‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 51 sur 367 · T. II, p. 677 et suiv · texte numérisé non relu

T. II, p. 677 et suiv

6. Voir sur cette question l'anglais Bell, et Bodenstedt, ouvrage cité, t Ier, p. 156 et suiv.

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consulter. Déjà pendant que le général Iermolof exerçait le commandement supérieur à Tiflis (1817-1826), il fallut souvent recourir aux armes pour tenir en respect les Tchétchènes, les Kistes, etc., et la guerre de 1827 entre la Russie et la Perse n'était pas faite pour apaiser le mouvement hostile qui les agitait. Une nouvelle doctrine religieuse répandue parmi les musulmans chiites, le muridisme, vint ajouter à l'ardeur guerrière qui les dévorait, et les prédications de Kasi-Mollah, précurseur de Chamyl, ne tardèrent pas à faire éclater la guerre sainte qui, commencée déjà en 1829, prit, en 1834, un caractère plus menaçant pour les possessions russes de la Transcaucasie, d'abord sous Hamsad-Beg, successeur immédiat de Kasi-Mollah, mais qui périt encore dans la même année, et ensuite sous l'imam Chamyl, qui ne lut vaincu et pris, après avoir multiplié les prodiges de valeur, que le 8 septembre 18591, sous le règne d'Alexandre II.

Sous celui de Nicolas, si on le prend en somme, l'empire fut agrandi d'environ 15,400 milles carrés ou de 845,000 kilora. carrés, tous appartenant à l'Asie, sauf un millier de kilomètres qui se rapportaient à l'Europe. La population acquise en même temps dépassait à peine 800,000 âmes.

Quoique nous ayons dit plus haut du règne d'Alexandre II (commencé le 2 mars 1855) qu'il reste étranger à l'esprit de conquête, nous avons pourtant à enregistrer, relativement à lui, un agrandissement en Asie, ainsi qu'une rétrocession territoriale en Europe, peu considérable, il est vrai, quant à l'étendue, qui, tous deux, eurent la guerre pour cause, mais la guerre commencée et poursuivie sous le règne précédent. On sait comment l'empereur Nicolas s'engagea, en 1853, dans une nouvelle lutte contre l'empire Ottoman, selon lui, agonisant, et comment l'occupation des

1. Voir sur toute cette guerre, Bodenstedt, ouvrage cité, t. Ier, p. 204 et sui?.

principautés par les troupes russes, suivie aussitôt d'une déclaration de guerre de la part des Turcs et d'hostilités ouvertes (16 octobre), donna lieu, contre toute attente, le 10 avril 1854, au traité d'alliance de Londres entre la France et l'Angleterre, puissances qui, le 12 mars auparavant, en avaient déjà conclu un avec la Porte. De là résulta, au lieu d'une simple guerre turco-russe que Nicolas avait en vue, la lutte européenne dite guerre d'Orient. La Crimée en fut le principal théâtre; mais, dirigée contre le plus vaste empire du monde, elle ensanglanta en outre les bords du Danube, l'entrée du liman du Dnièpr, Sinope, Kars et d'autres points de l'Anatolie, les côtes de la mer d'Asof, celles des golfes de Finlande et de Bothnie, celles même du Kamtchatka, à l'extrémité du monde, enfin, pour en revenir à la mer Noire, le fort de Soukhoum-Kalé et la Mingrélie ; car Orner-Pacha, contre toute vraisemblance, espérait propager de là le feu de l'insurrection dans tout le Caucase , en même temps qu'il menacerait les derrières du général Mouravief, occupé à faire le siège de Kars1. Les curieux incidents de celui de Sévastopol, espèce de renouvellement du siège de Troie, sont connus de tout le monde : nous ne voulons pas nous y arrêter ici. C'est seulement de la paix, qui fut la conséquence de la prise de ce grand port militaire (8 septembre 1855), que nous avons à dire quelques mots. Ce succès chèrement acheté par les alliés fut suivi d'un autre, cette fois remporté par les Russes; nous voulons parler de la chute de la forteresse turque de Kars (27 novembre). Elle était, jusqu'à un certain point, une compensation, qui permettait à Alexandre II de traiter sans déshonneur. Suivant alors son penchant et la voix intérieure qui l'appelait à une tout autre mission, ce monarque accepta les bases d'une entente qui lui furent proposées, et

i. Voir Rûstow, Der Krieg gegen Russland, t. II, p. 90 et suiv.

des conférences de paix s'ouvrirent à Paris, Elles eurent pour effet le traité du 30 mars 18561, qui non - seulement posa des bornes à la puissance maritime russe, mais aussi Féloigna du Danube et en partie même du Prouth (jusqu'à son confluent avec la Jija), en vertu de ce qu'on appela une rectification y ne voulant pas le nommer un remaniement, de frontières dans la Bessarabie. En vertu de l'article 20, où la nouvelle ligne est décrite*, une étendue de 205 milles carrés ou 11,250 kilom. carrés, avec environ 250,000 âmes, formant la partie méridionale et du sud-ouest de cette province, en fut retranchée, «pour être annexée, dit l'article 21, à la principauté de Moldavie, sous la suzeraineté de la Sublime-Porte.» De plus, l'article 30 s'occupe de l'état de possession des deux puissances en Asie, et annonce une débmitation définitive, qui a depuis été effectuée. «Pour prévenir toute contestation locale, y est -il dit, le tracé de la frontière sera vérifié et, s'il y a lieu, rectifié, sans qu'il puisse en résulter un préjudice territorial pour l'une ou l'autre des deux parties. » C'est dans le manifeste du 31 mars 1856, par lequel Alexandre II promulgua dans son empire le traité de Paris, qu'il lui annonça aussi ses intentions réformatrices et de clémence, dont les effets se sont déroulés sous nos yeux depuis le jour de son couronnement (7 septembre 1856), et surtout depuis celui (3 mars 1861) où il proclama solennellement le grand et mémorable bienfait de l'émancipation des serfs. 8 C'est seulement du côté de la Chine, et aux dépens de cet

