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Études, t. II, p. 509-5il

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(smiritelnii domy) , où sont déposés les condamnés pour délits ou infractions légères aux règlements de police ; et les prisons centrales (ostroghi ou aussi tiourmy) , affectées aux accusés de crimes et aux condamnés à plus d'un an. M. de Haxthausen a décrit l'Ostrogh de Moscou. A Saint- Pétersbourg, il y a cinq bâtiments de détention, y compris ceux de la forteresse; le principal est la Tour, près du grand théâtre, pentagone à deux étages qu'on appelle communément le Château Litofski. On y enferme les criminels ou prévenus de crimes. Tous ont préalablement la tête rasée ; ils sont baignés et mettent les vêtements de la maison. Il y a aussi dans cette capitale deux prisons pour dettes , Tune pour la basse classe, l'autre pour les hommes d'une condition supérieure.

Pénalités. On a vu (p. 868) qu'elles furent adoucies par l'oukase du 17 (29) avril 1863, et nous avons dit aussi que la peine du knout, décrite à la même occasion, a été abolie. Il ne subsiste que celle du plêie, qui est un fouet formé de plusieurs courroies entrelacées1. La peine de mort reste réservée à la justice militaire et aux cas d'attentats contre l'État ou contre la personne du souverain. Quand, en 1826, elle a été appliquée à cinq conspirateurs, ce fut presque une nouveauté , un fait inouï. Seulement , il ne faut pas citer cette quasi-abolition de la peine de mort comme une preuve de la douceur du caractère de l'impératrice Elisabeth , ni de celle de la législation russe ou de son respect pour la vie humaine. En bien des cas , comme nous l'avons dit, le knout était la plus atroce des peines de mort, et la condamnation au travail forcé dans les mines, qui ne s'applique , il est vrai , qu'aux grands criminels , est également un affreux équivalent du dernier supplice. Même la simple

1. Sur le plètc et le knout, voir aussi Golovine, p. 389-393. Cf. Haxthausen, t. 1er, p. 452.

déportation en Sibérie, d'ailleurs toujours précédée de l'application d'une peine corporelle, est, pour des hommes chargés de fers et dont le voyage, à pied (car il n'y a de chariots ou de traîneaux que pour les femmes et les malades), un supplice dont les malfaiteurs de la nature la plus robuste peuvent seuls ne pas être effrayés.

Cette déportation , sur laquelle plusieurs écrivains ont donné des détails que nous ne voulons pas répéter ici \ est une conséquence naturelle de la possession de régions immenses privées de population , que la Russie a acquise il y a trois siècles : aussi est-elle loin d'être une invention moderne. C'est en 1688 que Tobolsk reçut le premier exilé, un Samoïlof de l'Oukraine; même YOulojénié d'Alexis Mikhaïlovitch fait déjà mention , parmi les peines, de la déportation en Sibérie. Un oukase de Pierre le Grand, du 5 février 1705, en rendit l'application plus fréquente, et, sous sa fille Ëlisabeth, elle remplaça la peine de mort, abolie en ce qui concerne la justice criminelle ordinaire. En 1739, on avait découvert en Sibérie la première mine d'or, et depuis 1691 on connaissait et exploitait la mine d'argent de Nertchinsk , localité qui fut érigée en ville en 1781. Depuis Catherine II, vers 1770, la déportation dont nous parlons devint de plus en plus commune; mais elle s'exécutait sans beaucoup d'ordre , aucune loi d'ensemble n'ayant encore été promulguée pour déterminer les différentes applications du principe. C'est Spéranski qui , après avoir été de 1819 à 1821 gouverneur-général de la Sibérie, fit rendre cette loi le 10 (22) avril 1822'. Le lieu de réunion pour les condamnés est Kasan ; nous avons vu de nos

1. Golovine, p. 393-396 ; Haxlhausen, t. II, p. 5H-517; Schubert, p. 333. Cf. Matériahj dla StatUtiki, t. Ier, lre partie, p. 133 et suiv.; Erman, Reise um die Erde, t. Ier, p. 522 et 624.

