Voir au tome II, p
roi de Suède, mû par le désir de mettre fin aux déprédations de ces sauvages voisins1 et en même temps animé d'une sainte ardeur à convertir les païens au culte de Christ, fit une descente dans la Tavastie, accompagné de Henri, évêque d'Upsal, qui portait la crosse d'une main et l'épée de l'autre. Abo (on prononce Obo) n'existait pas encore alors et ne fut bâti que longtemps après, pour recevoir, en 1228, le siège épiscopal créé pour tout le pays; mais dans le voisinage de cette ville, à riaeda3mseki , où Henri prit sa demeure, s'éleva presque aussitôt la première église chrétienne. On conçut les meilleures espérances; cependant quand Eric eut été rappelé dans son royaume (1 160), les nouveaux convertis s'insurgèrent et l'évéque d'Upsal scella de son sang l'apostolat qu'il pratiquait. On le compta depuis, ainsi que le roi, au nombre des saints. Les Suédois cherchèrent à venger sa mort; il s'ensuivit une lutte longue et obscure entre eux et les Finlandais, dont bientôt Novgorod, alarmé pour son commerce, embrassa la cause. Vers 1228, les Suédois revinrent en force par le golfe de Finlande. C'était au temps de l'arrivée des Mongols en Russie. L'indépendance de Novgorod, tout aussitôt gravement menacée par ces conquérants asiatiques, commençait en même temps à l'être du côté de l'Occident, où les chevaliers de l'Ordre Teutonique se réunirent à celui des Frères Porte -Glaive (1237) et reçurent du pape toutes sortes d'instigations à une guerre non-seulement contre les Finlandais païens, mais aussi contre les Russes obstinément schismatiques. C'est une première expédition combinée entre l'Ordre et les Suédois, et dirigée sur Ladoga , pour de là se porter en Finlande , qu'Alexandre Nevski, alors prince de Novgorod, alla com-
i.Cnm vero plèbe» Finlandiœ, tune cœca et crudeli» gentilitas, habit antibus in Sueciâ gravia damna fréquenter infen ent, sanetwt rex Ericus , etc. Voir la vie de S. Henri dans les Monumenta Sueogolhica de Benzelius.
battre sur la Néva, en 1240. Le héros russe, en triomphant de cette attaque, immortalisa son nom dans les annales du Nord. Cependant les Suédois ne perdirent point courage : la conquête de la grande presqu'île voisine était chez eux un vœu national, et nulle autre entreprise n'offrait aux ambitieux la même perspective de gloire et de popularité. Le gendre du roi Eric XI, Birger Magnusson , iarl ou premier capitaine du royaume, voulut s'en faire un échelon pour monter au trône et l'assurer à sa famille, celle des Folkung. Il réussit d'autant plus facilement à se faire charger d'une expédition contre les Finlandais, que le pape était alors trèspressant dans ses appels à la croisade. Il fît, en 1249, une descente vis-à-vis des îles d'Aland (prononcez Oland), et construisit, au milieu du pays des Ta vastes, le château de Tawastborg , appelé ensuite Tawastehuus. Pour hâter la conversion des vaincus, il fit usage du glaive et de toutes les cruautés jadis familières au fanatisme; dès lors, une année lui suffit pour enraciner le christianisme dans ce sol nouveau et assurer à la Suède sa conquête. Une troisième expédition eut lieu en 1293, dans le même but. Torkel Knoutson, tuteur de Birger II, continuant l'œuvre du grand père de son roi, la dirigea contre les Karéliens, voisins des Tavastes et qui ne cessaient d'infester de leurs attaques la colonie suédoise. C'est lui qui fonda Wiborg, surtout contre les Russes , dont il avait vaincu la résistance ej. qu'il ne cessa d'inquiéter par des attaques contre Ladoga; c'est lui aussi qui fit de la Finlande une province suédoise, bientôt divisée en trois lieutenances, celle d'Abo, celle de Tawastehuus et celle de Wiborg. Beaucoup de nobles suédois furent mis en possession de vastes domaines, et les indigènes devinrent leurs corvéables, mais sans être livrés à leur merci, car ils trouvèrent une protection efficace dans la loi suédoise, et les successeurs de Birger II adoucirent le régime d'abord
appliqué au pays conquis. Celui-ci pourtant ne cessa d'être en butte à des attaques de la part des Russes de Novgorod jusqu'en 1323, année où fut conclu le traité d'Oi*ékhovetz, par lequel ils reconnurent enfin les droits de la Suède. On convint que les frontières entre les deux États partiraient de l'embouchure de la Sestra dans le golfe de Finlande, remonteraient cette rivière, franchiraient la Voxa (Wuoxa), couperaient le district de Kexholm, ainsi nommé d'une ville récemment fondée, et se dirigeraient de là au nord-ouest vers Kaïana, jusqu'à la Laponie norvégienne1. Aux lieutenances ou préfectures d'Abo, Tawastehuus et Wiborg, les Suédois ajoutèrent ainsi Jes districts de Savolax, de Iaeskis et de Euripaeae. Le christianisme se répandit successivement dans tout le pays, et l'évêque d'Abo, dont le siège s'orna d'une cathédrale imposante, ne reconnut plus que nominalement la suprématie de l'archevêque d'Upsal.
