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Lettre à M. Mauyuin, p. 240. Voir encore la suite

2. Nous insisterons plus loin sur ce trait du caractère des Russes que nous avuns fait connaître dans son ensemble, i II, p. 117 et suiv.

l'armée et les institutions militaires. 003

Celle réponse trouverait naturellement sa place dans l'historique succinct que nous avons à présenter sur la matière dont traite ce chapitre, comme nous l'avons fait, dans les chapitres précédents, par rapporl aux autres hranches du développement national. Mais elle nous conduirait loin et nous forcerait à dépasser les limites que nous nous sommes tracées. Le même manque d'espace nous oblige à être bref dans tout l'historique qui va suivre.

Historique de l'armée russe1. Dans la vieille Russie, antérieure à la grande-principauté de Moscou, les premières troupes, formées surtout d'éléments Scandinaves*, ressemblaient assez, par leur composition, à celles des autres pays, à la même époque. Nous avons parlé plus haut (p. 301) de la droujina. On voyait, en outre, des boïars armés de pied en cap, entourés d'enfants de boïars, de pages d'armes, et suivis d'aventuriers, à pied et à cheval, mal armés et organisés par milliers, centaines et dizaines d'hommes3. D'armée permanente, d'infanterie régulière, de manœuvres, de solde, il n'en était point question. Le tsar voulait-il entreprendre quelque expédition au delà des frontières, ou s'agissait-il d'en repousser quelque agresseur, il appelait à lui les fonctionnaires de l'État, les grands propriétaires, ce qu'on pouvait alors appeler la noblesse, et ceux-ci montaient à cheval

1. Dans l'intérêt de la brièveté, nous pouvons ici nous en tenir, sauf pourtant diverses additions et modifications, aux pages que nous avons autrefois consacrées h cette matière dans notre Statistique, p. 295-300. Pour plus de développement, on devra consulter Haxtbausen, t. III, p. 261-271 , ainsi que l'article inséré dans Die Gegenwart, t. III , p. 400*406 . lequel parait être du même auteur (Aurelius Buddeus) que l'ouvrage anonyme Russland unter Alexander il. Dans ce dernier ouvrage, voir p. 308-317. Cf. Révélations sur la Russie (1845), d'un anonyme anglais, t. II, p. 253 et suiv.

2. Voir Karamzine, t. Ier, chap. x (p. 194); Ewers, Geschichte der Russen, 1. 1", p. 29.

3. Même auteur, t. III, chap. vu (p. 169 et 294); Ewers, t. 1er, p. 229; Ouslrialof, t. Ier, p. 459 et snjv.

en se faisant suivre de leur clientèle noble, de leurs vassaux, ainsi que d'un certain nombre de leurs serfs. Les milices des villes venaient les renforcer. Elles servaient sans doute à pied, de même que les serfs. Les boïars, la cour, les enfants de boïars, au contraire, formaient une nombreuse cavalerie, dans laquelle on faisait entrer, en outre, des hommes de toute origine qui cherchaient à s'élever audessus de leur condition. Ces guerriers, couverts d'armures en fer, portaient un sabre recourbé, un arc, des flèches, une lance et un fouet; reposant leurs pieds sur des étriers très -courts, ils étaient assis à cheval à la manière des Orientaux. Jusqu'à Vassili loannovitch, au commencement du XVIe siècle, la récompense ordinaire de leurs services, surtout quant aux fils de boïars et autres nobles sans propriété territoriale, fut une distribution de terres: le premier, ce grand-prince leur paya une solde, et c'est aussi sous lui que l'armée, entretenue ainsi aux frais du souverain, commença à devenir permanente, dans ce sens du moins qu'un cerlain nombre d'hommes était constamment retenu sous les armes, comme l'était déjà la garde du grandprince, les gridni. Seulement, c'étaient les corps qui restaient alors en permanence , non pas les hommes qui les composaient; l'année révolue, ceux qui avaient jusque-là fait le service étaient relevés par un autre contingent, qui, après une année passée sous les armes, retournait également à ses foyers. Mais quand une guerre éclatait, tous étaient appelés à la fois, et cette levée en masse produisit souvent au delà de 400,000 combattants bien armés et équipés.