2. Baron Modeste de Korff, Ji*n grafa Spéranskago, t. II, p. 236.

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yeux au delà de cette ville , de son académie ecclésiastique dont nous avons visité la bibliothèque, et des jardins publics dont nous avons voulu comparer les agréments avec ceux des Tivolis de nos villes d'Europe, nous avons vu, disons-nous, le point de la route où l'imagination place sur un poteau cette inscription : Lasàate ogni speranza ! Nous l'avons vu sans effroi pourtant, et après tout, nous n'aurions pas craint de nous y engager pour aller reconnaître , à une distance de plus de mille lieues, dans le bassin de Ml, la belle nappe d'eau de J'Issyk - Koul et les majestueux glaciers du Thiân- Ghân ou des Monts Célestes , au pied desquels la Russie plante aujourd'hui ses poteaux-frontières. De Kasan, les «infortunés» — , c'est ainsi (ncsclitchastniyé) que les désigne le peuple russe, — sont dirigés sur Tobolsk et remis entre les mains de l'administration dite sylnii prikaz, collège de force, qui les classe et leur assigne leur destination. D'abord, il y a divers degrés dans l'application de cette peine : déportation temporaire dans une forteresse , qui peut n'être que d'une année , déportation dans une colonie pénale, déportation avec travaux forcés, temporaires ou à perpétuité, et l'administration dont nous parlons répartit les condamnés sur les points du territoire correspondants à cette division. Mais en outre elle les divise en cinq catégories : condamnés aux travaux forcés (katerschniki) , ouvriers à employer dans les fabriques (notamment dans la grande manufacture de draps qui est établie à Omsk), à employer à la construction des roules ou à d'autres services publics, gens de service dans les maisons, colons (pocélentsi) à établir dans des villages, gens incapables à raison de leur âge ou de leurs infirmités. La durée de la peine des condamnés aux travaux forcés « à perpétuité > ne peut, dans aucun cas, à moins de récidive, dépasser vingt ans. Passé ce terme, le forçat est libéré et prend rang, s'il peut III. 56

ilisé, parmi les colons de la Sibérie, dans un canton ésigne lui-même. Là, corrigé par l'expérience, par îxion, par l'âge, il vit d'une vie nouvelle et peut enonnaître le bonheur; la liberté même peut s'ouvrir lui. La récidive est rare parmi ces malheureux: de i 1831 , le nombre des crimes auxquels ont pris pari portés, ne s'éleva, dit-on, qu'à 165 pour toule la \. Or, leur nombre total ne reste guère au-dessous >,000. Au 1er janvier 1835, par exemple, on encomplis de 42,000 dans la Sibérie occidentale et plus de I dans la Sibérie orientale; total, 99,860, dont 76,005 e masculin et 23,165 du sexe féminin. Chaque année, e à Tobolsk un renfort de 7 à 9,000, dont les femmes

11 au moins un cinquième. Dans la période décennale

12 à 1832, le chiffre avait été au total de 83,700: ne annuelle , 8,370. C'étaient 72,905 hommes el femmes. Sur le total de 83,700, la moitié seulement déportés pour crimes; 35,308 l'étaient à raison de ^abondage; 3,377 pour cause d'imbécillité, de liberet de conduite vicieuse; 1,283 étaient des serfs is que leurs maîtres faisaient déporter de l'aveu de té, etc. Ce sont les gouvernements de l'est, Perm.

Simbirsk , Orenbourg, etc., qui fournissaient ta rts contingents; les gouvernements du nord, Ar- 1 et Olonetz , avaient le moins de part à ces bande* unés, qui vont peupler les déserts et arracher leurs

aux entrailles de la terre, non loin de la frontière pire Chinois.

stique criminelle. Depuis plus de trente ans, il ne annuellement à la typographie du Sénat dirien langue russe, un Rapport du ministère de la le dernier que nous ayons sous les yeux est celui n 1861, publié en 1864; c'est un volume de MS

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pages in-4°. 11 serait intéressant pour les moralistes, comme pour les hommes d'État, de soumettre cette collection à une étude sérieuse ; mais l'ampleur qu'a prise déjà le présent volume , nous interdit d'entreprendre ici cette étude. Tout ce que nous pouvons faire encore, c'est d'en reproduire quelques-uns des principaux chiffres.

