Rœpell, t. I» p. 295 et
2. L'acte d'union de Horodlo, de Tannée 1413, avait déjà affermi ce lien , mais ce fut la diète de Lublin, en 1569, qui le rendit efficace, définitif et irrévocable.
était alors, et encore sous Étienne Batori (1576-1586), époque de son apogée, la première puissance du Nord; l'étendue de son territoire qui touchait d'une part à la Baltique et de l'autre au Pont-Euxin, n'était guère au-dessous de 20,000 milles carrés ou de un million de kilom. carrés, c'està-dire qu'elle était à peu près le double de celle de la France actuelle. Mais alors le déclin commença et ne tarda pas à faire des progrès rapides. Au dehors, la Pologne eut deux ennemis nouveaux, le grand-prince de la Russie de Moscou, enfin débarrassé du joug des Mongols, et les Ottomans, qui, depuis 1497, faisaient des incursions en Pologne. Au dedans, elle s'affaiblit par les pacta conventa, espèce de marché entre la noblesse qui composait le corps des électeurs jouissant du droit d'élire le roi, par le liberum veto, qui mettait la volonté de l'individu au-dessus de celle de la majorité, par les déchirements auxquels les factions livraient le pays en proie, et par le mauvais gouvernement qui était la conséquence naturelle de tout cela. Témoins de l'anarchie qui devint comme l'état normal pour la Pologne, désignée sous le nom de république, et qui, en effet, était gouvernée par une aristocratie nobiliaire qui réservait à ses seuls membres le titre et les droits de citoyen, obligés par des motifs de toute nature d'intervenir dans ce régime étrange1, les voisins de cette puissance cessèrent de la respecter. Dès 1585, l'Autriche, qui pourtant lui dut son salut encore un siècle plus tard , osa proposer au tsar de la partager entre eux», et en 1661 le souverain même du pays exprima, comme
1. Polnische XVirthêchaft , dit encore aujourd'hui un proverbe allemand, et l'on connaît cet adage latin : Polonia confusions regitur.
2. C'est M. Herrmann qui l'affirme (t. III, p. 389) en s'appuyant sur des preuves qu'aurait fournies Kararazine, en des endroits de sa grande Histoire de Russie qui sont mal indiqués. Nous ne voyons pas tout à fait cela dans la traduction allemande, t. IX, p. 129 et 190. C'est à l'ambassadeur Novociltsof que la proposition aurait été faite.
par intuition, l'idée qu'une catastrophe de ce genre était inévitable. C'était Jean-Casimir, troisième et dernier roi de la maison de Wasa. On a vu plus haut (p. 63) la prophétie qu'il renferma dans un de ses discours à la diète. Un autre roi, Auguste H, fit même, s'il faut en croire les historiens prussiens 1 ,• en 1704, à Charles XII, et en 1732 à de plus proches voisins, la proposition formelle de partager avec eux son royaume; enfin en 1710 surgit un véritable plan de partage émané, dit-on, de Pierre le Grand, qui, quatorze ans plus tard, conçut aussi le projet de partager la Perse avec la Turquie. *
En attendant cette catastrophe, la Pologne se laissa arracher une province après l'autre3. En 1657, elle perdit le duché de Prusse (environ 760 milles carrés); en 1660, la Livonic, dont s'empara alors la Suède, à laquelle elle fut cédée par la paix d'Oliva (850 milles carrés); en 1667, Smolensk, Tchernigof et Poltava» (2,920 milles carrés); en 1686, sous le brave roi Jean Sobieski, Kief et une grande partie de la région qui forme aujourd'hui les gouvernements de Iékatérinoslaf et de Kherson, avec la forteresse d'Otchakof (2,420 milles carrés)."
Cependant, malgré toutes ces pertes, la Pologne, telle que Bûsching l'a décrite en 1766e, avait encore une superficie de 13,400 milles carrés ou de 735,000 kilom. carrés (ce qui est beaucoup plus que toute la monarchie Autri-
1. Stenzel, Geschichte des Preussischen Staats, t. III, p. 147 et 163; Ranke, Neun Bûcher Preussischer Geschichte, t. I", p. 359. Cf. Schœll, Histoire des traités de paix, t. XII, p. 376.
2. Sur ce dernier point, voir Zinkeisen, Geschichte des Osmanischen Reiches, t. V, p. 601.
3. Sur son état de possession en 1643, yoir Abr. Golnitz, Compendium geographicum, p. 184-190.