Sans doute suivant la valeur des terres
ronne et les établissements de crédit à 3 p. 100 au-dessus de sa valeur nominale, et nommément, l'impériale pour
10 roubles 30 kopèks d'argent, et la demi-impériale pour 5 roubles 15 kopèks.... 12° En attendant que la monnaie de cuivre actuellement en circulation soit refondue dans une proportion directe avec celle d'argent, le cours en est fixé ainsi qu'il suit : a) Relativement à l'argent, on comptera 3 y, kopèks de cuivre (au titre de 36 comme de 24 roubles au poud) pour un kopèk d'argent, etc.... »
Afin de jeter sans retard dans la circulation un papiermonnaie qui fût directement en rapport avec le rouble d'argent, un oukase du même jour1 créa près la Banque de commerce une caisse particulière de dépôt des monnaies d'argent, oukase dont voici les articles principaux : 1° Cette caisse recevra en dépôt les sommes en monnaie d'argent de Russie qui lui seront présentées. 2° Le numéraire qui entrera dans la caisse de dépôt sera conservé intact et à part des fonds de la Banque de commerce, sous la responsabilité de ladite banque et sous la surveillance de directeurs spéciaux , choisis parmi les membres du conseil des établissements de crédit; ce numéraire ne sera employé à aucun autre usage que le remboursement des dépôts. 3° En échange des sommes déposées, la caisse de dépôt délivrera des billets qui porteront le nom de billets de la caisse de dépôt, et qui seront, jusqu'à nouvel ordre, de la valeur de 3, 5, 10 et 25 roubles d'argent; si le besoin s'en fait sentir,
11 pourra ultérieurement, après mûr examen, être émis des billets de 1, de 50 et de 100 roubles d'argent.... 5° Les billets de la caisse de dépôt auront cours dans tout l'empire, à l'égal de la monnaie d'argent et sans aucun agio, dans tous les payements et transactions, tant des particu-
1. On le trouve, chez Custioe, à la suite du manifeste, p. 208.
liers avec la Couronne et les établissements de crédit, que, réciproquement, de la Couronne et des établissements de crédit avec les particuliers , et de ces derniers entre eux. 6° A la présentation des billets à la caisse de dépôt, la quotité correspondante de monnaie d'argent sera remise au porteur, sans délai, comme sans retenue aucune pour change et conservation....» Ce sont ces billets qu'on a appelés métalliques. Au bout de peu d'années, il en existait dans la circulation pour 3 à 4 millions de R. B.
Purement de transition, cette mesure financière en annonçait une autre, nécessaire pour compléter le nouveau système monétaire, d'après lequel le rouble d'argent, qui en était la base, devait être définitivement la monnaie courante légale {standard). Cette seconde mesure, conséquence de la première , était le retrait des billets d'assignation et leur remplacement par un papier-monnaie correspondant au même système. Elle ne se fit pas attendre. Les billets de crédit, papier nouveau pareillement garanti par tous les biens de la couronne et qui, de plus, étaient remboursables en numéraire de toute espèce, furent substitués aux assignats, lesquels se trouvaient ainsi démonétisés. Ce fut encore un manifeste impérial, celui du 1er (43) juin 1843, qui ordonna cette transformation salutaire. Une expédition spéciale fut chargée de l'exécuter graduellement. Elle mit, pour cela, en circulation des billets de 100, 50, 25, 40, 5, 3 et 4 R. A., ayant exactement la même valeur que les mêmes quantités en pièces d'argent (celles-ci à 4 zolotniks 2V100 en métal fin), et fixa un délai de cinq ans au bout duquel la substitution devait être accomplie. Elle rencontra d'autant moins de difficultés, que le gouvernement donna au papier nouveau la garantie d'un fonds en numéraire, déposé en lieu sûr et sous la garde d'une commission en partie composée d'intéressés, d'une députation de la Bourse. Les 595,776,000 R. B. en
circulation se transformèrent donc en billets de crédit pour la somme de 170,221,714 R. A. Des billets représentant la somme de 12,287,000 R. B., sans doute égarés au loin, firent défaut à l'appel , et eu revanche on en présenta de faux pour la somme de 6,857,000 R. B. L'opération avait complètement réussi. Dès le 1er janvier 1853, il y avait des billets de crédit en circulation pour 1,245 millions de francs, et à la fin de Tannée pour 1,469 millions de francs.
