Essai de statistique, p
1868 (p. 217) donne, pour les 49 gouvernements de la Russie d'Europe et les deux sexes, le chiffre de 759,880, et M. de Buschen (p. 57) celui de 806,000; mais d'abord les raskolniks de la Sibérie n'y sont pas compris, et ensuite on présume que ce chiffre, même pour les gouvernements indiqués, est fort au-dessous de l'état réel. On se livre à des estimations fabuleuses, et c'est ainsi que, dans le Manuel, fort estimable d'ailleurs, de statistique comparée de M. Kolb, ils ne sont pas estimés à moins de 13 millions ; M. le prince Dolgoroukof parle de 9 millions1. Selon l'auteur anonyme déjà cité à plusieurs reprises, Tune des branches de la secte seulement, la plus nombreuse à la vérité, compterait plusieurs millions d'adhérents, et il donne à entendre que l'autre ne reste peut-être pas beaucoup au-dessous. Ce qui est certain, c'est que la force numérique des sectaires préoccupe vivement le gouvernement depuis une trentaine d'années. C'est dans les gouvernements d'Orenbourg, de Moscou, de Perm, de Tchernigof, ainsi que dans le Pays des Kosaks du Don, qu'elle est surtout sensible.
Leurs deux branches que nous venons de nommer sont la popoftcliina et la bezpopoftchina. Le plus grand nombre des raskolniks sont popoflsi, ce qui veut dire qu'ils ont des popes; la branche moins nombreuse, celle qu'on accuse surtout de certaines immoralités, est appelée bezpopoftsi, parce qu'elle se passe de prêtres1. Aux premiers se rattachent les iédinovertsi ou croyants-unis, qui paraissent former la transition entre le schisme et l'Église orthodoxe'. Des seconds sont sorties la plupart des sectes les plus hos-
î. Kolb, y éd., p. 109; La Vérité sur la Russie, p. 369. Cf. Le Raskol, p. 64 et 65. Le chiffre donné par Haithausen, t. Ier, p. 305, ne se rapporte point à )a totalité des raskolniks.
2. Comme l'indique la préposition be%, sans. Voir sur cette division Le Rashol, p. 14-16.
3. Voir sur eux Haxthausen , t. 1er. p. 328 ; Le Raskol, p. 36.
LA soc. religieuse; dissidents de l'église nationale. 557
tiles à l'Église nationale et même au gouvernement, auquel ils refusent le concours qu'il a le droit d'exiger d'eux. Quelques-unes de ces sectes, comme les doukhobortses ou lutteurs du saint-esprit et les malakhans ou mangeurs de laitage, sont inoffensives et honnêtes, mais parmi elles il y en a aussi de très -fanatiques, comme les philippons et les pomorènes, de très-énervantes, comme les bogomiles (gens aimant Dieu) et les messaliens, de très - absurdes comme les bezslovénié ou muets, enfin de véritablement malfaisantes comme les moreltchiki, qui ont la passion du martyre, les skoptsi ou eunuques, qui sont les origénistes russes, les khlntoftchini , qui rappellent les flagellants du Moyen-Age, etc. Dans un ouvrage tel que celui-ci, où la politique domine, nous ne pouvons envisager séparément chacune de ces sectes comme nous l'avons fait autrefois1. Toutes ces sectes secondaires sont d'ailleurs peu nombreuses et ne paraissent pas atteindre ensemble le chiffre de 40,000 individus.
Ajoutons seulement encore que les affaires des dissidents de toute espèce sont du ressort du ministère de l'intérieur et qu'en 1852 et années suivantes des comités spéciaux en ont été saisis, sans qu'il nous soit possible de constater les résultats de leurs travaux*. D'après M. de Buschen, on a inscrit comme appartenant, parmi eux, à la classe du clergé, 1,414 personnes, savoir: 673 du sexe masculin et 741 du sexe féminin.
De l'Église nationale, nous passons maintenant aux autres confessions, toutes en possession d'un culte public.
1. Statistique, p. 211 et suiv. Cf. le savant travail de Strabl , et Haxthausen , t. Ier, p. 300-388, et t. III, p. 222-224. Le Rashol est très-insuffisant sur le détail des sectes (voir p. 17 et 63).
i. Voir Le Raskol, p. 17-52.
B. Culte arménien.
On sait que, sous le rapport religieux, le peuple arménien se divise en deux branches, arméniens grégoriens ou grecs, et arméniens catholiques. Gomme les premiers des deux, quoique séparés de l'Église d'Orient, s'en éloignent pourtant le moins par rapport au dogme, nous les plaçons ici immédiatement après l'Église nationale; mais à leur suite nous rangeons les seconds (peu nombreux, au reste, en Russie), quoique leurs deux cultes diffèrent considérablement entre eux et qu'ils soient séparés par un schisme qui date du concile général de Ghalcédoine, tenu en 451.
Arméniens grégoriens. Appelés ainsi de leur premier évêque, S. Grégoire, ils appartiennent à une Église d'une ancienneté vénérable, car le peuple arménien reçut le baptême dès le commencement du IVe siècle, et ce fut là la première conversion au christianisme de tout un peuple. Depuis le concile de Chalcédoine, cette Église est séparée du foyer commun de la foi : obstinément monophysite, elle protesta contre la décision de cette assemblée en faveur du dogme des deux natures en Jésus-Christ. En 813, Jean, patriarche d'Osni ou Ani, se proclama chef spirituel de la nation arménienne, ce qui rendit le schisme complet. Nous évaluons le nombre des grégoriens, qui comptent parmi les chrétiens d'Orient, à un peu moins de 350,000*, appartenant la plupart au gouvernement d'Érivan, formé de l'Arménie russe. Les autres , qui ne dépassent guère le nombre de 60,000, habitent les gouvernements d'Astrakhan, Kherson, Tauride, Iékatérinoslaf, l'oblasth de Bessarabie et la lieutenance du Caucase. Les arméniens grégoriens, que les catholiques appellent schismatiques , ont une église dans