LES RESSOURCES ET LES FORGES DE L'ÉTAT
Nous avons dit au sujet de l'Église tout ce que la matière nous a paru exiger dans les limites de notre cadre. Revenant maintenant à l'État, après en avoir fait connaître la nature fondamentale et la constitution, nous aurons encore à l'envisager sous deux points de vue essentiels, à chacun desquels nous consacrerons une section particulière. Le premier point de vue sera celui de la puissance de l'État; le second, celui de l'ordre qui y est établi dans le but d'entretenir, de régler et d'agrandir cette puissance , en d'autres termes, celui de l'administration. Sous l'un et l'autre point de vue, nous aurons devant nous un vaste champ où notre principal soin devra être d'échapper aux mirages trompeurs dont la science purement conjecturale et toute d'imagination a embarrassé l'horizon , de démêler le vrai au milieu d'un amas de suppositions, fruits peu coûteux d'un crédule accueil fait à tous les bruits répandus, d'un travail qui manque de base et qui se laisse guider par les préjugés, d'une observation rarement personnelle et qui alors même s'arrête à la surface des choses. Ainsi que nous le ferons voir dans la suite de cet ouvrage, quand nous essayerons d'exposer la situation économique de lana tion, il n'y a pas d'empire plus en progrés que la Russie, et néanmoins on ne cesse de nous ressasser sur son compte des erreurs mille fois réfutées ou dont l'énormité saute aux yeux de tous. Chose étrange! la malignité est pour beaucoup dans ces appréciations aventurées ou simplement traditionnelles, et pourtant 111. 37
TROISIÈME SECTION
les vrais points vulnérables de la Russie, le défaut réel de sa cuirasse , échappent à la plupart de ses juges.
L'administration publique, dans toutes ses branches , formera le contenu de la section quatrième et dernière ; ici , c'est des ressources et des forces de l'État que nous avons à traiter, toujours le plus succinctement possible. Par le mot de ressources, nous entendons désigner spécialement les finances de l'État; par celui de forces, son armée et sa marine, avec tout ce qui s'y rapporte. Tel sera le contenu des trois chapitres de la présente section.
Il n'y sera guère question que de l'empire; comme toutefois le royaume de Pologne et la grande-principauté de Finlande ont leurs finances particulières, nous aurons à en dire au moins quelques mots dans le premier chapitre.