Tout cela fut ainsi, ou à peu près ainsi, jusqu'à l'introduction des armes à feu, laquelle modifia profondément l'ancien système. Ce fut en 1389, dans la dernière année du règne de Dimitri Donskott que l'on vit apparaître ces engins pour la première fois. On lit dans la chronique de Ga-

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Jitsyne, au rapport du principal historien russe1, qu'en 6897 on apporta d'Allemagne des «armatures» et des fusils, et que depuis ce temps on s'entendit à faire le coup de feu. « L'importation des canons n'eut lieu qu'un siècle plus lard environ, et c'est leur usage surtout qui mit fin à l'ancienne organisation. On les voit servir au siège de Fellin, en 4482, sous loann III : dès l'an 1475, Arislote (Aristotil) de Bologne, ingénieur et architecte célèbre , avait appris aux Russes à fondre des bouches à feu*. Tout changea depuis ce moment; néanmoins pendant longtemps encore la principale force des armées russes était dans la cavalerie 3. »

Vassili Ioannovitch (1505-1534) fut le premier tsar qui, prenant à sa solde des aventuriers de tous les pays, en composa une espèce d'infanterie, laquelle, à la vérité, ne formait d'abord qu'environ la sixième partie de toute l'armée, mais ne tarda pas à prendre de grands développements. Son fils loann IV le Terrible fit, après lui, de grands pas dans cette carrière des innovations martiales. C'est lui qui jeta les bases de l'infanterie russe, si justement renommée aujourd'hui, en organisant le corps des slrélitzes (au

1. Karamzine, t. V, chap. i (p. 96 et 347). Au chap. îv (p. 313), on fait connaître Part militaire de la même époque. Pour la suite, voir t. VII, citap. iv (p. 161) et t. IX, p. 68; puis, Herrmaon, t III, p. 342-354.

2. Presque tout, dans ce monde, était plus anciennement connu qu'on ne le suppose généralement. C'est ainsi que le savant sous-directeur de rOroujéïnaïa Palata (Palais des armures) de Moscou , M. le colonel lakovlef , nous y a fait voir des armes rayées du XVIIe siècle, russes et étrangères, et même des revolvers en assez grand nombre, de fabrique hollandaise non moins ancienne. Là on peut voir aussi la cotte de mailles des anciens tsars, des fusils de rempart, des armes de toute espèce.

3. «Les empereurs ne sortent guères souvent qu'ils n'ayent 18 et 20,000 chevaux avec eux. Car tous ceux qui dépendent de la cour montent â cheval : la plupart d'iceux couchent par ordre toutes les nuicts au Chasteau , sans aucune arme.a Margeret, p. 70. Voir aussi p. 72 et suiv. « Les forces des Russes consistent la plus part en cavalerie. » On trouve la* de grands détails sur l'armée au commencement du XVIIe siècle.

singulier stréletz, tireur, au pluriel streltsi), qui pendant cent cinquante ans en forma le noyau. L'histoire fait pour la première fois mention des strélilzes à l'occasion du siège de Kasan, en 1554, où Ioann avait amené 150,000 hommes, nombre qu'il porta, peu d'années après, jusqu'à 300,00c1. Ces strélilzes, on les avait d'abord appelés pùchtchalniks , de pischtchal, mot par lequel on avait d'abord désigné les fusils. Comme à l'ordinaire, cette innovation déplut aux grands, qui regardaient avec un superbe dédain ces corps réguliers que l'on substituait petit à petit à leurs nobles escadrons et dans lesquels on ne put jamais les décider à prendre du service. Elle se maintint néanmoins, et Fletscher, cité par Karamzine2 par rapport à la fin du XVIe siècle, dit déjà : «Les strélitzes et les Kosaks sont la meilleure infanterie; il y en a 10,000 des premiers, auxquels il faut ajouter 2,000 hommes d'élite ou écuyers ( ? les oprilchniks) , et près de 0,000 des derniers. » Ioann IV, toutefois, en avait déjà réuni 15,000, dont 2,000 faisaient constamment le service auprès de sa personne, tandis que 5,000 autres étaient chargés de la garde de Moscou. Dans cette capitale, les strélilzes habitaient un quartier séparé, et, comme les janissaires, ils avaient certains privilèges. Indépendamment du métier des armes, ils trafiquaient et pouvaient exercer tel métier qui leur convenait; ils avaient aussi le droit de distiller eux-mêmes l'eau-de-vie dont ils avaient besoin, et l'immense consommation qu'ils faisaient de cette boisson si populaire et nationale en Russie, ne fut pas la moindre cause des excès auxquels ils se sont si souvent livrés. C'était donc une troupe sédentaire , comme l'avaient été sans doute aussi \esjiltsy , à en juger par leur nom (de jilh, demeurer),

