Russland unter Mexander //., p
dans la tourmente. Le trésor métallique de la forteresse qui, en 1854, avait encore été de 160 millions de R. A., et représentait plus de 40 p. 100 de la masse totale des billets en circulation et dans les caisses de l'État , se fondit jusqu'à 56 millions, ou à 68 millions en comptant les titres de fonds publics. Dans la circulation intérieure, l'or et l'argent n'étaient livrés que moyennant un agio de 10 p. 100 , et au dehors le change baissa jusqu'au cours de 31. Et ce fâcheux état de choses ne cessa pas en même temps que la guerre ; le règne de Nicolas le transmit à celui d'Alexandre H, qui, sous ce rapport aussi, n'eut pas à se louer de son héritage. On s'expliquera facilement, pour peu qu'on réfléchisse, la longue persistance de la crise. Il existe, en Russie, une disproportion évidente entre les besoins du gouvernement et des hautes classes, lesquels sont immenses, et la production du pays qui est, relativement parlant, encore peu développée. Sauf dans les années exceptionnellement favorables, cette production ne suffît pas à couvrir la dépense faite; le surplus se solde en or ou en argent. C'est en métal précieux que se payent les intérêts de la dette étrangère, ainsi que les sommes qui forment le complément du rapport des chemins de fer garanti par le gouvernement à la compagnie étrangère; il faut du numéraire, et non du papier, aux ambassades russes et à tous les agents diplomatiques de toute espèce, aux bâtiments de la marine russe qui fréquentent les mers occidentales, aux fournisseurs de la cour et du gouvernement, à tous ces particuliers qui gaspillent leur fortune à Paris, à Londres, à Genève, à Hombourg, à Vienne, à Dresde, etc., etc. Si les consommateurs s'acquittent moyennant des effets de commerce , comme ce papier est difficile à réaliser autrement qu'en billets de crédit, et qu'il faut payer un agio pour échanger ceux-ci contre de la monnaie métallique , il
est clair qu'on ne peut accepter ces effets suivant leur valeur nominale et sans déduire tous les frais qu'il faudra faire pour en encaisser le montant. Ainsi non-seulement tout le métal précieux sort du pays, mais celui-ci fait une perte sèche dans toute affaire qu'il conclut avec l'étranger. Pour remédier à ces graves inconvénients, il faut de deux choses lune, ou réduire les dépenses qui se font au dehors, ou augmenter au dedans la production d'objets échangeables.
Quoi qu'il en soit, les émissions de papier-monnaie se mulliplièrent de 4854 à 1857, et, dans cette dernière année, la masse des billets de crédit était telle, qu'elle représentait une valeur de 735 millions de R. A., ou, en francs, de 2,940 millions. Elle était à son maximum; depuis, elle a été considérablement réduite, par l'effet des opérations que nous allons brièvement indiquer. On vient de voir la véritable cause du mal : la suspension du remboursement des billets en était le corollaire inévitable. Par une étrange erreur, on y vit la cause même, et l'on fit un effort trop hâtif pour mettre fin à cette suspension. Les emprunts à l'étranger, dont nous parlerons dans le paragraphe suivant, devaient en fournir les moyens, et quand le fonds de réserve Ait remonté jusqu'à 79 millions de roubles en valeurs métalliques, l'oukase du 14 (26) avril 1862 ordonna de reprendre les remboursements partiels, afin de remettre graduellement les billets de crédit au pair avec l'argent, par la suppression de l'agio*. Seulement, ce remboursement, d'ailleurs subordonné à de certaines conditions sur lesquelles nous passons pour le moment, ne frit pas continué longtemps: l'oukase du 5 novembre 1863 arrêta les effets du précédent1.
1. Voir Jahrbiicher, etc., p. 60 Sur tout ce temps de crise, voir La Vérité sur la Russie, p. 266 et suis. ; Porochine, dans la brochure citée, p. 28.
2. Voir Wolowski , p. 75 , où se trouvent aussi les explications de M. le baron Stieglitz.
Cependant, dans l'intervalle de dix-huit mois, on retira de la circulation des billets de crédit pour 72,615,000 R. A., et en juin 1863 on en brûla pour 45 % millions. Le 1er mai 1 863, la masse des billets restanfs était de 643,670,590 R. A., ou, si Ton veut déduire ceux qui étaient couverts par un dépôt métallique, de 593,132,933. En 1864, cette masse était de 634 millions de R. A. ou 2,546 millions de francs. Il est vrai que les bons du Trésor ou billets de série, qui composent la dette flottante, n'étaient pas compris dans ces sommes. Ceux-ci, ainsi appelés parce qu'ils sont émis par séries, sont de 50 R. A. chacun et portent intérêts, ce qui leur assigne un caractère à part. Les emprunts et tout ce qui est relatif à la dette publique devant nous ramener à ces matières, nous nous arrêterons ici pour le moment.
La dette de l'État et le crédit public. Encore en 1865, YAlmanack de Gotha répète cette plainte : cDes renseignements exacts sur les détails de la dette publique manquent, » et de récentes polémiques, l'une de 1854, l'autre de 1864, ont dû faire voir combien il est en effet difficile d'indiquer exactement le chiffre de cette dette1. Rien de clair n'est sorti de cette savante discussion.
