Voir Meiners, 1. 1", p. 312; Antidote, p. 224, S
Supprimée par Pierre III, le 7 (18) février 1762, eile fut formellement réprouvée aussi par Catherine II1, et, malgré tout, rétablie ensuite, comme l'a dit l'empereur Alexandre Ier, dans le manifeste par lequel il y mit fin. Sous la dénomination nouvelle d'expédition secrète, le procureur général Oboulyaninof la rendit de nouveau fameuse sous le règne de Paul Ier. Alexandre lui-même, malgré le libéralisme de langage qui frappa tout le monde dans ce manifeste, la rétablit un an après l'avoir abolie, il est vrai, considérablement modifiée et confiée à des mains sûres. «De 1819 à 1825, dit l'homme le plus prévenu contre le gouvernement #de son pays2, la police politique fut presque nulle.» Après l'avènement de Nicolas, ce monarque fit de la police secrète politique l'attribution de la IIIe section de sa chancellerie particulière (voir p. 277), et, ne voulant rien de secret, il donna aux agents dont elle se servait l'uniforme Meu de la gendarmerie. «Je fonderai une institution nouvelle, dit -il alors dans la loyauté sincère de ses sentiments, et j'élèverai la police au-dessus des préjugés, en n'y employant que des hommes honnêtes, instruits, sincères, d'un caractère ferme, bons et justes.» Mais la réalité ne put répondre à ce beau programme. Relativement au règne d'Alexandre II, le même écrivain, si hostile à Nicolas, change complètement de langage : il donne au chef actuel de cette administration d'un genre exceptionnel les éloges
t. Voir son oukase du 19 (30) octobre de la même année dans le Neuverândertes Russtand (de Scblœzer), t.Ict, p. 171-184. Cf. le manifeste d'Alexandre l«r du 2 (14) avril 1801, dans Riitsland tinter Alexander /., de Slorch, 1.1er, p. 16-18.
2. Prince Dolgoroukof , La Vérité, etc., p. 294. Ce qu'il ajoute par rapport à l'administration du comte Alexandre deBenkcndorff, du prince Orlof et du prince Vassili Dolgoroukof, sont des choses trop personnelles et trop délitâtes pour que nous consentions à le suivre sur ce terrain. L'exagération ne s'y fait pas moins seutir que dans les deux chapitres des Révélations consacrés au même sujet (t. Ier, p. 245-o05).
ADMINISTRATION CENTRALE
qu'il mérite. «C'est un homme intègre, dit -il, de formes excellentes.» Et ailleurs nous lisons sur ce chef: «C'est un homme doux, aimable, vraiment libéral, prévenant, de ce petit nombre d'hommes d'État qui n'ont pas d'ennemis... Il dirigea l'institution dans un tout autre esprit. Jusqu'alors la section avait été bruyante, pleine d'assurance: elle agit depuis en silence et non sans une certaine timidité.»
Ce qui vient d'être dit se rapporte à la police politique, exercée par la III0 section de la chancellerie particulière de l'empereur. Nous ajouterons seulement que, par rapport à elle, le pays fut divisé en 8 circonscriptions (okrougha), ayant chacune à sa tête un officier général de la gendarmerie qui, dans chacune des provinces de la circonscription, avait sous ses ordres un colonel de la même arme. Les points centraux étaient Saint-Pétersbourg, Moscou, Varsovie, Vilna, Odessa, Tiflis, Kasan et Omsk. Cette administration était complètement indépendante de celle de la province. Elle a été dissoute il y a deux ou trois ans, et les sept escadrons du régiment de gendarmerie ont été soumis directement aux généraux commandant dans les circonscriptions militaires. Quant à la chancellerie centrale , ïAdress- Kalendar énumère les tchinovniks qui en font partie, mais sans mentionner d'organisation en sous- sections ou bureaux.
