‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 49 sur 367 · Oustrialof, Hegierung Kaiser Nicolaus /, p. 12 etsuiv · texte numérisé non relu

Oustrialof, Hegierung Kaiser Nicolaus /, p. 12 etsuiv

2. On en trouve le texte dans le Manuel diplomatique de Ghillany, édition française, t. H, p. 143-150.

Servie; néanmoins à raison de ses articles 2 et 4 elle doit occuper ici une place. Dans le premier est confirmé le protocole du 2 septembre 4817, par rapport au recul de la frontière turque à l'embouchure du Danube, et dans le second, le uti possidetis est appliqué à la frontière en Asie , restée indéterminée jusqu'alors. «Désormais, y est -il dit, les frontières asiatiques entre les deux empires demeureront telles qu'elles existent aujourd'hui, c'est-à-dire telles que les Russes les réclamaient, sans que les Turcs eussent encore cédé sur différents points relatifs à l'interprétation de l'article 6 du traité de Boukarest, d'ailleurs confirmé dans toute sa teneur. Néanmoins cette nouvelle convention ne prévint pas la guerre. Le sort de la Grèce insurgée avait, dès le â avril 182G, donné lieu à la signature d'un protocole concerté en sa faveur par la Russie et l'Angleterre et auquel la France avait donné son adhésion ; ce protocole eut pour conséquence le mémorable traité de Londres du 6 juillet 1827. En vertu de ce dernier acte, les trois puissances envoyèrent chacune une escadre dans les mers helléniques, escadres qui, une fois en présence de la flotte turco-égyptienne dans la baie de Navarin, lui livrèrent bataille et la détruisirent, le 20 octobre suivant. Cet événement inattendu mit le sultan en fureur et produisit une effervescence extrême parmi son peuple: non-seulement Mahmoud 11 refusa péremptoirement son adhésion au traité de Londres, il fit aussi comprendre aux légations des cours alliées que leur présence à Gonstantinople n'avait plus d'objet, et, voulant flatter le fanatisme musulman et la haine du ghiaour, il fit entendre cette parole, qu'il n'avait jamais eu l'intention de permettre l'exécution d'un traité en vertu duquel la Moldavie, la Valachie et la Servie étaient vassales du tsar presque autant que de lui-même. Comme il fit en même temps fermer les détroits et expulser les sujets des

trois puissances, Nicolas, par un manifeste du 26 avril 1828, lui déclara la guerre. Dès le 7 mai, ses troupes avaient franchi le Prouth sous le commandement du feldmaréchal comte de Wittgenstein ; au commencement de juin, elles passèrent le Danube, en présence de l'empereur, et menacèrent Choumla, forteresse du Balkan, tandis qu'en Asie le comte Paskévitch, quittant la frontière persane, marcha en toute hâte sur Kars, qu'il prit bientôt d'assaut, pour se porter de là sur Akhaltsikh, autre forteresse importante dont il se rendit également maître. Bayasid ayant succombé de même, les trois pachaliks turcs limitrophes étaient aux mains des Russes etErzeroum menacé. Ces succès étaient éclatants, mais Wittgenstein fut moins heureux. La campagne de 1828 ne produisit d'autre résultat pour son armée que la reddition de quelques places sur le Danube, dans lesquelles Silistrie n'était pas comprise; les Turcs l'arrêtèrent aux pieds du Balkan et elle repassa le fleuve. En revanche, le prince Menchikof, à la tête de la flotte de la mer Noire, après avoir pris et détruit Anapa, se rendit maître aussi de Varna, place qui est la clef de la route maritime par laquelle on peut tourner celle qui traverse la chaîne de montagnes. Dans la campagne de 1829, le baron de Diebitsch, appelé au commandement de cette armée, passa de nouveau le Danube et se disposa avec plus d'énergie à abaisser le Balkan, jusqu'alors rebelle aux armes russes. En effet, il le franchit, après r avoir, par une opération habile, remporté une grande victoire à Koulevtcha, le 11 juin, sur le graud-visir Reschid- Pacha , se bornant à faire investir Choumla par un de ses corps, que la prise finale de Silistrie rendait disponible. Après cet éclatant succès, les plaines accidentées de la Bulgarie lui étaient ouvertes : le sultan n'avait pas, à proximité du théâtre de la guerre , de seconde armée pour lui barrer le passage. Le 20 août, celle des Russes entra dans Andrinople.