1. Le champ de bataille, dans cette polémique, Tut la Revue des Deux- Monde». Lors de la guerre d'Orient y parut (iivr. du 15 août 1854) le remarquable article de Léon Faucher, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, intitulé Les Finances de la Russie. Dans une des livraisons suivantes (15 novembre de la même année) fut insérée une réponse de Teogoborski , suivie d'une réplique de L. Faucher. Dix ans plus tard , à l'occasion de quelques paroles prononcées à un banquet de Saint-Pétersbourg par M. le prince Gortcbakof, le même titre reparut, duos la Revue des Deux-Mondes , en tète d'un travail non moins remarquable d'un autre membre de l'Institut de France. Les Finances de la Russie, par M. Wolowski, ont ensuite été réimprimées (1864) en un volume in-8°, augmentées de pièces et documents divers , et , par suite de la sensation que ce livre a produite, ont eu plusieurs éditions. Cet examen, fortement agressif, donna lieu à des réponses et à des répliques Parmi les premières, nous citerons
En abordant à notre tour cette matière, à laquelle nous n'apportons pas la même compétence que MM. Léon Faucher et Wolowski, mais que nous avons étudiée sérieusement, nous suivrons, selon notre usage, la marche historique, qui prend les choses à leur origine afin d'en mieux expliquer la phase actuelle.
Dette de l'État, crédit public, ce sont là des termes qui n'avaient presque pas d'application à la Russie jusqu'au milieu du siècle dernier; car si l'on a fait quelquefois des emprunts à l'intérieur, ils étaient essentiellement temporaires et ne se rapportaient pas, sans doute, à des sommes bien considérables. Était- on dans des embarras d'argent, on s'en tirait en vendant des terres du domaine, ou en se faisant payer d'avance, naturellement avec perte, certaines redevances que l'on mettait en gage. On a vu plus haut (p. 519) que l'idée d'un emprunt à faire à l'étranger germa sous le règne d'Alexis Mikhaïlovitch, mais elle ne fut pas mise en pratique alors, et, en ce qui concerne Pierre le Grand, Weber nous dit, que « malgré toutes les dépenses qu'il fit pour l'armée, pour les flottes et pour tant de constructions diverses, il ne s'est pas vu réduit à faire des dettes, mais ne cessa de trouver dans son empire de nouvelles ressources pour seconder ses entreprises1. » L'empire des Tsars, malgré son étendue, avait, comme on l'a vu, un revenu si peu considérable que personne ne pouvait songer à faire de grandes avances à son gouvernement; d'ailleurs, en somme, les besoins étaient restreints aussi longtemps que cet État fut en dehors du système européen. Mais quand il voulut y oc-
la Lettre à M. Wolowski , publiée sous le même titre par M. le baron Alexandre de Meyendorff, homme d'État russe et conseiller privé, ainsi que la brochure de M. Victor de Porochine, déjà mentionnée pins haut. Le banquier de la Couronne de Russie, directeur de la Banque de l'État, M. le baron Stieglitz, accidentellement à Paris, prit lui-même part à ce curieux débat.
I. Dos vermderte Russland, t. Ier, p. 33, témoignage fort important.
LES FINANCES DE l/ÉTAT. DETTE ET CRÉDIT. 639
cuper sa place, et une place éminente, il n'en fut plus de même. Catherine H, quand elle se vit à bout d'expédients, imita l'exemple que lui donnaient plusieurs gouvernements du dehors, en créant un papier- monnaie, pour la manipulation duquel elle institua deux banques d'assignations. Il a été parlé déjà du manifeste du 29 décembre \ 768 qui ordonna cette création, mais renferma encore dans des proportions modestes l'innovation qu'on introduisait ; dans un autre manifeste, celui du 28 juin 1786, qui limita la valeur des billets à 6,600,000 R. A., il fut pour la première fois question d'une dette de l'Etat1. L'empire seul y était intéressé; les pays étrangers n'y avaient aucune part.
Ce fut seulement au siècle actuel que la Russie, sous ce rapport comme sous tant d'autres, se plaça sur la même ligne que les États de l'Occident, depuis longtemps habitués à baser la conservation ou l'agrandissement de leur puissance sur des combinaisons artificielles, dont l'abus, sans doute, peut avoir de terribles conséquences, mais dont l'usage modéré et contenu dans de justes limites contribue au développement de la prospérité générale et à l'affermissement de l'ordre public. C'est alors qu'on vit l'empire des Tsars se ménager en peu de temps un crédit qui, à ce degré, a manqué jusqu'à ce jour à des États beaucoup plus avancés en civilisation, et qui étonnait d'autant plus que, dans l'intérieur de l'empire, le crédit privé est, de l'aveu de ses propres financiers, très-peu développé. Ce crédit, il le dut, non à ses ressources intérieures, au sujet desquelles on était encore dans une ignorance presque complète, mais à la mesure avec laquelle son gouvernement procéda, et à l'exactitude qu'il mit à remplir tous ses engagements.
C'est le partage définitif de la Pologne qui, pour la première fois, mêla la Russie au commerce de l'argent, tel