Voir Koch-Schœll, t. XIV, p. 162 et suiv
jours sous le règne de Catherine II, dut le plus contribuer à l'agrandissement de la Russie. On estime à 2,935 milles carrés ou 165,000 kilom. carrés le contingent qu'il lui fournit par suite de ses revers prolongés.
Il a été question plus haut de la malheureuse campagne du Prouth (1711) et du peu de fruit que l'empire Russe, malgré les victoires de Munnich , recueillit du traité de Belgrade (1730) : à ces époques-là, la Porte occupait encore un rang considérable parmi les puissances. Mais pendant la longue période de paix que forma ensuite pour la Turquie le règne, en somme honorable et glorieux, de Mahmoud Ier (1730-1754), joint à ceux de ses successeurs immédiats, elle s'énerva, en même temps qu'elle s'affaiblit par sa résistance au besoin de réformes. Aussi Moustapha III, que la grandeur croissante de Catherine II alarmait et qui résolut d'arrêter ses progrès, n'eut-il pas les moyens d'accomplir cette tâche. C'est à propos de l'occupation de la Pologne par les Russes que la guerre éclata en 1 768 , et l'on sait avec quelle énergie la Sémiramis du Nord, avec l'aide des comtes Roumantsof et Alexis Orlof, la poussa, par mer comme sur terre, même lorsque le fléau de la peste et la terrible révolte de Pougatchef vinrent y faire une fatale diversion. La paix de Koutchouk-Kainardji , signée non loin de Choumla le 21 juillet 1774, jour anniversaire du traité du Prouth, couronna les efforts de l'autocratrice. Ce traité mémorable ajouta à son empire la steppe entre l'embouchure du Dnièpr et celle du Boug, qui séparait encore, sur ce point, l'empire de la côte maritime, puis la Grande et la Petite-Kabardah, ainsi que les forteresses de Kertch et Iéni-Kaleh, qui commandent l'entrée de la mer d'Asof, et celle de Kinbourn, qui défend le liman du Dnièpr; au total, environ 1,000 milles carrés ou près de 55,000 kilom. carrés. Il confirma d'ailleurs définitivement à la Russie la possession d'Asof. De
plus, et c'est là le point le plus important, il reconnut au pavillon russe le droit de libre navigation sur la mer Noire et, en ce qui concerne les navires marchands, celui de libre passage de cette mer dans l'Archipel, par le Bosphore et les Dardanelles. Enfin il proclama l'indépendance de la Petite-Tatarie ou des «hordes» des Tatars de Crimée, de Boudjak et du Kouban; stipula le gouvernement sans entraves de la Moldavie et de la Valachie par leurs hospodars, imposa aux Turcs le paiement d'une indemnité de guerre, reconnut au tsar le titre de padischah, toujours contesté jusqu'alors, et admit à Constantinople une légation russe fixe et permanente, ayant à sa tête un ministre de second ordre1. De la Pologne, il ne fut même pas fait mention dans ce traité, singulièrement menaçant pour la sécurité future et même pour l'existence de l'empire du Croissant. Ce danger, le divan le comprit tout aussitôt et chercha non-seulement à rouvrir les négociations, mais aussi à s'assurer une influence prépondérante dans la Crimée, qu'il lui répugnait d'affranchir de sa suzeraineté. La convention d'Aïnali-Kavak, campagne aux environs de Constantinople (1779)% apaisa bien pour un moment l'irritation de la Porte; mais il n'en résulta qu'un ajournement de la rupture. Celle-ci était d'autant plus immanquable que le gouvernement d'Abdul-Hamid, agité en sens divers par cette question de Crimée, l'était plus fortement encore par la connaissance qu'il avait des projets de Catherine II et du prince Potemkine au sujet du rétablissement de l'empire de Byzance en faveur d'un grandduc de Russie, rétablissement dont le préliminaire indispensable était l'expulsion des Turcs d'Europe3. Ces projets
1. Voir le texte dans Ghillany, édit. française, t. II, p. 119, et Koch-Schœll, t. XIV, p. 426 et suiv. Cf. Zinkeisen, Geschichte des Osmanischen Reiches , t. V, p. 958 et suiv.; t. VI, p. 74.