La police de sûreté, non politique, est, comme on l'a vu (p. 761), du ressort du ministère de l'intérieur. Nous sommes convaincu que le noir tableau qu'on en a fait dans les deux ouvrages cités plus haut1, comme aussi dans beaucoup d'autres, ne lui est plus applicable aujourd'hui. L'oukase du 8 (20) juin 1860 a mis un terme aux attributions abusives de la police, en lui enlevant l'instruction des procès pour
4. Surtout Révélations , t. V\ p. 280. Cf. Molinari, Lettres sur la Russie , p. 219 et passim.
crimes et délits du ressort des tribunaux, instruction désormais réservée aux magistrats appelés instructeurs judiciaires. La justice ne sera donc plus forcée de recourir à ces instruments d'une moralité plus que douteuse, qui souvent ont donné lieu à des incidents révoltants. La police, sans doute, a toujours son côté sombre, mais, en somme, elle est un bienfait pour le pays par la vigilance qu'elle déploie contre les malfaiteurs. On peut dire qu'il règne en Russie autant de sûreté que partout ailleurs : le nombre des attentats contre les personnes n'y est pas plus grand, et le brigandage sur les grands chemins est chose presque inouïe. La police entretient des magasins considérables, et ses dispositions par rapport aux incendies, si exceptionnellement fréquents , et dont le nombre augmente d'année en année, sont admirables, même dans les campagnes. Elle veille au maintien de l'ordre sur les marchés et dans les lieux publics de toute espèce, et elle assure la bonne qualité des marchandises exposées en vente, aussi bien que la libre circulation et la propreté des rues. Elle lient sous un contrôle sévère les colporteurs , les charretiers et les milliers de cochers ou isvoschtchiks qui stationnent sur le pavé des villes, les portiers des maisons chargés de services nombreux; elle suit des yeux les mendiants et toutes les personnes suspectes. Pour assurer la salubrité publique, elle ne cesse de faire tous les efforts que le progrès des lumières a mis en usage dans les pays les plus policés1.
1. Toutes les questions se rattachant à la mortalité ont été traitées au 1. 11, p. 178-208. Les accidents divers, assassinats, suicides, etc., y sont compris. Page 177, il a été parlé aussi des enfants abandonnés, auxquels nous icviendiun* d'ailleurs dans le dernier chapitre du présent volume, après avoir dit un mol des prisons. Voir, de plus , le chapitre sur la situation spéciale de la population agglomérée, t. Il, p. 287-320. Le Calendrier de Saint-Pétersbourg (en rosse et en allemand) donne des renseignements (p. 255 etsuiv., année 1863) sur certains hôpitaux, sur les mesures à prendre dans la capitale en cas d'inondation ,
ADMINISTRATION LOCALE
2° Administration locale, territoriale et communale.
C'est un mécanisme fort compliqué que l'administration provinciale d'un empire vaste et disparate tel que celui qui nous occupe : aussi l'état réglementaire ne saurait- il s'appliquer à toutes ses parties sans exception. D'abord , c'est surtout ici qu'il ne faut pas perdre de vue la distinction que nous avons établie, en tête de ce volume (p. 21), entre le territoire proprement dit et les possessions lointaines : nous nous en tiendrons plus particulièrement au premier, réservaut pour le volume qui traitera de la topographie les renseignements sur l'organisation des autres. Mais une seconde distinction à faire est celle entre les gouvernements ou gou~ hernies y c'est-à-dire les divisions régulièrement et uniformément organisées, et les oblasth ou provinces, qui n'ont pas encore reçu celte organisation. Puis, les gouvernements et les oblasthes sont subdivisés en districts, et, sous un point de vue particulier , en volosth \ Nous comprenons toutes ces divisions sous la rubrique administration territoriale ; après cela, nous parlerons du régime des villes sous la rubrique administration communale.
Administration territoriale. Encore ici, nous commencerons en jetant un coup d'œil sur les vicissitudes du passé, car les divisions et les autorités qui y sont préposées n'ont pas toujours été les mêmes.
On nous a conservé une énumération de celles qui existaient sous Ioann III, en 1462 *, époque à laquelle nous rapportons l'origine de la monarchie moscovite ou de la Russie actuelle ; mais il est inutile de remonter si haut. A
etc. Quelques autres se trouvent dans le Manuel de Schubert, t. Ier, p. 322 et 323, p. 334 , etc. Sur les mesures de prévoyance publique, on peut consulter Hupel, t. II, p. 421 , et P. Storch, Der Bauer in Russland, p. 108.