas la chose, mais laissa à ses sujets le temps de s'habituer au régime nouveau qu'il était dans l'intention d'établir. Après avoir confié d'abord Yintérim au savant métropolitain de Riaisân Étienne Iavorski, il trouva bientôt dans un jeune moine des plus heureusement doués, dans Théophane Prokopovitch, que l'on compte avec Lomonossof parmi les pères de la littérature russe, un admirateur encore plut; convaincu ou plus complaisant, et alors il jugea le temps venu de faire le pas décisif. Né en 1681 , Théophane*, déjà préfet et professeur à l'Académie ecclésiastique de Kief, n'avait pas vingt-huit ans lorsqu'après la grande bataille de Poltava il eut l'honneur de complimenter le vainqueur au nom du clergé, dans un discours d'apparat. Le regard d'aigle de Pierre vit tout de suite quel parti il pourrait tirer des talents de ce jeune homme éclairé, ambitieux et qui avait déjà vu le monde (car il avait fait un séjour de trois ans à Rome). 11 ordonna de lui donner de l'avancement, se fil accompagner de lui dans la campagne de 1711 contre les Turcs, l'appela à Saint-Pétersbourg où il l'entendit prêcher plusieurs fois, lui conféra l'épiscopat et assista à son sacre, enfin le promut en 1720 à la dignité archiépiscopale, qui resta attachée à son nom, surtout après qu'il fut nommé par

I. C'est par erreur qu'on donne le plus souvent la date de 1702. VoirBergmann, Peter der Grosse, t. H, p. 66, et Wichmann, Chronoluyi*che Uehemchl der Rtiêaiêchen Geschichte, à l'année 1 TOO.

t. Voir la vie de Théophane dans Strahl, Dus gelehrte Rutsland, p. 332-3-r>8. Cf. Bergmaon, ouvrage cité, t. V, p. 117 et suiv.

Catherine Iere, dans l'année même de la mort de son époux, archevêque de Novgorod. Il mourut à l'âge de 55 ans, en 1736. Ce fut comme évêque de Pskof que Théophane Prokopovitch rédigea par ordre du tsar le règlement ecclésiastique qui devait à l'avenir régir l'Eglise russe. Sous l'autorité du monarque, celle-ci devait être administrée par un collège de prélats et de fonctionnaires présidé par un métropolitain , qui aurait pour assistants deux vice-présidents également choisis parmi les premiers dignitaires ecclésiastiques. Ce collège, installé le 25 janvier 1721, fut appelé le très-saint synode dirigeant, et les patriarches d'Orient consentirent à traiter avec lui d'égal à égal. Théophane y lut appelé comme second vice-président. Le règlement dont nous avons fait mention fut joint au Nomocanon, dont nous parlerons plus loin, en guise de supplémenl. Autorité suprême dans l'Église, le synode permit cependant au chef de l'Etat d'y établir sa prépondérance, ce dont Pierre profita pour composer l'épiscopat selon ses vues, pour ordonner la réforme des couvents et des religieux (1724) et pour sanctifier le sol de sa seconde capitale par la translation à Saint- Pétersbourg des reliques de S. Alexandre Nevski, héros national qui avait combattu pour la patrie sur les bords de la Né va. Un monastère de premier rang (lavra, laure), comme ceux de Kief (Petcherski) et de Troïlza, ne tarda pas à selever sur les lieux où furent déposées les reliques du saint.

Il sera question plus loin de la sécularisation des biens des couvents par Pierre III (1762) et par Catherine II (1764), car nous abrégeons cette esquisse de l'histoire de l'Église russe relativement au XVIIIe et au XIXe siècle. Cependant nous ne pouvons passer sous silence au moins deux des grands dignitaires de cette Église, et il nous reste aussi à mentionner quelques faits d'une importance exceptionnelle.

Le premier des deux grands dignitaires fut Ambroisc ,

526 SECOiNDE SECTION. — CHAPITRE III.

archevêque (non pas métropolitain) de Moscou, de 1768 à 1771, homme remarquable par le courage éclairé qu'il opposa au fanatisme du peuple lors de la terrible peste qui, de Moldavie, s'était propagée jusque dans la vieille capitale. Ce courage ne se démentit pas dans le martyre, car avant d'être massacré par la foule, il demanda qu'elle lui laissât le temps de se préparer à paraître devant Dieu en célébrant encore une fois le saint mystère1. Le second fut l'archevêque, puis métropolitain de Moscou Platon (1775-1812), peut-être l'orateur sacré le plus éloquent dont ait à se glorifier l'Église russe, qui a reconnu en lui un nouveau Chrysostome et qu'il a servie en outre par une carrière exemplaire, ainsi que par une longue série d'utiles ouvrages5. Eugène de Boulgarie3, Eugène (Bolkhovitinof), métropolitain de KieP, et plusieurs autres prélats méritent tout au moins une mention, à raison de leurs écrits.

Dans l'ordre des faits, c'est un devoir pour nous de constater le progrès qui se manifesta, dans le clergé, depuis le milieu du dernier siècle, relativement à l'instruction. En 1767, il n'y avait eu encore dans tout l'empire, suivant Strahl, que 28 écoles ecclésiastiques avec 6,000 élèves; en 1784, ce nombre était doublé; en 1805, il y eut 57 écoles avec 24,000 élèves, et en 1861 on compta, d'une part 54 académies ecclésiastiques ou séminaires avec 15,700 étudiants, et d'autre part 18,587 écoles d'églises ou de couvents avec 320,350 élèves du sexe masculin et près de 50,000 du sexe féminin, puis 203 écoles paroissiales et de

1 . Nous avons consacré un article spécial à Ambi oiae dans notre Histoire intime, U II, p. 46U-464 ; on en trouvera d'autres dans Strahl, Das yelehrtc Russland, p. 389-392, et dans Bantysch-Kamenski , Slovar, etc., t. I'*, p. 30-37.

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