PUBLIQUE
Dans ce dernier chapitre , nous voulons encore dire un mot, mais un mot seulement, de quelques matières sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir, mais que le lecteur ne nous verrait pas sans déplaisir passer entièrement sous silence ; car Tune de ces matières est un des plus prodigieux progrès du siècle , l'autre est l'honneur de la société en tous pays, l'effet indispensable du sentiment religieux, quand il est sincère et profond.
Communications accélérées. Sous cette rubrique nous plaçons les chemins de fer et la télégraphie électrique. Relativement à lune et aux autres, la Russie a fait, et fait encore , de grands efforts pour égaler les autres nations de l'Europe ; c'est en elles qu'elle trouve le remède à une de ses plaies les plus sensibles, la t plaie des distances».
Chemins de fer. Cette invention merveilleuse est venue en un moment où la Russie était encore fort loin d'avoir achevé le réseau de ses routes et chaussées1, mais où elle possédait déjà un assez beau réseau de canaux*. La première voie ferrée qu'on y construisit est celle de Saint-
1. Voir sur ce réseau Ed. Collignon, Les Chemins de fer russes de 1857 à 1869, p. 67-81
2. Sur celui-ci, voiriMd., p. 55-67, et Stuckenberg, Hydrographie des russischen Reichs , Pétersbourg, 1 844-1849, 6 ?ol. in-8o, ainsi que la Carte hydrographique de la Russie d'Europe. Voir aussi notre ouviage La Russie, la Pologne et la Finlande, p. 149. etc.
Pétersbourg à Tsarsko-Sélo et à Pavlofsk, achevée en 1835, mais qui n'a que 25 verstes de longueur. En 1842, l'État fil commencer la construction de celle entre Pétersbour? et Moscou dite chemin Nicolas , qui , longue de 604 verstes (643 kilom.), put être mise en exploitation sur tout son parcours dans Tannée 1854. Administrée par lui, elle est certainement une des voies les plus splendides et qui offrent le plus d'agrément aux voyageurs1. Dans le cours de Tannée 1859, ceux-ci dépassèrent déjà un million, sur lequel 905,500 appartenaient à la classe ouvrière L'ensemble des marchandises transportées dans la même année s'élevait à 27 millions de pouds (442 millions de kilogr.). Cependant depuis 1856 l'État renonça à se faire lui-même entrepreneur et exploitant; il résolut de s'adresser aux capitaux privés et de continuer l'œuvre au moyen des compagnies. Ainsi fut exécuté d'abord le chemin de fer de Pétersbourg à Péterhpf , avec embranchement sur le camp de Krassno- Sélo, village où ont lieu tous les ans les grandes manœuvres militaires, chemin d'une longueur locale de 41 verstes (43 kilom.). Sur le même pied fut ensuite réalisé le chemin de Pétersbourg à Varsovie, long de 1,045 verstes (1,114 kilom.), sans les embranchements dont nous parlerons bientôt. Ce fut la première entreprise de la • Grande Société des chemins de fer russes», composée de capitalistes russes et étrangers sous la direction du baron Stieglitz, banquier de la cour, autorisée par un oukase du 26 janvier (7 février) 1857 et dont les statuts primitifs portent la même date1.
1 . Voir sur ces premiers chemins de fer et les suivants , outre le mène livre de M. Collignon, ingénieur des ponts et chaussées, p. 83, Pégot-Ogier, La Russie et les chemin* de fer i-usses (1857); puis dans Unsere Zeit, l'article Die rtissischen Eisenbahnen, t. Ier, p. 737-755, et Hussiand tinter Alcxonder II '., p. 104 et suiv. Cf un article du Journal des Débats du 28 avril 1857, renfermant des observations très-dignes d'attention.
