III
qui, à l'exception de la Lithuanie orientale, se rapportaient également à d'anciens territoires russes, à la Russie-Noire, à la partie de i'Oukraine située sur la rive droite du Dnièpr, à des portions de la Volynie et de la Podolie, avec 410 villes, 10,081 villages et plus de 3 millions d'habitants. On tira depuis Drouïa, sur la rive gauche de la Duna, un peu audessus de Dunabourg, une ligne qui, passant par Stolpcé, Nesvige et Pinsk, et coupant la Volynie, atteignait la frontière de la Galicie et la suivait jusqu'au Dnièstr ; tout ce qui se trouvait à l'est de cette ligne, savoir une portion du palatinat de Vilna, le restant de. ceux de Polotsk et de Minsk, la moitié de ceux de Novogrodek et de Brzesc (Brest), plus les portions mentionnées de I'Oukraine, de la Volynie et de la Podolie, fut livré à la Russie1. La noblesse polonaise, — c'est elle, et elle seule, qu'on désignait en parlant de la nation, — la noblesse polonaise, ainsi traitée, ne consentit pas à se soumettre : elle courut aux armes à la première occasion, et mit à sa tête le brave et patriotique Kosciuszko. Mais la fortune trahit leur courage : ils succombèrent dans une bataille rangée, et Varsovie fut réduite à se rendre aux Russes. Alors les trois puissances copartageantes se remirent à l'œuvre, après avoir déclaré «qu'il était de nécessité indispensable de procéder à un partage total de la république , entre les trois États voisins.» La Prusse et l'Autriche eurent beaucoup de peine à s'entendre sur la possession de Krakovie : aussi les négociations durèrent-elles depuis les premiers jours de janvier 1795 jusque vers la fin de 1796; mais en ce qui concerne la Russie, il y eut moins de difficultés. La convention de Saint-Pétersbourg , arrêtée déjà en janvier 1795, et confirmée par la convention du 24 octobre de la même année, lui adjugea son lot, qui, encore cette fois,
1. On peut voir à ce sujet la carte des États de l'ancienne Pologne de M. Léonard Chudzko, 1831.
était le plus considérable quant à l'étendue, car il embrassait environ 2,030 milles carrés ou près de 410,000 kilom. carrés, avec 1,200,000 habitants. Il se composait de la Samogitie, d'une partie du palatinat de Troki, des restes de ceux de Vilna, Novogrodek, Brzesc, d'un fragment de celui de Chelm et de tout ce que la Pologne avait conservé de la Volynie1. A tout cela l'acte de soumission que la noblesse des duchés de Kourlande et de Sèmegalle (avec Pilten) présenta à Catherine II, le 18 mars 1795, ajouta encore près de 500 milles carrés, plus de 27,000 kilom. carrés*. La Pologne fut rayée de la carte de l'Europe; Varsovie, sa capitale, dépendait maintenant de la monarchie prussienne ; Krakovie, l'ancienne résidence des Piasts, était devenue une ville de l'empire d'Autriche. Près d'Ostrow, sur le Boug occidental, au-dessus de son confluent avec la Vistule, les frontières des trois puissances copartageantes se touchèrent immédiatement et sans intermédiaire. «La république polonaise, a dit un publiciste ingénieux, disparut du système européen; mais sur les tertres des morts allait le souffle de l'histoire du passé , et le fil des traditions se filait dans les esprits par l'enseignement des chants du berceau. »
En additionnant ensemble les chiffres qui représentent les acquisitions successivement faites par la Russie aux dépens de la Pologne sous le règne de Catherine II, on trouve un total de plus de 8,000 milles carrés, environ 450,000 kilom. carrés (étendue presque égale à celle de toute la Suède), avec plus de 6 millions d'habitants. Ce fut là certes un accroissement considérable, mais plein de périls, hélas! pour l'avenir.
Après la Pologne, ce fut l'empire Ottoman, qui, tou-
1. Voir Koch-Schœll, t. XIV, p. 160 et suiv., et Ghillany, édit. française, t I", p. 206-212.