Ouslrialof, t. Il , p. 100; Hernnann, t. IV, p
l'armée et les institutions militaires. 671
le plus remarquable développement : il ne pouvait en être autrement du vivant d'un aussi grand capitaine que Munnich, déjà général de division du temps de Pierre Ier, puis général en chef sous Pierre II, et qu'Anne nomma, en 1731, feldmaréchal, grand -maître de l'artillerie et président du collège de la guerre de l'empire. Il vécut, comme on sait, jusqu'en 1767 : réintégré dans ses grades et honneurs sous Pierre III, après des années d'infortune, il donna encore de bons conseils à ce prince extravagant, et Catherine II ne voulut jamais accepter la démission que le vieillard offrait dans le sentiment de son déclin. Après lui, la Russie vit se former, parmi ses propres enfants, plusieurs capitaines d'un haut mérite, Roumantsof, Souvorof et d'autres. Munnich fit beaucoup pour le perfectionnement de l'artillerie russe. Relativement aux autres armes, sous les règnes d'Anne et d'Élisabeth, nous nous bornons à noter les dates de la création de quelques régiments qui figurent encore avec honneur dans l'armée russe. La première origine des Gardes à cheval remonte jusqu'à l'an 1724, mais ce n'était alors qu'un escadron composé des plus beaux hommes de tout le corps des dragons. En 1730, Anne les fit augmenter jusqu'à en former un régiment, lequel, neuf ans après, vint prendre ses quartiers à Saint-Pétersbourg. Dès 1733, fut aussi organisé le régiment de cuirassiers, alors dits de Bevern, mais qui changea ensuite de nom à plusieurs reprises jusqu'à ce que, compris dans la garde pour sa conduite dans la campagne de 1812, il reçut celui de Leibgvardià kirassirskaïa, cuirassiers de la garde du corps. Sous Anne Ioannovna prit aussi naissance un troisième régiment d'infanterie de la garde, celui d'Izmaïlof, ainsi nommé du sélo (village à église) des environs de Moscou appelé Izmaïlof , où la mère de cette impératrice avait si longtemps résidé avec les trois tsarevnes, ses filles. Les
Chevaliers-Gardes, aujourd'hui le premier en rang des régiments de cavalerie du corps d'élite, ne furent organisés sur ce pied que sous Catherine II; toutefois il existait déjà auparavant un escadron dont tous les «cavaliers», ce mot pris dans un sens honorifique, avaient rang d'officiers1.
L'impératrice Èlisabeth, pendant le règne de laquelle le comte Chouvalof fit d'heureux efforts pour améliorer l'artillerie, avait une armée qui, même en temps de paix et avant la guerre de Sept-Ans, se montait à 163,000 hommes. Sous Catherine II, après le premier partage de la Pologne, elle fut de 270,000*. Et pour donner une idée de la réputation de bravoure dont elle jouissait déjà, nous n'avons qu'à rappeler ce mot de Frédéric le Grand : «11 ne suffit pas de les battre, il faut encore les tuer.» Catherine, dont le nom est resté attaché à tant d'améliorations sociales, appliqua aussi son activité à améliorer le sort de l'armée. Elle commença par rétablir l'état des choses introduit par Pierre Ier et que Pierre III, par engouement pour tout ce qui émanait du roi de Prusse, avait complètement changé; puis elle introduisit des perfectionnements de toute espèce3. Elle augmenta la solde des hommes aussi bien que des officiers, réorganisa plusieurs régiments, et donna aux troupes un uniforme plus commode, en même temps que plus élégant que celui qu'elles avaient porté jusque-là. C'est aussi elle
1. Sur ce régiment et celui des gardes à cheval , on peut voir la traduction française de l'ouvrage du général comte de Bismark , Des forces militairet de l'empire russe, p. 22. L'original parut en 1836, à Carlsruhe. C'est un livre que les militaires consulteront avec fruit sur quelques points, comme, .*ur d'autres, celui de l'officier polonais Tanskî , Tableau du système militaire de la Rutsie (1833), et Dussieux, Force et faiblesse de la Russie au point de vue militaire.
2. Nominalement, elle était, même avant, de 606,178 hommes, dont 10,55? de la garde , et 261,172 des troupes irrégulières, ainsi que cela ressort d'un état présenté, en 1762, à Pierre III, et qui est imprimé dans le Magasin de Buschiog, t. II, p. 470-482.