2 On peut lire ces actes dans le livre de Pégot-Ogier, p. 145 et suiv.
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Elle était à peu près terminée en 1863, au moment où éclata la dernière insurrection de Pologne , et depuis elle fut mise en exploitation sur tout son parcours. Deux embranchements vinrent s'y rattacher, savoir le chemin de Dunabourg à Riga, concédé en 1858 à une compagnie de négociants de cette grande place du commerce baltique et achevée au bout de peu d'années dans toute sa longueur de 204 verstes ou 217 kilomètres; et le chemin de Kovno à Werbalen (non loin d'Eydlkuhnen), voie longue d'environ 00 verstes ou 96 kilomètres et qui se soude sur le chemin de fer prussien qui d'Eydlkuhnen mène à Berlin et au delà.
Dans le royaume de Pologne, il a un embranchement de Bromberg sur Varsovie, long d'environ 150 kilomètres, et un autre chemin ferré conduit de cette capitale à la frontière autrichienne. Celui-ci, avec son embranchement sur Lowicz , a une longueur de 282 verstes ou 300 kilomètres.
La grande-principauté de Finlande possède un chemin de fer de 95 verstes ou 101 kilomètres, qui relie Helsingfors, la capitale, à Tawastehus.
Voilà donc déjà un ensemble de près de 2,700 kilomètres, dont seulement 551 ne se rapportent pas directement à l'empire. Le chiffre exact, quant à celui-ci, était pour ce qui précède, de 2,141 kilomètres. La Grande Société exécuta en outre le chemin de Moscou à Nijni-Novgorod , qui aboutit là au Volga, que remontent les bal eaux à vapeur depuis la mer Caspienne; ce sont encore 408 verstes ou 435 kilomètres. En 1862 fut ouvert le chemin de fer du Volga au Don, long de 73 verstes ou 78 kilomètres et qui, de Tsaritsyne, d'où le Volga se recule vers l'est, va gagner la stanitza de Kalatch. Vers la même époque, on inaugura celui de Moscou à Troïtza, le célèbre lieu de pèlerinage où repose le corps de saint Serge, chemin long de 60 verstes ou 64 kilomètres; puis, peu après, celui de Moscou à Ka-
lomna, long de 120 verstes ou 128 kilomètres. Ce dernier, continué depuis jusque Riaisân, aussi dans une longueur ^ d'environ 120 kilomètres, reliera Moscou au Volga par Saratof, communication réalisée plus au nord par Nijni- Novgorod, ainsi que nous l'avons vu. Enfin, à la fin de 1865, une compagnie particulière a inauguré le chemin de fer d'Odessa à Balta, premier tronçon de la voie, construite d'après un système économique, qui reliera Kief, ainsi que 1 sans doute Kharkof et Moscou, à la mer Noire et que nous estimons à 180 verstes ou 191 kilomètres. Le total des chemins de fer de l'empire peut ainsi être évalué à au moins 3,200 kilomètres; on indique même pour le 1er janvier 1864 un total de 3,586 kilomètres1, et l'on ajoute ce renseignement , que le kilomètre coûte en moyenne 400,000 fr.
Nous devons noter ici que l'activité de la Grande Société ne répondit pas à l'attente du gouvernement et que, en vertu d'une transaction ratifiée par une assemblée générale tenue à Saint-Pétersbourg le 3 (15) août 1861, ses statuts furent essentiellement modifiés. La Société abandonna la construction de deux lignes qu'elle avait prises à sa charge, de celle de Moscou au port de Fœodosie en Crimée, avec des embranchements sur Odessa et le Dnièpr, et de celle qui d'Orel ou Koursk, stations de cette première ligne, devait aller jusqu'au port deLibau en Kourlande*. Elle s'entendit sur les indemnités et compensations qu'elle réclamait, avec le gouvernement qui, en revanche, obtint d'elle la suppression du comité central de Paris et cette stipulation que sur les 14 membres du conseil siégeant à Saint-Pélers-
I. En France, la longueur exploitée s'élevait, au 31 juillet 1865,11 3,270 kil, et la longueur totale des lignes concédées à 20,902. En Angleterre, il y avait, au 1er janvier 186G, 18,600 kilomètres en exploitation , et dans l'Europe entière 64,000 kilomètres.
i. Sur les lignes abandonnées par la Grande Société , voirCollignon, p. 46-54.