Quelques semaines auparavant, Paskévitch, après avoir battu le sériasker turc non loin de Kars et détruit son armée, s'était rendu maître d'Erzeroum, capitale de l'Anatolie. Quelques semaines encore, et les deux généraux, malgré leurs forces considérablement réduites, se donnaient peut-être la main à Constantinople. Mais ceci eût été le signal d'une conflagration générale ; la diplomatie s'interposa pour la prévenir, une escadre anglaise se tenait prête à en appuyer les conseils, et le prince de Metternich fit mêler à ses représentations pressantes des menaces contre les Russes. Secondé d'une part par la panique à laquelle les Turcs étaient en proie , et d'autre part par la certitude qu'avait leur ennemi qu'en continuant d'avancer il se verrait environné d'embarras inextricables, le général baron de MûfFling, récemment envoyé par la Prusse, entreprit une œuvre de médiation. Elle mena au but; car se disant qu'après tout « le sultan était le gouverneur général le moins coûteux qu'il pût avoir à Constantinople, » l'empereur Nicolas fit preuve de modération dans les conditions qu'il dictait. Ainsi fut conclu, le 14 septembre 1829, le traité (VAndrinople*, qui néanmoins fut pour l'empire Ottoman une nouvelle humiliation. Nous ne rappellerons du texte proprement dit de cet acte et du traité annexé relatif aux principautés, que les dispositions qui modifièrent la frontière entre les deux empires. Celle du Danube est fixée à l'article 3. Depuis le confluent du Prouth avec ce fleuve, y est-il dit, «la ligne des frontières suivra le cours du Danube jusqu'à l'embouchure de Saint-George (la plus méridionale), de sorte qu'en laissant toutes les îles formées par les différents bras de ce fleuve en possession de la Russie, la rive droite en restera, comme par le passé, à la Porte Ottomane. » La limite nou-

1. On en trouve le texte dans l'édition française de Ghillany, t. II, p. 151-

velle en Asie est soigneusement décrite dans l'article 4. Suivant, depuis la mer Noire, la frontière du Gouria, elle devait arriver «dans la direction la plus droite, jusqu'au point de réunion des frontières des pachaliks d'Akhaltsikh et de Kars avec celles de la Géorgie (sur l'Arpatchaï, affluent de l'Araxe), laissant au nord et en dedans de cette ligne la ville d'Akhaltsikh et le fort d'Akhalkalaki, à une distance qui ne serait pas moindre de deux heures , tous les pays situés au nord et à l'est de ladite ligne vers la Géorgie, l'Iméreth et le Gouria, aussi hien que tout le littoral de la mer Noire depuis l'embouchure du Kouban jusqu'au fort de Saint-Nicolas (Tchefkédil) inclusivement, demeureront à perpétuité sous la domination de l'empire de Russie. » Dans le littoral dont il est ici question, étaient compris les forts d'Anapa et de Pothi, déjà une fois occupés par les troupes russes, mais qui cependant étaient restés au pouvoir des Ottomans, même après la cession du pays des Abazes et de la Mingrélie. En résumé, on voit que si le traité d'Andrinople déplaça à peine la frontière de l'empire des Tsars en Europe , ne lui livrant que les bouches du Danube , avec une étendue de terrain d'un millier de kilom. carrés, il l'agrandit en revanche du côté de l'Asie d'environ 580 milles carrés ou près de 32,000 kilom. carrés, avec 254,000 habitants.

Voyant ainsi l'autorité moscovite s'enraciner dans la région caucasique du consentement de la Perse et de la Tur- , quie, les chefs de plusieurs petits États du Daghestan la reconnurent à leur tour définitivement, en 1830. Tels étaient le sultan d'Elissoui, de race lesghienne, qui depuis a embrassé la cause de Chamyl, et la république de Tcharo ou Djaro-Bélokân , formée par une fraction du même peuple1; ces petits territoires furent réunis en un seul district, auquel on donna pour chef-lieu la forteresse de Nouveau-Sa-

Page 1