Tulla... est ultimum oppidum ad campeslria déserta
ouest la frontière, qui de là arrivait sur la Vélikaïa et le lac Péipous, englobait l'ancienne république de Pskof, et suivait le cours de la Narova jusqu'au golfe de Finlande. Au nord de Moscou étaient les territoires de Tver, Novgorod, Iaroslavl, Kostroma, et les anciennes dépendances de la fameuse répubb'que marchande, Vologda, Oustioug, Viatka, Perm, et ce qu'on appelait le pays de la Dvina*; de plus, le pays de la Néva ou des Ijores, où devait plus tard s'élever la troisième ou quatrième capitale, Saint-Pétersbourg.1
Tel était, dans la première moitié du XVIe siècle, ce noyau de la Russie renaissante qui devait, dans la suite des temps, réunir à elle la Russie primitive tout entière, à l'exception seulement de ce royaume de Galitch que des transactions peu anciennes ont encore une fois rangé sous une autre loi et qui est toujours en dehors de l'unité nationale, de ce vaste conglomérat dont aujourd'hui toutes les Russies ne sont même que la partie la plus essentielle. L'agrandissement alla toujours croissant. Ioann IV Vassiliévitch le Terrible (1534-1584) y prit une part des plus considérables : outre les Kosaks du Don et une partie des Tchérémisses, il réunit à son empire la tsarie de Kasan (1552) et celle d'Astrakhan (1557), et sous lui fut commencée (1581) la conquête de la Sibérie, laquelle toutefois s'arrêta encore sous ce règne sur le Tobol8. Qu'était-ce, auprès de ces immenses acquisitions, que les petites pertes qu'Ioann IV fit du côté de la Suède, à laquelle, quand Étienne Batory eut conclu avec
1. Sur les volostes de Novgorod, voir notre ouvrage, La /?«««>, la Pologne et la Finlande» p. 151; sur le Zavolotchié et le pays de la Dvina, le tome II du présent ouvrage, p. 575. Cf. Millier, Der Ugrische Volksstamm, U II, p. 45 el suiv.
2. On peut consulter Knramzine, t. VII, chap. ix, sur la frontière du côté do la Suède. Cf. Strahl-Herrmann*, t. III, p. 55 (traité de 1510) et pastim.
3. L'histoire de la conquête de la Sibérie a été racontée t. II, p. 452 et suiv.
lui, en 1582, le traité de Kivérova-Gorka (village près du lam Zapolski), il fut obligé, Tannée suivante, de céder par le traité de la Plioussa, dans le gouvernement actuel de Pskof, une partie de l'Ingrie maritime, lama, Ivangorod et Koporié 1 ? Seulement ces traités que lui arracha la supériorité des Polonais et des Suédois, couvrit de honte le despote moscovite, parce que, au lieu de conquérir la Livonie, comme
11 avait entrepris de faire avec fracas, il abandonna même une portion du territoire de l'ancienne Russie, portion, il est vrai, dont dès 1595 Fœdor Ier loannovitch le remit en possession, par le traité conclu à Téousine, près de Narva*. En définitive, la superficie de la Russie fut portée, sous Ioann IV, jusqu'à environ 3,600,000 kilom. carrés ou 65,000 milles carrés d'Ail. 3 , dont seulement 300,000 kilom. carrés en Asie, car alors les conquêtes en Sibérie ne dépassaient pas encore la Tavda et Tlchim, deux affluents de l'Irtysch, et formaient à peine un cinquième du gouvernement actuel de Tobolsk. La population de l'empire était accrue jusqu'à
12 millions.
Sous Fœdor loannovitch (1584-1598), conquêtes nouvelles, surtout en Asie, mais aussi en Europe. En Asie, la frontière russe avança de l'Irtysch jusqu'au lénicéi; les Vogouls, les Ostiaks de Bérésof et les Barabains furent soumis. En Europe, les Moscovites se rendirent maîtres de la steppe des gouvernements actuels d'Orel et de Voronége, où furent ensuite construits Bielgorod et Oskol , et ils replacèrent toute l'Ingrie sous leur autorité, qui s'étendait aussi à l'Es-
1. Kararazinc, t. VIII, chap. v, et t. IX, chap. n. Cf. Kocli-Sehoell , Histoire des traités de paix, t. XII, p. 56, où il y a une légère correction à faire.
2. Herrmann, t. 111, p. 409. Non pas Tiavsine, comme on lit dans Koch- Schœll, t. XII, p. 60 et suiv.
3. 11 faut corriger d'après ceci le chiffre donné t. II, p. 59, au sujet duquel nous n'ayons pas manqué dès lors d'exprimer des doutes. Ce chiffre était emprunté à M. Schubert, t. Ier, p. I2 j.
thonie. Sous le règne suivant, celui de Boris Godounof (1598-1605), ils arrivèrent au sud jusque sur le Donetz supérieur; et au nord, ils soumirent les Samoïèdes de Tiavsinsk; la Sibérie russe s'accrut de la steppe de l'ïchim.
Du vivant de Boris, la race de Rurik s était éteinte; luimême, quoiqu'il transmît son pouvoir à son fils Fœdorlï, ne réussit pas à fonder une dynastie. Après un interrègne de quelques années pleines d'affreuses calamités, le trône passa aux Romanof, dont les Holstein-Gottorp, la maison actuellement régnante, sont une branche. Or, à l'avènement de la dynastie des Romanof, en 1613, leur domination s'étendait déjà à environ 8 millions de kilom. carrés ou 145,000 milles carrés d'Allemagne, superficie qui approchait de celle de l'Europe entière , mais dont la population n'avait guère dépassé encore le chiffre déjà mentionné, 12 millions.