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bourg, 4 seraient nommés par lui et les 10 autres élus par les actionnaires; que sur ces derniers 5 au moins seraient sujets russes, ainsi que le président et le vice-président. De son côté, il accorda une garantie de 5 p. 100 pour tout le capital de la Société, ainsi que pour le payement des intérêts et de l'amortissement. Le capital social fut fixé à 112,350,625 R. A. — D'après ce qu'on vient de lire, il ne reste à la Société que le chemin de Saint-Pétersbourg à Varsovie avec son principal embranchement, elc, et celui de Nijni-Novgorod. La première de ces lignes a donné , en 1863, un produit net de 1,609,210 R. A., et la seconde un produit net de 1,455,620 R. A. G'esl un total de plus de 12 millions de francs. Or, 1863 était, surtout pour la première des deux lignes, une très-mauvaise année, à cause de la perturbation jetée dans les provinces occidentales par la nouvelle insurrection de la Pologne. C'est aussi par celle raison que nous nous abstenons d'indiquer le chiffre des voyageurs transportés dans celte année 1863, sur laquelle nous avons devant nous le Compte rendu du conseil d'administration 1 : les troupes occupaient une grande place dans ces transports, qui, en 1862, avaient été encore au-dessous de 700,000 personnes, auxquelles toutefois il fallait ajouter plus de 100 millions de voyageurs, transportés seulement à la campagne, à la distance d'une versle. Sur la ligne de Nijni-Novgorod , on a transporté, en 1862, environ 480,000 voyageurs, et, en 1863, 723,451, encore sans compter les voyageurs transportés à la distance d'une verste , lesquels , dans la dernière des deux années, étaient au nombre de plus de 117 millions.
Nous ne dirons rien, pour le moment, des lignes qui sont encore simplement à l'étude et dont la principale,
1. Journal français de Saint-Pétersbourg, numéro ilu !" (13) juillet 18G4. On rouve là des détails fort étendus et fort curieux.
longue de 890 verstes , serait celle d'Orel à Taganrog et à Rostof sur le Don , passant à Kharkof , qui est à 370 verstes d'Orel. L'espace dont nous disposons suffit à peine à tenir compte de tout ce qui existe en réalité , et les contingents futurs forment , pour la Russie , un domaine incommensurable.
Télégraphie électrique. On a vu plus haut (p. 607) à quel état se trouvait naguère cette institution en Russie, spécialement dans la Russie d'Europe1. Ici, nous voulons en faire connaître une application qui regarde le monde entier, puisqu'il s'agit d'une ligne faisant presque le tour de la terre et que les Russes, pour cette raison, appellent krouglosvetnaia.
Le gouvernement russe, représenté par le premier de ses ingénieurs civils, le général Melnikof, ministre des voies de communication, a conclu, dans l'année révolue, un traité avec une société formée par M. Collins, agent consulaire des Etats-Unis à l'embouchure de l'Amour, sous le nom d' United - Western - Telegraph - Company. Cette société, actuellement au capital de 10 millions de dollars et à laquelle le gouvernement fédéral desÉlals-Unis a, de son côté, assuré de grandes facilités, se propose d'établir une ligne télégraphique qui réaliserait le hardi projet d'unir la Grande- Bretagne et l'Irlande avec l'Union américaine par un câble sous-marin , en substituant à la direction la plus courte dans laquelle on avait travaillé jusqu'ici2, celle à travers la Russie d'Europe et la Russie d'Asie, d'où un câble passerait à la Russie d'Amérique afin d'y rétablir la ligne. Après en avoir
1. On l'évalue maintenant à un total de 33,000 verstes. En France, elle est d'environ 25,000 kilom. , avec près de 100 stations. — L'indication des stations établies en Russie se trouve , avec d'autres renseignements , au Calendrier de Saint-Pétersbourg pour 1863. p. 232-237.
2. Le câble transatlantique que l'on avait préparé, était d'une longueur de 2,253 milles anglais.
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longé la côte du nord au sud jusqu'à San -Francisco en Californie, cette dernière traversera tout le continent de l'Amérique du Nord, par les États-Unis, pour aboutir au territoire britannique à l'île de Terre-Neuve1.