1. On en peut voir le texte dans l'édition française de Ghillany, t. II, p. 491- 508 ; mais la délimitation ne fut achevée , dans des conférences supplémentaires, que le 6 janvier 1857.

2. Voir t Ier, p. 671. Cf. Petermann, Mittheilungen , 1857, p. 129 etsuiv., avec une carte. Voir aussi l'atlas de M. F. de Stulpnagel , intitulé : Die europâisch-rusnscken Gremlânder (1857), carte 7e.

3. Nous avons fait connaître les termes de cette parole impériale , 1. I«, p. 672.

iOO PREMIÈRE SECTION. — CHAPITRE PREMIER.

autre colosse, puis du côté du Khokand, ainsi qu'on Ta vu à la page 88, que la Russie prit de l'accroissement pendant les années déjà révolues du règne actuel. Nous avons parlé précédemment1 des traités conclus, pendant cette période, avec l'empire du Milieu, voisin de celui des Tsars sur une ligne immense. Que l'on nous permette toutefois de rappeler ici succinctement les événements qui préparaient ces actes et les cessions de territoire qui en furent les conséquences; cette reproduction est nécessaire pour bien faire comprendre les modifications apportées à la frontière entre les deux États.

De 1839 à 1842 avait eu lieu la première guerre anglochinoise, et, dans cette dernière année, le traité de Nanking imposé par la Grande-Bretagne au prétendu Céleste- Empire, avait forcé l'ouverture de celui-ci. Deux ans après, le bogdo-khan avait aussi consenti à conclure un traité avec la France. Mais ensuite, Tao-Kouang étant mort et son fils Hien-Fong lui ayant succédé (1850), le système d'isolement avait menacé de reprendre le dessus, ce qui avait amené, en 1856, la seconde guerre anglo-chinoise, dans laquelle la France avait pris parti pour les Anglais, et, dans les deux années suivantes, d'abord la prise de Canton par les alliés, puis leur campagne maritime dans le golfe de Pé-tchi-li, à l'embouchure du Péï-ho. Le traité de Tien-tsine (18 juin 1858) sauva bien encore cette fois Péking d'une occupation par les «barbares» européens, mais ce résultat de la lutte entre la civilisation européenne et l'esprit récalcitrant, stationnaire, de l'extrême Orient, pour être différé, n'en était pas moins inévitable. Il fut conquis en 1860, année où les petites armées française et britannique entrèrent victorieusement (le 13 octobre) dans la capitale de l'empire du Milieu et y dictèrent leurs conditions, dans des traités de paix

i. T. II, p. U et suiv., et Mission a" Alexandre, p. 134 et suiv.

définitifs, qui portent le nom de traités de Péking. Celui avec l'Angleterre fut ratifié le 24 octobre, celui avec la France le 25 !; ils consacrèrent les grandes concessions faites à l'Europe par le traité de Tien-tsine.

Ce qu'obtinrent les alliés, par cet acte, comme condition capitale , l'admission éventuelle ou même le séjour fixe à Péking d'agents diplomatiques accrédités par leurs gouvernements, n'était plus depuis longtemps, pour la Russie, un droit à conquérir. Elle était en pleine possession de ce privilège depuis le traité de Kiakhta, du 44 juin 1728 (conclu déjà sur la frontière chinoise le 24 octobre 4727); celui d'entretenir une mission à Péking datait même du XVIIe siècle. Mais au moment où la France et l'Angleterre exerçaient une vigoureuse pression sur la Chine, d'autres conquêtes, depuis longtemps l'objet des visées de la Russie, semblaient devenir possibles. L'attention des sujets de cette puissance s'était reportée sur le grand fleuve Amour, des bords duquel elle avait été refoulée par le traité de Nertchinsk (27 août 4689). Depuis 4848, des établissements russes s'étaient formés sur la rive droite, c'est-à-dire chinoise*, et le gouvernement de Péking semblait ignorer qu'à l'embouchure du fleuve son actif et intelligent voisin élevait le fort de Nikolaïefsk* et ajoutait de jour en jour à ses défenses. Ce fort de Nikolaïefsk devint, en 4852, la station d'une flotte russe, destinée à explorer les côtes de l'empire le long de la mer Pacifique, et surtout le golfe qu'on appelle la Manche de Tatarie, à l'entrée septentrionale duquel l'Amour a son embouchure. Cette flotte était commandée par l'amiral Pou-

1. Voir sur tout cela notre Atlas historique et pittoresque , t. III, tab). 158- 160 et 163; et V Histoire contemporaine illustrée (1850-1860), qui y fait suite, tabl. 13-25, surtout tabl. 18.

2. Voir l'ouvrage anonyme Russland tmter Alexander H, p. 198.

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