1. Karamzine, t. VII. chap. îx (p. 406 et 479); Meiners, t. II, p. 64-73.

2. T. IX , chap. vi (p. 281). Cf. Herrmann, l. III , p. 349 et suiv.; Ouslrialof, t. Tr, p. 460-468; Haxtliausen , t. III. p. 264.

l'armée et les institutions militaires.

lesquels étaient peut-être choisis parmi les enfants des boïars. On doit aux voyageurs étrangers de nombreux dessins représentant des slrélitzes'. Indépendamment du sabre, ils étaient armés d'un mousquet sans batterie et quelquefois d'une hallebarde ou d une hache en forme de croissant; tous étaient uniformément et lourdement habillés dans le goût national, mais en drap de couleurs différentes, suivant les régiments. Outre un équipement complet, ils recevaient annuellement sept roubles en argent, six tchetverles de seigle et autant d'avoine. Ioann IV, comme on sait, se donna aussi une garde du corps particulière dite des hommes d'élite ou opritchniks, comme on vient de le voir dans le passage de Fletscher; d'abord il en eut 1,000, puis, plus tard, 6,000. Il a été dit plus haut qu'au siège de Kasan, il avait déjà une artillerie, assez formidable selon les auteurs; cependant elle élait desservie encore par des officiers étrangers. Le tsar avait à sa solde beaucoup d'hommes du, dehors, 4,000 Kosaks (la république guerrière n'était pas encore soumise à sa loi), 4,300 Polonais, transfuges ou autres, 250 Allemands, Français et Anglais, presque tous officiers. Dans la suite, le nombre des soldats étrangers fut considérablement augmenté. Mikhaïl Fœdorovitch avait déjà à son service des régiments tout allemands, et l'on assure2 que son fils, Alexis, conduisit, en 1654-, au siège de Smolensk, sept régiments russes organisés à l'européenne et soutenus par 40,000 slrélitzes. Chacun de ces sept régiments se serait composé de au moins 1,000 hommes, et l'on ajoute

1. Voir entre autres sur la feuille 38 des planches de Mayerberg publiées par Kr. Adelung. — Sur l'organisation des slrélitzes on peut voir, outre ces voya • geurs dont nous parlons, Margeret, Estât de l'empire de Russie (1669), p. 68 , et Meiners, t. II.

2. Store!), Russland unter Alexander A, t. III, p. 77, dans un article intitulé : Ueber die Entstefanuj , die Fortschritte vnd den jetzigen Bestand der rvssischen Armée.

que le tsar les avait formés moins afin de combattre avec plus d'avantage les Polonais, que pour avoir un contrepoids à opposer à l'insolence des strélitzes , qui, se mêlant de tout, faisaient trembler le monarque sur son trône. Et à mesure qu'Alexis augmentait ainsi son infanterie, il réduisait sa cavalerie; car, malgré son nombre, elle était d'un faible secours contre les lignes formidables surtout des Suédois. Il fit aussi traduire de l'allemand une instruction pour l'infanterie, imprimée avec figures en 1647 V Cependanl il paraît que l'on fit ensuite des réductions parmi les troupes régulières. Les strélitzes redevinrent donc le noyau de l'armée, dont ils formaient encore presque toute la force sous le règne de Fœdor Alexéïevitch, frère aîné de Pierre le Grand.

Tel était l'état des choses lors de l'avènement du héros réformateur, qui médita aussitôt la destruction de ces janissaires rnsses, de l'imprudence desquels sa jeunesse avait tant eu à souffrir8. Des exercices militaires avaient déjà fait partie de ses jeux, sous la direction de François Tiramermann, de Strasbourg, officier qui donnait au jeune prince des leçons de mathématiques et de science militaire. Weber nous raconte comment se forma la pateschnaia rola\ ou le bataillon d amusement. «Ce petit corps, continue cet auteur contemporain, fut augmenté de temps en temps jusqu'à ce qu'il forma un bataillon d'où sortirent ensuite plusieurs régiments; dételle sorte que dans ce séminaire militaire, d'abord objet des railleries de tous, fut sérieusement cou-

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