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donnée par plusieurs centaines de raille habitants et le métropolitain uni lui-même, Héraclius Lisofski, n'était pas éloigné d'adopter le même parti. De nouvelles conversions eurent lieu en 1794 et 4795. Le souvenir du culte de leurs pères n'était pas entièrement éteint au sein de ces populations et quelques mots d'un prêtre respecté suffisaient pour exciter en elles l'envie d'y retourner. D'ailleurs les paysans étaient restés presque seuls engagés dans l'Union: la plupart des nobles avaient, par des motifs d'ambition et d'intérêt politique, fait un pas de plus. De grecs-unis, ils s'étaient faits catholiques, et l'Église dont ils étaient des transfuges, ne pouvait pas être pour eux un objet de sympathie. Sous le tolérant Alexandre Ier, ce mouvement ne fit pas de progrès, mais il n'en fut pas de même sous Nicolas, qui, en vue de la russification des provinces ci -devant polonaises, s'occupa beaucoup des grecs-unis. Par oukase du 22 avril 1828, il en mit l'administration religieuse aux mains d'un collège de ce rite à Saint-Pétersbourg, collège dont il donna la présidence au métropolitain uniate Josaphat Boulgak1, lui-même enclin à la réunion avec l'ancienne Église et qui ne répugnait pas à agir dans ce sens sur les séminaires ecclésiastiques. Dix ans après, lorsque Josaphat mourut, Nicolas laissa la chaire de métropolitain vacante, et la présidence du collège grec- uni passa au plus ancien membre, à Joseph Semaschko, évêque de Lithuanie, pareillement favorable à la réunion. Tout était prêt pour consommer l'acte: les livres liturgiques étaient rectifiés, les ornements sacerdotaux se modifiaient, les cérémonies se rapprochaient insensiblement de celles du rite grec. Alors les trois évêques, celui de Lithuanie, celui d'Orcha et celui de Bresl- Litofski, se réunirent, à Polotsk, en un synode, où ils
i. Voir là-dessus, dans le Conversations-Lexicon der Gegenwart, l'article déjà cité, t. IV, p. 720.
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rédigèrent une déclaration ou adresse à l'empereur, dans laquelle ils demandèrent le retour de l'Eglise unie au giron de l'Église nationale1. Ce document fut immédiatement signé par 1,305 ecclésiastiques séculiers ou réguliers, et plus tard le nombre des signatures alla jusqu'à 1,607. «L'empereur, dit un journal de Saint-Pétersbourg, reçut cette adresse avec un profond sentiment de reconnaissance pour le Roi des Rois, et ordonna de la renvoyer au saint-synode (depuis un an saisi de cette affaire). Le saint-synode ressentit la même joie que l'empereur. Enlin le 25 mars (6 avril) 1839, la décision du saint-synode, qui approuvait la réunion, fut soumise à Nicolas, lequel la signa, en ajoutant ces mots au-dessus de sa signature: «Je remercie Dieu et j'autorise.» Le pape, au contraire, fit entendre de vives plaintes dans son allocution du 22 novembre de la même année; mais elles ne changèrent rien au cours des événements. La séance solennelle qui eut lieu le 30 mars au saint-synode, où l'évêque de Litbuanie fut introduit par le haut-procureur impérial, donna le signal pour les fêtes de réunion qui se célébrèrent dans les provinces occidentales, à Vitebsk, Polotsk, Vélige, Souraje, Orcha, Minsk, Vilna, etc. Les trois évêchés furent provisoirement maintenus, en même temps que la dignité archiépiscopale fut conférée à l'évêque de Lithuanie, et dans le saint-synode on forma un nouveau comptoir séparé, pareil au comptoir grousinoiméréthien qui y existait déjà. On l'appela « comptoir de la Russie Blanche et de la Lithuanie,» et l'archevêque Joseph en eut la présidence. Ainsi l'Église russe augmenta de
1. Voir ibidem, p. 721 ; Oustrialof, Regierung Kaiser Nicolaus L, p. 107; Lesur, Annuaire pour 1842, Appendices, p. 102-117; de plus, Dieneuesten Zustânde der katholischen Kirche beider Ritus in Polen und Russland seit Katharina IL bis auf unsere Toge, Augsb., 1841, in-8°, de 544- et 374 pages, et Die Staatskirche Russlands im Jahr 1839, Schaffh., 1844. par un prêtre de la congrégation de l'Oratoire.
un million et demi le nombre de ses fidèles. Celle de l'Union avait eu, encore en 1834, 2,006 prêtres, 342 moines basiliens et 74 religieuses; elle se composait de 1,339 paroisses et renfermait 42 couvents.
Peut-être y aurait-il lieu de dire aussi un mot de la propagande exercée par l'Église russe, sous le même règne (vers 1845), sur la population lettonne et prolestante des provinces Baltiques; mais ce mouvement, qui enleva, diton, au culte luthérien plus de 200,000 de ses adhérents, avorta en définitive et n'est pas encore suffisamment éclairci. Le vrai champ pour le prosélytisme de cette Eglise nous semblerait être le Caucase, la steppe des Kirghises, l'Asie centrale, certaines provinces même de la Russie d'Europe où l'idolâtrie n'est pas encore complètement extirpée. Toute autre propagande ne peut produire que de l'irritation parmi les populations auxquelles elle s'attaque et des ombrages parmi les nations de l'Europe occidentale, catholiques ou protestantes1.
