‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 52 sur 367 · Ou Saiot-Nicolas, voir t. ICT, p · texte numérisé non relu

Ou Saiot-Nicolas, voir t. ICT, p

tiatine. Lorsque éclata la guerre d'Orient, elle attira l'attention de l'Amirauté britannique. Au printemps de 1855, menacés de devenir la prise des Anglais, les vaisseaux russes allèrent se réfugier dans le liman de l'Amour, et de là une escadrille accompagnant le petit bâtiment à hélice monté par l'amiral en personne, remonta le fleuve jusqu'au poste de Mariinsk, où elle arriva au bout de trois jours de marche. L'amiral Poutiatine avait résolu de se rendre de là à Saint-Pétersbourg, en remontant le plus longtemps possible ce beau cours d'eau dont l'ensemble est de 580 milles d'AU. ou de 4,300 kilomètres. Il fallut quatre -vingt et un jours de navigation pour arriver à Oust-Strélotchnaïa, fort au confluent de la Ghilka et de l'Argoun1, c'est-à-dire au point où se forme l'Amour. Là il prit la route de terre par Irkoutsk, Tobolsk, Iékatérinebourg, etc., mais n'arriva dans la capitale de l'empire que pour retourner presque aussitôt aux mêmes lieux par le même chemin. Au moment de l'expédition anglo-française contre la Chine, l'empereur voulut y être représenté, afin de profiter, "selon l'occasion, des conjonctures qui seraient amenées; il espérait que dans t un tel moment, menacé d'un tel péril, l'empire du Milieu

se départirait vis-à-vis de lui de sa roideur habituelle et ne tiendrait pas obstinément à la lettre des traités, à laquelle déjà on avait fait violence. En même temps que cette ambassade politique , très- différente de la mission religieuse russe établie à Péking, fut confiée à l'amiral Poutiatine, le lieutenant - général Mouravief III (depuis nommé comte Amourski), récemment investi des fonctions de gouverneur

1. Les bateaux à vapeur ont depuis fait en trente jours le trajet de Nikolaiefsk à Oust-Strélotchnaïa, et Ton a reconnu qu'il est possible de le faire même en vingt jours. — Voir une carte du cours de l'Amour dans Peterraann, MUtheilungen, 1857, n° 13, avec le résultat des dernières explorations russes dans le texte. Voir en outre, ibid., 1858, p. 474, et 1860, p. 202. Cf. notre tome Iw, p. 569 et suiv.

général de la Sibérie orientale, reçut Tordre de se rendre avec des troupes dans la région de l'Amour, d'y installer son commandement militaire, et d'exercer sur le collège des mandarins une pression telle qu'il se montrât plus coulant dans les négociations. Néanmoins le négociateur proprement dit, l'amiral Poutiatine, ne put obtenir, à Kiakhta, de franchir la frontière avec sa suite; la cour de Péking avait conçu des défiances, et dès 1855 elle avait envoyé à Nikolaïefsk un émissaire chargé d'intimer aux « barbares Oross» de restituer tout ce qu'ils avaient envahi au mépris de ses propres droits. Mais prenant aussitôt son parti, ou peut-être obéissant à des instructions subsidiaires, l'amiral redescendit l'Amour jusqu'à la mer pour joindre les plénipotentiaires anglais et français , auxquels il alla se présenter (5 août 1857) en sa qualité d'ambassadeur russe dans le Céleste-Empire, afin de jouer le rôle de médiateur entre les représentants des puissances maritimes de l'Occident et le gouvernement du «Fils du Ciel.» En attendant, le général Mouravief n'avait pas perdu son temps. A la nouvelle de son apparition sur l'Amour à la tête d'une armée, les mandarins étaient accourus et des conférences s'étaient ouvertes à Aïgoun, petit port que les Mandchoux appellent Sakhalien-oula-khotôn et qui est situé sur la rive droite de l'Amour, vis-à-vis du confluent de la Zéïa, que ce fleuve reçoit par la gauche avant de former sa courbe avancée vers le sud. Mouravief se montra exigeant, et ses prétentions prévalurent. Par le traité d* Aïgoun1 9 signé le 28 mai 1858 et pour lequel l'amiral Poutiatine obtint, le 13 ou 14 juin suivant, la sanction du bogdo-khan, le territoire sibérien, dans sa partie la plus orientale, fut avancé, comme nous

1. On en trouve le texte dans les Archive» diplomatique* d'Amyot, 1861, t. II , p. 329. Voir aussi Russland unter Alexander II, p. 286 et suiv. , et , sur les conséquences du traité d' Aïgoun, ibid. , p. 390.

l'avons déjà dit1, jusqu'au fleuve qui en avait jadis été la limite et qui le redevint ainsi ; au delà (à l'est) de l'Oussouri, affluent par le sud, la frontière dépassa même l'Amour, en englobant encore la plage maritime jusque vers le 43e degré de lat. N., mais provisoirement d'une manière indéterminée. Quant au comte Poutiatine, il se tint prudemment à l'écart des hostilités auxquelles en étaient venues, sur le Péï-ho, les armées alliées, résolu néanmoins à prendre part au bénéfice de leurs victoires. Lui aussi négocia , mais séparément, à Tien-tsine, ville située sur le fleuve que nous venons de nommer, à environ 96 kilom. à l'est de Péking, et qui peut être regardée comme le port de cette immense capitale. Son traité conclu le 13 juin 1858* associa la Russie, ainsi que nous l'avons dit précédemment8, à tous les avantages concédés par l'empire du Milieu à la France et à l'Angleterre, et accorda de plus en sa faveur l'ouverture de deux ports, indépendamment des cinq ouverts aussi aux autres nations, ainsi que des concessions relatives aux communications de terre par Kiakhta. Concernant la ligne de séparation , l'article 9 s'exprime en ces termes : « Les parties non déterminées des frontières entre la Chine et la Russie seront sans délai étudiées sur les lieux par des délégués des deux empires, et la convention qui sera conclue entre eux à ce sujet, formera un article additionnel au présent traité. » C'est à Péking même, le 14- novembre 1860, que fut conclu le traité définitif*, par le gé-

1. T. II, p. 24. La limite est décrite dans l'article 1" du traité.

2. Le texte s'en trouve dans les Archives diplomatiques, t. II, p. 128, sous l'intitulé : Traité conclu le 1*'juin 18Ô3. La date est donnée suivant le calendrier russe, et l'année est dénaturée par une faute d'impression: il faut lire 1858. — Sur les quatre traités de Tien-tsine (le quatrième fut conclu avec les États-Unis), voir Neumann, Ostasiatische Geschichte, p. 308 et suiv.

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