‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 303 sur 367 · Bergmann, p. 268 et suiv · texte numérisé non relu

Bergmann, p. 268 et suiv

dès Tannée suivante, les Russes virent arriver à Arkhangel un vaisseau de ligne de 60 canons auquel le tsar avait luimême mis la main : c'était le premier que la Russie possédât; il lut suivi de plusieurs autres. Ainsi, c'est au dévouement personnel de Pierre que la Russie dut d'avoir une flotte au commencement du XVIIIe siècle. En même temps que le monarque imprima une activité extraordinaire aux travaux des chantiers d'Arkhangel et de Voronège1, il en établit de plus importants sur la Néva, près de la ville de sa création, où il travaillait de toutes ses forces à s'ouvrir un débouché dans la mer Baltique. Dès 4703, il jeta au fond du golfe de Finlande les fondements de Kronstadt, futur port de Saint-Pétersbourg; dans les années suivantes, surtout en 1714*, il déploya une immense activité sur tous les points de la Baltique qui lui étaient accessibles, et en 1718, la flotte russe comptait 23 vaisseaux de ligne, 3 frégates en état de service, etc., armés de plus de 4,000 canons, desservis par environ 8,000 marins, et commandés en partie par des Russes, en partie par des étrangers. Eu 1 723, on comptait en tout 44 grands bâtiments en bon état, armés de 2,406 canons et montés par 14,960 matelots. Outre cette grande flotte à voiles, le tsar en avait encore une autre à rames, une flotte de galères, qu'il employait surtout sur les côtes rocheuses de la Finlande et qu'on appelait par cette raison flotte de skârès ou de sèches. Dans la même année 4723, celle-ci se composait d'environ 300 galères de toute grandeur*, dont les plus grandes, de 5 canons, portaient 300 hommes, les plus petites, de 3 canons,

I. Dans cette dernière ville, le* travaux étaient dirigés par l'Anglais Perry. Voir Bergmaoo, t. II, p..l04. — Sur les règlements qu'il publie, voir Hernnaon, t. IV, p. 396.

j&2. Bergmann, t. III, p. 355 et suiv.; Herrmann, t. IV, p. 283 et suiv. 3. Reimers (qui cite Weber), t. 1er, p. 60. Cf. p. UA et 149.

150 hommes. En 1713, on avait compté 93 galères, 60 carabasses, 50 chaloupes, 1 bombarde, 10 bricks et plusieurs transports. C'est avec celte flotte de galères que Pierre remporta, l'année suivante (7 août), sur les Suédois, sous le vice-amiral Lilienkroon, sa première victoire navale, celle du cap de Hangô-oud ou de Tweremùnde, entre Helsingfors

et Abo, où, au grand étonnement de l'Europe, le contreamiral Ehrenskôld fut fait prisonnier et la frégate l'Éléphant conquise avec 6 galères et 2 chaloupes1. Alors le fort de Nyslot ne tarda plus à capituler. Pierre se décerna lui-même le triomphe à Saint-Pétersbourg pour ce magnifique succès, et son lieutenant, le vice-tsar, lui décerna le grade de viceamiral. Disons-le en un mot, ce que Pierre le Grand fit pour avoir une marine tient du prodige. Il s'en occupa jusqu'à sa dernière heure. Il rédigea de sa main le règlement général qui fui publié le 13 (24) janvier 1720; il fit achever les ports de Kronstadt et de Saint-Pétersbourg et rebâtir celui de Reval, et l'on assure que, pendant son règne, 112 vaisseaux de ligne ou frégates ont été construits sur ses chantiers, qu'il en acheta 20, et qu'il enleva à l'ennemi 1 vaisseau, 6 frégates, 6 galères, 1 yacht et 65 chaloupes, bâtiments dont il augmenta la flotte russe. Dans la suite, celle-ci se trouva quelquefois plus nombreuse, jamais, relativement parlant, dans un meilleur état que sous lui.

Cette création de Ta marine russe par le régénérateur (prèobrasovatel) de la nation était un si grand fait et le réjouissait lui-même à un si haut degré , qu'il ne se refusa pas la joie d'une fête commémorative dont le jubilé mérite bien d'être célébré d'âge en âge. Lell (22) août 1723, Pierre montra, dans les eaux de Kronstadt, à toute sa flotte son «grand-père,» cette chaloupe du temps d'Alexis dont nous

1. Voir Bergmann, t. III, p. 360; un article spécial dans Oldekop, St. Petertburgûche Zeitschnft, t. VIII, p. 120-132, et Herrmann, t. IV, p. «85.

avons parlé1 et qui avait agi si puissamment sur sa jeune imagination. Il en tenait lui-même le gouvernail, l'amiral prince Menchikof l'assistait en qualité de maître, les amiraux Gordon, Sievers, Siniavine et Sanders étaient aux rames, et le grand-maître de l'artillerie Otto desservait le petit canon que la chaloupe portait. Toute l'escadre de la Baltique, au nombre de plus de 30 bâtiments de haut bord et de quelques centaines de galères ou de chaloupes canonnières, était rangée en ordre de bataille; à mesure que le «grand -père» s'approchait d'un navire, celui-ci baissait son pavillon et saluait en outre par des salves de toutes ses pièces, en même temps que son équipage, rangé sur. les vergues, faisait retentir l'air de ses hourras, qui couvraient le bruit des fifres et des tambours. Un festin splendide ayant terminé cette solennité glorieuse, Pierre, toujours sur la petite chaloupe, fit le lendemain son entrée dans la nouvelle capitale, et après cette ovation, il consacra à jamais sa relique chérie à servir de monument national, ce qu'elle est restée jusqu'à ce jour.

Les impératrices Anne loannovna et Élisabelh Pétrovna n'eurent pas le soin de maintenir la marine russe dans un état satisfaisant : les vieux bâtiments durent être mis à la réforme, et, comme on ne les remplaçait pas par de nouvelles constructions, la flotte s'affaiblit graduellement. « Elle était en si mauvais état à l'avènement de l'impératrice régnante (Catherine II), dit Coxe, qu'on peut dire de cette princesse qu'elle a presque aussi créé une nouvelle flotte, comme Pierre le Grand. Elle a appelé en Russie plusieurs capitaines et constructeurs anglais, et en particulier l'amiral Knowles, qui est renommé par ses connaissances dans l'architecture navale. » Le même voyageur donne ensuite,

1. Voir plu* haut, p. 717, note 1. — Sur l'état de la flotte en 1727, voir Weber,t. III, p. 85-89.

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