L'exposé du dogme de l'Église gréco-russe n'entre pas dans le plan de cet ouvrage, où domine le point de vue politique et social. Ce qu'il était essentiel d'en dire se trouve déjà dans l'esquisse historique qui précède*. C'est une synthèse grandiose que le sentiment et l'imagination n'ont aucune peine à accepter et à laquelle, après tout, la critique n'a rien à voir, les choses de la foi n'étant pas du domaine de la logique. Toute argumentation théologique qui s'ap-
1. Un petit historique du clergé russe se trouve dans l'édition française de Nestor par Louis Paris, t. II , Table des origines, p. -48-68.
2. Sans parler des livres anciens de Pierre Moghila , de Théopbane Prokopovitch et de Platon Levchine , on peut consulter Stourdza , Considération* sur la doctrine et l'esprit de l'Église orthodoxe, 1816 , et Schmitt, Die morgenlàndische grieclUsch-russische Kirche, p. 4-67.
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puierait sur autre chose que sur la Bible et sur les Pères des quatre premiers siècles de l'ère chrétienne, est pour cette Église comme non avenue.
Quant au culte, dont la messe est l'acte principal, nous en avons traité ailleurs1 et nous avons déjà cité l'ouvrage de A. N. Mouravief, où Ton en explique les divers symboles. Le lecteur curieux d'approfondir cette matière trouvera en outre des aperçus instructifs dans les Etudes de M. le baron de Haxthausen*.
Arrivant à la constitution de cette même Église, nous indiquerons d'abord en peu de mots les sources où l'on en peut puiser la connaissance.
La principale et la plus ancienne est le Nomocanon. C'est une traduction plus ou moins modifiée du code grec de l'empire de Byzance connu sous le même titre, traduction que l'on attribue, mais à tort, suivant l'affirmation de Karamzine, au grand-prince S. Vladimir et qu'on fait remonter jusqu'à l'année 996. Quoi qu'il en soit de cette origine3, le moine Sinovii connaissait des copies du Nomocanon de l'époque d'Iaroslaf le Grand et d'Isiaslaf Ier, son fils. Ce code du droit canon règle la juridiction et la compétence des évêques, les droits et les revenus de l'Église, etc., selon le modèle qu'offrait l'Église de Constantinople. Il est complété
1. Statistique de la Russie, p. 213; Histoire intime, t. n, p. 357-384, etc. Voir aussi Schmitt, même ouvrage, p. 68-280.
2. Sur la liturgie, t. III, p. 116; sur la musique d'église, t. Ier, p. 116; sur les saintes images, t. 1er, p. 274 et t. III, p. 110, H 5 et 116, etc. Notons aussi que le savant Kopitar a fait insérer, en 1836, dans un recueil autrichien, des articles intitulés Die Kirchenbùcher der Russen , dont nous possédons, grâce à l'amitié de l'auteur, un exemplaire séparé.
3. Voir sur elle Karamzine, t. Ier, chap. x (p. 194 et 380), et Strahl, Beitrâge, p. 6.
par des lois ou ordonnances rendues en 1051 , 1138, etc.1. On ne doit pas confondre le Nomocanon avec la Kormtchaia Kniga, c'est-à-dire avec le Livre du Pilote ou du Gouvernail de l'Église, quoique celui-ci soit également traduit du grec, également un code de droit canon*, et d'une origine non moins vénérable. Cependant les plus anciennes copies qu'on en ait ne dépassent pas les années 1283 et 1280. Le saintsynode base encore quelquefois Tune ou l'autre de ses décisions sur la Kormtchaia Kniga, qui d'ailleurs, outre le droit ecclésiastique, renferme aussi de vieilles décisions sur des matières politiques ou de droit profane. Un document postérieur auquel est attaché le nom de la ville de Iaroslavl et qui est dû au prince apanagé Vassili Davydovitch, appartient au XIVe siècle et constate les privilèges par lui accordés aux couvents3. D'autres documents encore sont énumérés par Strahl, qui n'oublie pas, dans sa liste, le Soudebnik (Livre de Justice) de 1560, quoiqu'il soit avant tout un code de lois profanes, ni le Stoglavnik (Livre en cent chapitres) de 1551, composé en séance de concile, quoiqu'il ne fut jamais rendu exécutoire4; nous nous en référons aux consciencieuses recherches de ce savant russologue, qui seulement nous paraît avoir oublié le règlement additionnel au Nomocanon rédigé, selon les vues de Pierre le Grand, par Théophane Prokopovilch, et dont nous avons fait mention à la page 525. Quant au Statut comistorial (Konsistorialnii Oxtstaf) de 1848, qui fait partie du Digeste russe, il ne