C'est aux Romanof que la Russie est redevable de la place qu elle occupe parmi les grandes puissances de l'Europe. Mais ils durent d'abord se résigner à des sacrifices. Michel Fœodorovitch (1613-1645), pour obtenir la paix dont l'empire avait si grand besoin, signa en premier lieu le traité de Stolbova, 16171, et ensuite celui de Déoulino, 1618. Parle premier, qui fut conclu, non loin de Ladoga, sous la médiation de l'Angleterre et des Provinces-Unies, il céda à Gustave-Adolphe toute l'Ingrie et confirma aussi les Suédois dans la possession du pays de Kexholrn , portion de la Karélie; par le second, qui tira son nom d'un village peu éloigné du monastère de Troïtza ou de Saint-Serge, il fut stipulé que les Polonais resteraient en possession de Smolensk, reconquis par leurs armes , deBiéloï, Roslavl, Dorogobouge, Sytchevsk, ainsi que de Novgorod-Séversk, tant en deçà qu'au delà de
1. Voir le texte de ce traité dans Pctrejus de Erlesunda, Russische Chronik, p. 489. Cf. Mûller, Sammlung, t. V, p. 539; Schœll, t. XII, p. 82; Oustiialof, t. Ier, p. 3-17.
la Dessna, avec Tchernigof et autres lieux; et de plus, la Russie leur céda Starodoub, Popova-Gora, Nével, Sébège, Krassnoï, ainsi que les districts de Toropelz et de Vélige\ C'étaient des pertes bien douloureuses et qui portaient la frontière polonaise fort près de la Moscovie proprement dite, pertes que ne pouvait nullement compenser le joug imposé, à la même époque, en Asie, au peuple mongol des Bouriates, aux Iakoutes, aux loukaghires, aux Koriaks et aux Tchouktches, quoique l'augmentation du territoire russe qui en résultait fut de 100,000 milles carrés*. Les traités de Stolbova et de Déoulino sont des plus malheureux que l'histoire de la diplomatie russe ait à enregistrer. Celui de Viazma, 1634, n'est guère qu'une répétition du dernier. * Cependant l'occasion d'une revanche se présenta déjà sous le second Romanof, Alexis Mikhaïloviteh (1645-1676); le traité d'Àndroussof, 1667, en fut une éclatante. Par cet acte, remarquable à bien des titres4, la Pologne dut restituer à ses voisins de l'est Smolensk et la Sévérie. La Petite-Russie fut partagée entre les deux compétiteurs, et le cours du Dnièpr devint la ligne de démarcation entre les deux parts, à cela près toutefois que la ville de Kief, située sur la rive droite du fleuve , devait rester encore entre les mains des Russes pendant deux ans. Comme elle ne fut pas rendue au bout de ce temps, et comme le traité de Moscou ou de Ja-
1. Voir Koch-Schœll, t. XII, p. 88. Nous avons corrigé les noms mal écrits.
2. Les milles carrés dont nous faisons usage dans nos évaluations étant invariablement des milles carrés d'Allemagne, de 15 au degré et qui équivalent à 54.86 kilom. carrés, nous pouvons supprimer dans la suite le mot d'Allemagne.
3. Pour embrasser d'un coup d'œil l'état territorial de la Russie â cette époque-là, on peut consulter le Compendium geographicum déjà cité d'Abraham Golnilz, p. 191-194.
4. Voir le texte dans Dumont, Corps universel diplomatique, t. VII, 1" partie, p. 4-8. Cf. Koch-Schœll, t. XIII, p. 6. Androussof est un village du gouvernement et du district de Smolensk.
vorof, en 1686*, en assura définitivement la possession aux Russes, on peut dater de 1667 le retour de la vieille métropole du Sud à ses maîtres naturels, à une existence conforme à toutes ses traditions. Déjà auparavant (traité de Péréïaslavlf en 1654), les Kosaks de l'Oukraine établis sur la rive gauche du Dnièpr s'étaient soumis, il est vrai, d'une manière encore bien précaire, à la domination moscovite* : c'étaient plus de 350,000 kilom. carrés ajoutés à l'empire, avec une population moins clair-semée que dans d'autres de ses provinces; c'était de plus un pas nouveau, et déjà important, fait vers l'Occident et le Sud. En Asie, la Russie prolongea sa frontière le long de l'empire Chinois jusqu'à la mer d'Okhotsk*, et, à l'extrême septentrion, elle s'appropria ensuite, sous Fœdor III Alexéïévitch (1676-1682), à titre de premier occupant, l'île de Novaïa-Zemlia, qui n'a pas moins de 165,000 kilom. carrés ou d'environ 3,000 milles carrés, mais ne présente qu'un affreux désert, sans un seul habitant à demeure fixe.*
Nous n'avons aucime acquisition nouvelle à enregistrer relativement au court règne d'Ioann V Alexéïévitch, avec lequel Pierre le Grand, par la volonté de leur sœur, fut d'abord associé au trône (1682-1696). Au contraire, par le premier traité de Ncrlchinsk, en 1689, les Chinois se firent céder la Daourie ou le territoire de l'Amour, depuis le point où ce fleuve se forme par le confluent de la Chilka et de l'Argoun, jusqu'à son embouchure dans le golfe de Tatarie (mer d'Okhotsk); territoire d'environ 60,000 kilom. carrés et que possédaient les Kusses une première fois. Notons
1. Ce traité n'a pas été imprimé. Voir cependant Koch-Schœll, t. I«p, p. 198 et 229, et Lesur, Des progrès delà puissance russe, p. 123 , note.
2. La soumission fut confirmée par le traité de liaklchisarài , en 1681.