En général, la Finlande partagea le sort de la Suède. On lui donna d'abord le titre de duché ou principauté , et ensuite celui de grande-principauté (stor-furstendômet). Quelquefois , quand le roi avait besoin d'impôts nouveaux , on réunissait une assemblée d'États, composée sur le modèle de celle du royaume, et, depuis 1363, la Finlande prit part, par ses députés , à l'élection des rois suédois. En revanche, elle ne jouissait d'aucune indépendance; non-seulement la Suède lui imposa ses lois et son organisation judiciaires , la colonie dut aussi en toutes choses se gouverner à l'instar de la métropole. Deux fois, à la vérité, elle en fut momentanément détachée : la première en 1357, lorsque le prince Eric, à qui son père Magnus II avait donné la Finlande en fief, eut été repoussé du trône des Suédois; la seconde en 1561, sous le prince Jean, second fils du grand Gustave
1. DeGerschau, Versuch ûber die Geschichte des GrossfUrstenthunis Fïnnland, p. 101. Cf. Karamzine, t. VII, chap. ix (trad. aliem., p. 389).
Wasa, qui avait reçu en partage le duché et qui chercha, mais en vain , à le rendre indépendant du sceptre de son frère Eric XIV. La domination suédoise prévalut sans peine, et depuis, ce fut toujours avec empressement que la Finlande suivit l'exemple de la métropole, non pas seulement dans les affaires temporelles, mais aussi quant aux institutions spirituelles. En effet, comme le peuple suédois, les Finlandais embrassèrent la réforme de Luther, et dès 1528, Martin Skytte, le chef des novateurs, s'assit à Abo sur le siège de S. Henri martyr.
Cette communauté d'intérêts impliqua la Finlande dans les guerres des Russes avec les Suédois. En 1495, elle fut envahie par les troupes de Ioann III Vassiliévitch, qui s'était rendu à Novgorod de sa propre personne1; et, au bout d'un an, Steen Sture, régent du royaume, se vit battu et forcé d'abandonner la province au vainqueur. Mais comme, ensuite, Ioann ne fut pas heureux dans sa tentative de conquérir la Livonie (1501), grâce à la valeur de Plettenberg, maître de l'Ordre, il détourna son attention du nord-ouest, songea à une alliance avec l'Empereur contre les Turcs, et s'occupa des affaires intérieures de sa monarchie. Cependant la guerre, suspendue par la trêve de 1537% éclata de nouveau à différentes reprises; une trêve nouvelle conclue sur la Sestra en 1575 8 n'aboutit pas non plus à une paix durable, pas plus que le traité conclu en 1583 sur la Plioussa, dont il a été question plus haut (p. 52). Les hostilités étaient encore une fois déchaînées, lorsque, en 1611, un jeune héros, Gustave-Adolphe, s'assit sur le trône des Wasa. Profitant des troubles auxquels, après l'extinction de la dynastie de Rurik et le règne des deux Godounof , la Russie resta en