Ici, il ne s'agit plus seulement de contingents futurs : une grande partie de la ligne télégraphique terrestre est déjà construite. Elle sera à deux fils. En voici les différentes parties depuis Saint-Pétersbourg : à Kasan , 1 ,455 verstes ; de Kasan à Omsk, en Sibérie, par Tioumen , 1,900*; d'Omsk à Irkoutsk, 2,475; d'Irkoutsk à Verkhné-Oudinsk, au delà du lac Baïkal, 566. Arrivée là, dès aujourd'hui, dans une longueur d'environ 6,400 verstes, cette ligne sera immédiatement continuée dans deux sens: du côté du sud, vers la Chine, où elle aboutit, sans doute, à l'heure qu'il est, à Kiakhta, ville frontière qui est à 6,228 verstes de la capitale de l'empire8; du côté de l'est, vers Nertchinsk et le fleuve Amour. Même du côté opposé, c'est-à-dire du port de Nikolaïefsk, à l'embouchure de ce fleuve dans la Manche de Tatarie, le ministère de la marine a déjà fait établir une ligne jusqu'à Khabarofka, petit endroit situé au confluent de l'Amour et de l'Oussouri, à environ 1,880 verstes au sud de Nikolaïefsk.
C'est la lacune existant encore entre Khabarofka et Verkhné-Oudinsk, lacune d'environ 3,200 verstes, qu'il s'agit seulement de combler sur le territoire russe , où la
1. De San-Franctsco h New-York, il y a , dit-on, 6,800 kilomètres. On a estimé à 14,000 milles anglais la longueur d'une ligne qui irait de Saint-Louis des États- Unis jusqu'à Moscou , par San-Francisco. *
2. Avec deux embranchements dans le gouvernement de Perm , l'un aussi à deux fils, allant à Irbitu, siège d'une foire célèbre, l'autre, à un seul fil, dirigé sur Cbadrinsk , petite ville de quelque importance dans te voisinage des usines métallurgiques de l'Oural.
3. À la fin de février 1865, est arrivé à Saint-Pétersbourg le premier télégramme de Troïtzko-Savsk , ville qui est à moins de 5 kilom. de Kiakhta, h 6,223 verstes de la capitale.
ligne entière aura une longueur de près de 11,500 verstes ou environ 12,170 kilomètres , plus de 3,000 lieues. '
Cependant, ce qui reste à faire semble présenter des difficultés presque insurmontables, car le fil télégraphique qu'on aura à poser depuis l'embouchure de l'Amour jusqu'à celle de l'Anadyr, à l'extrême Nord-Est, le long de la mer d'Okhotsk et au nord de la presqu'île de Kamlchalka, traverserait un pays des plus inhospitaliers, tantôt raontueux, tantôt couvert de toundras, et occupé par des sauvages dont la soumission à la Russie est plus nominale que réelle. A qui en confier la garde dans ce climat arctique, le long d'une côte presque partout inabordable, où l'homme n'a pas de moyens d'existence , où même les chiens, ces auxiliaires indispensables, manquent en grande partie, à cause des aspérités des rivages et du défaut de rivières, d'anses et de ports, du poisson, seule nourriture qui leur convienne? Le câble sous -marin à travers le détroit de Bering, qui, dans la direction du golfe de Norton, ne demanderait qu'une longueur de moins de 300 kilomètres, ne serait peut-être pas impossible à maintenir sur un fond que l'on dit favorable ; mais ensuite il faudra de nouveau un fil qui, parlant du point indiqué des possessions russes en Amérique, longerait la côte de ce continent jusqu'à la Californie de l'Union. Enfin il faudra un câble sous-marin de Saint-Pétersbourg à la côte d'Irlande ou à un autre point de l'empire Britannique en Europe. Entreprise gigantesque et que, dans d'autres temps, on aurait rejetée comme fabuleuse ! De nos jours, elle paraît possible malgré tout.
On assure que la compagnie américaine a pris l'engagement de réaliser la communication entre l'Asie et l'Amérique dans l'espace de cinq ans, à compter du jour de la signature du traité. De son côté, le gouvernement russe, par un privilège accordé pour 33 ans, s'est engagé, dit-on,