Hupel, t. Ier, p. 440. Voir aussi ci-dessus, p
qu'il se pratiquait aux grandes Bourses de l'Europe. L'infortunée république nobiliaire laissa en mourant une dette contractée avec les financiers de la Hollande. Cette dette, les trois puissances co-partageantes durent la prendre à leur charge, et l'on proportionna la part de la Russie à l'importance de ses acquisitions. Depuis 1798, il y eut donc une dette russe, laquelle, négociée avec la maison Hope et C'% d'Amsterdam, s'élevait à 88 millions de florins de Hollande ou environ 45 millions de R. A. et portait intérêts à 5 p. 400. Alexandre Ier en faisait payer ponctuellement les arrérages et ne se montra pas moins exact à remplir la condition relative à l'amortissement, jusqu'à l'époque de la réunion de la Hollande à l'empire français, suivie bientôt de la campagne de Russie. Alors ces payements furent suspendus ; forcément d'ailleurs, car le Trésor était vide et Spéranski avait accusé un déficit de 65 millions de roubles; sans les 3 millions de liv. sterl. que l'Angleterre paya à la Russie dans les années 1813 et 1814, celle-ci aurait complètement manqué des moyens pécuniaires nécessaires pour continuer la guerre avec énergie. Par suite de celte suspension, les inscriptions de la dette de Hollande perdirent presque toute leur valeur; le cours en descendit jusque au-dessous de 20 p. 100. Mais quand Napoléon Ier eut été vaincu à deux reprises et la France forcée à payer d'énormes contributions de guerre, Alexandre Ier employa la part qui lui était échue du butin à remettre de l'ordre dans ses finances délabrées. Non-seulement il ordonna de reprendre les payements de cette dette, dont d'ailleurs la moitié fut mise à la charge de l'Angleterre et des Pays-Bas; mû par le sentiment d'équité qui lui était inhérent, il se déclara aussi prêt à dédommager la maison de banque hollandaise des pertes qu'elle avait éprouvées. Les intérêts arriérés, arbitrés à une somme de 18 millions de florins, furent joints au capital,
réduit par l'amortissement à 83,600,000 florins, mais qui fut ainsi porté à 101,600,000. Le gouvernement russe prit en même temps d'autres mesures non moins sages. Une commission d'amortissement avait été instituée en 1810; maintenant, en vertu de l'oukase du 16 (28) avril 1817, le ministre des finances ouvrit un Grand -Livre dans lequel seraient inscrites toutes les dettes portant intérêt. Ainsi commença la consolidation. Malheureusement, en outre de cette dette portant intérêt et qui dépassait à peine 100 millions de R. A., il en existait une autre sans cette charge, mais qui s'élevait alors à plus de 210 millions, fardeau pesant pour un empire récemment ravagé et dont la noble résistance contre l'oppression étrangère avait épuisé les ressources, par elles-mêmes restreintes. Il fallut d'autant plus avoir recours au crédit que la caisse d'amortissement, pour fonctionner et diminuer cette masse de papier, avait besoin d'un fonds. Au crédit, disons-nous; mais quel était celui de la Russie? pouvait-elle se vanter d'en avoir un? Le gouvernement s'adressa d'abord aux institutions de crédit qui existaient déjà dans le pays, ainsi qu'on le verra bientôt, puis aussi aux particuliers, et, quoique insuffisants, ces emprunts intérieurs pourvurent aux besoins les plus pressants. Us montrèrent aux puissances financières du dehors, déjà rassurées d'avance par le noble caractère de l'empereur Alexandre, que son empire, si maltraité par la guerre, avait pourtant conservé des moyens qu'on ne lui supposait pas, qu'il y régnait de l'ordre et que le gouvernement y était animé d'intentions honnêtes. Et quand elles le virent employer l'argent fourni par les emprunts intérieurs à livrer aux flarhmes une partie de son papier-monnaie, mesure qui sans doute prêtait à la critique1, elles eurent con-
1. M. Tourghénief y a vu une «aberration d'esprit.» T. H, p. 409. Cet auteur aime a disserter, mais ne précise jamais les faits ni les chiffres.
fiance en lui à un plus haut degré encore. Le crédit de la Russie était fondé. La première, la maison Hope et Cie, mue par la reconnaissance, et d'ailleurs assistée par celle de Baring à Londres, signa un traité avec lui1, et c'est ce traité qui ouvre la série des emprunts faits par cet État à l'étranger. Les conditions n'étaient pas encore brillantes : 40 millions de R. A. émis au capital de 72, à 5 p. 400, mais avec un amortissement de 2 p. 100 en sus. Elles furent déjà meilleures dans l'emprunt suivant (l'emprunt anglo-russe, succédant à l'emprunt hollandais), contracté en 48228, avec la maison Rothschild à Londres : 43 millions de R. A. , au capital de 82, à 5 p. 400, et avec un amortissement seulement de 1 p. 100. Ces fonds furent en partie employés, en pure perte, comme nous l'avons vu, à diminuer la masse des assignations. A la mort d'Alexandre, en 4825, succéda un temps de crise. Au milieu des embarras d'une révolte intérieure, vaincue, mais qui laissa partout des plaies douloureuses, son successeur, Nicolas Ier, eut à repousser une prise d'armes des Persans et à soutenir deux campagnes successives contre les Turcs; puis, à peine ces périls étaient-ils conjurés, que l'insurrection de la Pologne, mise en branle par la révolution française de 4830, lui en suscita un autre, peut-être plus grand encore et qui eut une lutte sanglante à sa suite. De grands besoins pécuniaires se firent alors sentir. A la vérité , la Russie put bientôt couvrir une partie de ces dépenses extraordinaires avec les contributions de guerre que durent lui payer la Perse et la Turquie, cependant au moment même, elle fut obligée de recourir à un emprunt. La maison Hope et Cie n'hésita pas à s'en charger, et à des conditions encore meilleures que celles du précédent : à 5 p. 100, avec un amortissement de 4 p. 400, il fut négocié à la bourse