Bodensledt, Russische Fragmente , t. Ier, p
4. Voir par exemple les Mémoires du comte de Ségur, t. III, p. 212 et suiv., où Tauleur oppose à ses propres pronoslics ceux de l'empereur Joseph II.
alarmistes, alors pleins de craintes légitimes, ils ont dû se modifier au spectacle de la guerre de Crimée, ainsi que de la répression si longtemps impuissante de l'insurrection actuelle de la Pologne. Sans nous payer de mots et attacher trop de valeur à certains dictons adoptés par l'opinion , tels que celui de Diderot, Colosse aux pieds d'argile , ou celui de M. Thiers , Hercule au berceau, ou à des jugements par trop sévères, par trop. superbes et dédaigneux, comme il s'en trouve dans le vaste pamphlet du marquis de Custine ou dans d'autres auxquels les conjonctures présentes ont donné naissance1, nous croyons aujourd'hui que les alarmes sont prématurées, et si l'on nous pressait d'émettre une opinion positive, nous demanderions la permission de rappeler la conversation qui, lorsqu'en 1787 Catherine II descendit le Dnièpr pour se rendre à Kherson , suivant les vœux de Potemkine, eut lieu entre elle et les spirituels représentants des cabinets étrangers dont elle n'avait pas voulu se séparer. Ceux-ci ayant exprimé l'idée «qu'en ce moment le cabinet voyageur de Catherine occupait et inquiétait tous les autres cabinets, » l'impératrice , avec un enjouement qui n'était pas exempt d'orgueil , s'écria : « Ce cabinet de Pétersbourg, qui flotte aujourd'hui sur le Dnièpr, paraît donc bien grand, puisqu'il donne aux autres tant d'occupation! » Le prince de Ligne se chargea de la réponse.
1. Parmi ces derniers pamphlets, un des plus hardis est intitulé La Pologne et la cause de l'ordre. On y soutient cette idée, que « la Russie n'est pas un État dans le sens occidental de ce mot.» Dans l'article du recueil Die Gegenwart cité à ia page 8 , on lit des jugements non moins tranchants et guère plus équitables (par exemple t. VI , p. 24). Au reste, qui ne s'est pas établi juge de la Russie? Parmi ceux dont la sévérité n'a du moins pas été exempte de bienveillance, nous citerons Mœ* de Staël , Dix années d'exil, chap. xm et suiv., et le comte de Maistre, par exemple dans sa Correspondance diplomatique, t. Ier, p. 383, où on lit entre autres ces mots : «Les Russes ont voulu prendre la science d'assaut : il n'y a pas moyen.»