Disons encore un mot du fonds de réserve ou de garantie. On disposa dans les souterrains de la forteresse de Saint-Pétersbourg un caveau particulier qui devait le recevoir, et en décembre 1844 le fonds, partie en barres, partie en monnaies d'or et d'argent, y fut transporté des caves de la banque , au milieu d'un cortège où figuraient entre autres les 24 membres de la députation de la Bourse, et avec un fracas proportionné au retentissement par toute l'Europe qu'on attendait de la mesure. C'était une somme de 70,464,245 R. A., à laquelle, le 12 juillet 4845, on ajouta encore 12,180,000 R. A. Le total était ainsi de 82 f/s millions de R. A.; mais il fut encore augmenté et en octobre 4847 il s'élevait à la somme de 115,678,595 R. A., garantie plus que suffisante pour assurer le remboursement graduel de tous les papiers publics en circulation, billets de crédit, billets de la caisse de dépôt, billets de 50 R. A. des lombards de Saint-Pétersbourg et de Moscou, billets de 50 R. A. émis par suite de disettes et en vertu d'un manifeste du 1er juillet 1841 (dont on avait émis pour 40 millions R. A.). La proportion d'une telle garantie à la somme émise en billets est variable selon les circonstances; le plus souvent elle est d'un quart*. Au reste, le rembour-
1. Selon Tengoborski , une garantie de un cinquième suffit en Russie. Selon le comte Cancrine , elle peut varier de un cinquième à un tiers. {Oekotiotnie der menschlicheti Gesellschaften , p. 115.) — Ce ministre avait déjà donné sa dé-
sèment immédiat n'était dû en totalité qu'aux billets de la caisse de dépôt et à ceux des billets de crédit qu'on avait échangés contre des billets de cette caisse; en ce qui concerne les autres papiers, il était provisoirement limité, soit à un sixième, comme pour les lombards et la caisse des disettes, soit à une proportion moins nettement fixée. La somme qu'on était tenu de rembourser à vue se réduisait à 42-45 millions de R. A.
Il y avait donc dans les caveaux de la forteresse un excédant qui restait improductif. C'était une perle sèche qu'il convenait de ne pas faire durer longtemps. Mais comment l'éviter? Cette question fut amenée à solution en 1847, sous le ministère Vrontchenko (1844-1852). Les titres de la rente publique anglaise, française et de quelques autres pays, pouvaient passer pour des équivalents du numéraire; achetés à bas prix, ils pouvaient au besoin être réalisés à volonté et sans désavantage, et en attendant on en touchait les arrérages qui, ajoutés au fonds, en grossissaient la quotité. Or, au printemps de ladite année, la rente avait baissé tant en Angleterre qu'en France, et comme, en même temps, les banques de Londres et de Paris éprouvaient une disette d'argent et cherchaient à placer, sans pourtant en encombrer la place, les effets qu'elles conservaient en dépôt, il était facile d'entrer en arrangement avec elles. De plus, par suite des mauvaises récoltes des deux années précédentes , les deux pays avaient besoin d'une forte importation de blé, dans un moment où la Russie était à même d'en livrer au commerce d'assez grandes quantités, concurremment avec l'Égypte et les États-Unis. Le gouvernement russe ayant un compte ouvert auprès des deux banques, les virements étaient faciles, le change sans (lésamission à cette époque, et il mourut le 21 septembre 18-45. Né le 16 novembre 1774, il n'avait donc pas accompli sa IV année.
