Oustrialof , t. Ier, p. 366 , note
2. Sur l'état de l'armée à cette époque, voir Weber, t. Ier, p. 26. Cf. Haxlhausen, t. III, p. 264; Herrmann, t. IV, p. 393; Oustrialof. t. Il, p. 99; Schubert , p. 353.
3. On écrit poleschnaia. Cette petite troupe était ainsi nommée dupatetclm Dvoretx ou palais des divertissements, qui lui était assigné pour ses exercices. Voir Voltaire, Oustrialof , Abadofski, Bergmann, etc.
l'armée et les institutions militaires. 669
vée une armée nouvelle , assez forte pour casser le cou à l'ancienne, toujours en révolte. » Cette armée nouvelle sur laquelle Pierre s'appuya pour abolir les strélitzes et faire ensuite prévaloir toutes ses réformes, il la dut surtout à l'assistance de François Lefort, de Genève, arrivé en Russie en 4675, attaché ensuite aux deux tsarévitchs, frères de Fœdor qui l'avait pris à son service avec le grade de capitaine d'infanterie. Lefort fut le maître chéri du plus jeune d'entre eux, depuis l'âge de dix à onze ans. A peine tsar lui-même, il conféra à Lefort le grade de général-major, qu'il échangea ensuite contre les honneurs militaires les plus élevés. Les pateschniyé entourèrent le jeune tsar au village de Préobrajensk, où il faisait sa résidence; mais devenant de plus en plus nombreux, ils furent en partie placés à Séméonof, autre village voisin de Moscou. Objet de la risée des strélitzes d'abord, puis de leur haine, ils en devinrent eux-mêmes les antipodes, et c'est d'eux que sortit la nouvelle garde du souverain. En 1695, ils furent organisés sous forme de régiment de Préobrajensk et de régiment de Séméonof ; mais on n'en trouve la première mention sous ces noms qu'à l'an 1700 dans le Journal de Pierre le Grand1. Le premier comptait alors 1,698 hommes, et le second 1,238. Le jeune prince avait commencé par être tambour, il devint ensuite caporal et passa successivement par tous les grades , très-fier de son avancement quand il eut atteint celui de colonel. Jusque-là, il s'était soumis à toutes les exigences, à toutes les fatigues du service. Rien ne le rebutait, et les défaites que lui faisait essuyer Charles Xll, un des meilleurs capitaines de son temps, n'étaient pour lui qu'autant de stimulants. «Je sais bien, disait-il, que ces
1. Relatif aux années de 1698 à 1714. Traduction française (1773), p. 28. 11 y est question aussi de deux régiments « anciens » , l'un Lefortofskot , l'autre Boutirskoi. Cf. Die Gegenwart, t. M , p. 402.
Suédois nous battront longtemps, mais à la fin ils nous apprendront à les battre à notre tour. » L'abolition, la destruction des strélitzes est de Tannée 1698.
Depuis ce moment, il songea à introduire un recrutement régulier, et ce projet se réalisa en effet en 1705. Mais déjà aux régiments existants étaient venus se joindre celui dïngrie (Inghermanlandskiï) et plusieurs autres; on assure même qu'au siège de Narva (1704) Pierre eut plus de vingt régiments réguliers, sans compter les dragons, quidunombre de deux régimenls1 furent portés jusqu'à douze. Les uns évaluent ces forces, en partie commandées par le feldmaréchal Chérémétief, à 45,000 hommes, les autres à 80,000, avec 150 canons. Le créateur de l'armée russe fut défait; mais en 1709 il prit sa revanche à Poltava, où il battit l'armée suédoise, alors une des plus fermes de l'Europe. Pierre avait d'abord nommé chaque régiment du nom de son chef; mais, rendu attentif aux avantages d'un nom invariable rappelant au régiment ses traditions de gloire, il changea, en 1710, toutes les dénominations usitées jusqu'alors, pour y en substituer de nouvelles, empruntées à des villes ou à des provinces. Le 30 mars (10 avril) 1716, il termina à Danlzig son célèbre règlement de guerre (oustaf voïinnskiî), un des monuments de son génie*. Peu de temps avant sa mort, ce grand homme eut la satisfaction de voir son armée régulière portée à 108,350 hommes, nombre dans lequel les régimenls des gardes ne sont pas même compris et qui d'ailleurs, pendant la grande guerre du Nord, avait déjà été beaucoup plus considérable.
Sous les successeurs de Pierre le Grand, notamment sous l'impératrice Anne, l'armée russe continua de prendre
1. Dans le Journal de Pierre le Grand (p. 121), on nomme trois régiments, ceux d'Ostafief, de Horbof et de Fluck.