Tous les tribunaux de l'empire ont été saisis, en 1861, d'un total de 590,547 affaires, dont 444,239 sont venues à jugement; 176,308 ont dû être transmises à l'année suivante. En 1860, le total des affaires avait été de 575,465, et le nombre des jugements de 401,792; en 1859, il y avait eu 510,628 affaires, dont 377,724 sont venues à décision dans le cours de l'année. Les 590,547 affaires de 1861 se divisaient ainsi :

Affaire» Affaires introduites. terminées.

Criminelles (ougolovnii) 281 ,583 222,81 1 «

Civiles (grajedamkii) 282,719 169,430

De simple arrangement (rasporiaditelnii) l. 26,245 21 ,998

Totaux 590,547 414,239

Et quant aux instances, 42,068 étaient introduites pardcvajit les départements du Sénat, 175,424 devant les tribunaux du second degré, 362,193 devant les tribunaux du premier degré , et 10,862 au département et dans la chancellerie du ministère de la justice. Des affaires non terminées en 1861, près de 20,000 étaient pendantes depuis plus de 5 ans, 4,750 depuis plus de 10, et 3,089 depuis plus de 15. D'environ 80,000 condamnés, 1,106 l'ont été aux travaux forcés, 3,640 à la colonisation en Sibérie et à la dé-

1. En France, le nombre de ce* affaires est d'environ 25,000 par an; le nombre des accusés pour crimes, qualifiés tels par le Code pénal, ne dépasse guère 7,000, les autres sont déférés pour délits aux tribunaux de police correctionnelle. Ces derniers ont eu à s'occuper, en 1864, de 139,803 affaires. Voir sur toute cette matière notre Statistique de la France , t. II, p. 424-457.

2. Affaires d'arpentage, d'héroldie, de litige administratif, etc.

portalion au Caucase , 3,758 à la déportation pour former un établissement (k'sylkè na vodvorénie), 9,658 au renvoi dans les compagnies de réclusionnaires , dans les maisons de travail ou au service militaire1, 3,570 à la réclusion temporaire dans une forteresse (14), dans une maison de correction ou dans une prison centrale {tiourma), enfin 58,048 à des peines moindres. Les crimes pour lesquels les principaux malfaiteurs ont été condamnés étaient les suivants : pour sacrilège, 163; pour assassinat, 1,979; pour faits d'incendiaires, 539; pour brigandage, 89; pour déprédation (grabéja), 814; pour autres cas d'extorsion, 290; pour faux-monnayage, 217; pour vol et larcin, 22,749; pour escroquerie et filouterie, 2,275; pour vagabondage, 7,571; pour délits forestiers dans les bois de la Couronne, 21,082. Dans le total étaient compris 69,766 individus mâles et 10,014 du sexe féminin.

Le même rapport (1861, p. 39-53) fait connaître aussi la situation des archives du ministère de la justice. Nous nous bornons à ce simple renseignement , car nous avons hâte d'arriver à la fin du volume.

Quant à l'état de la moralité publique on aurait maintenant, pour le constater, des éléments que n'avait encore à sa disposition qu'à un bien faible degré l'académicien Henmann quand il publia , dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg *, ses Recherches sur le nombre des suicides et des homicides commis en Russie.

1. Quelle flétrissure pour elle! Dans ladite année, 98 hommes ont ainsi été mis dans l'armée.

2. 6e série, Sciences politiques, historiques, philologiques, t. I", p. 3-20. Voir notre analyse de co mémoire dans le Bulletin des sciences géographiques, etc., du baron de Férussac, septembre 1830, p. 379-384. - Sur les assassinats et les suicides , on peut se reporter aussi à notre t. H, p. 204-207.

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