LES FINANCES DE l/ÉTÀT. NUMÉRAIRE ET PAPIER.
vantage, et les faux frais évités. Gela décida l'empereur Nicolas, dont les préventions contre notre pays n'étaient déjà plus les mêmes et qui d'ailleurs ne vit là, avec raison, qu'une affaire de commerce, plutôt privée que publique. De l'aveu du conseil de l'empire, il ordonna par oukase du 12 (24) avril 1847 de retirer du fonds métallique une somme de 30 millions de R. A. afin de la placer en rentes étrangères. Puis il fit entamer une négociation avec la Banque de France, qui aboutit pour lui à l'achat de 50 millions de francs de rente. Augmentés d'effets achetés à la Banque d'Angleterre, ces titres furent déposés au caveau de la forteresse à la place d'une somme correspondante tirée du fonds, conservés pendant quelque temps, puis vendus au moment opportun.
Pendant des années, le Trésor de la forteresse donna beaucoup à penser en Europe, et quand on vit l'empereur se livrer à des opérations de banque pour de si fortes sommes, letonnement alla croissant. Les journaux ne tarissaient pas en exclamations à ce sujet. C'était un nabab que ce tsar de Russie; «au besoin, il achètera le monde, comme il le soumet par les armes quand la fantaisie lui en vient!» A ce moment-là, le prestige de cet empire était immense. La Russie arriva à son apogée presque à la même époque, en 1849, où son année reçut la capitulation des Hongrois à Vilagos, et en 1850, où Nicolas força, à Olmùtz, le roi de Prusse de modérer ses prétentions vis-àvis de l'Autriche et de changer sa politique par rapport à l'Allemagne. Ce qu'il y avait pourtant de vrai au fond des commentaires dont l'empire des Tsars était l'objet, c'est que ses finances étaient en fort bon état; de 1823 à 1848, elles avaient toujours été en s'améliorant, et, après une baisse qu'éprouva le revenu dans les cinq premières de ces années, une hausse avait commencé depuis 1828 qui amena
une augmentation de plus d'un tiers, et devait, en se prolongeant, finir par le doubler et le tripler. Malheureusement les dépenses triplèrent de même, par suite des agitations et des bouleversements que causa en Europe la révolution de février 1848. Cette année marque le commencement d'une période de décroissance dans la situation financière de la Russie, qui se prononça surtout sous le ministère Brock (1853-1858), continua sous celui de M. Kniajévitch (1858-1862) et ne s'arrêta que sous celui du ministre actuel, M. de Reutern, dont nous avons déjà signalé plusieurs sages mesures. Dès 1849, la masse du papier-monnaie avait dépassé 300 millions de R. A., et au bout de six ans elle fut doublée par suite des embarras de la guerre d'Orient, un peu follement entreprise. «Il s'est passé en 1854 un double fait, dit l'un des écrivains qui se sont chargés de la défense de la Russie dans la fameuse polémique de 1864 dont nous parlerons bientôt1. Pour faire face à des besoins extraordinaires, 1° une partie du fonds d'échange a été dépensée et l'échange suspendu ; les billets dès lors sont devenus papier-monnaie2; 2° on a multiplié les émissions, qui ont fini par chasser du pays la monnaie métallique et par empêcher le retour à une vraie circulation fiduciaire5. » De là une crise qui, en ébranlant le crédit du pays, lui causa des pertes considérables. Cette crise, l'oukase du 10 janvier 1855 la précipita, car cet oukase autorisa le ministre des finances à couvrir tous les frais extraordinaires de la guerre par des émissions temporaires de billets de crédit4. Le système de 1843 sombra
1. Victor de Porochioe , Les Ressources matérielles de la Russie (p. 27), brochure fort remarquable.
2. L'auteur veut dire : sont redevenus des assignats, à cours forcé.
3. Pourtant Importation des monnaies d'or de Russie fut interdite par oukase du 27 février 1854, et cela dura jusqu'en avril 1857.