Voir t. II, p
qui précisément a transmigré dans le gouvernement d'As- Irakhan. C'est, ou du moins c'était il y a peu d'années, Saheb-Ghiraï, le fils de ce Djanghir Boukéïef que beaucoup d'Européens ont connu et que nous avons déjà présenté à nos lecteurs1. Saheb-Ghiraï a succédé à son père le 23 août 1845; deux ans après, l'empereur Nicolas lui conféra, à lui et à sa descendance, le titre de prince russe. On le traite, en lui adressant la parole, de vaché stépenstvo ou de vache vouiçokostépenstvo, Votre Altesse steppienne. Quoique ce prince ait, au milieu de ses tribus, une autorité presque absolue, il est cependant permis de le regarder comme un sujet de l'empereur de Russie. Peut-être en est-il de même des princes de la Petite-Horde ou horde d'Orenbourg, laquelle, réduite à l'obéissance de 1820 à 1826, a bien conservé ses sultans particuliers, au nombre de trois, mais est restée sans khan ou chef suprême. Dans la Moyenne-Horde ou horde de Sibérie, plus avancée vers l'Orient, régnait encore, lors de l'avènement au trône de Nicolas 1er, le khan ou sultan Sartaï Tchinghissof, qui vint assister au couronnement de cet empereur*. La horde ne fut pas véritablement
1. T. II, p. 648. Voir l'historique donné par M. Khanikof dans les Zapiski de la Société géographique russe, t. Ier, p. 131-142.
2. Comparé à Djanghir, celui-là était un barbare. Djanghir, dont nous parlent Kansteen et M. Gœbel qui reçurent de lui l'hospitalité la plus prévenante et la plus eiquise, pouvait presque passer déjà pour un enfant de la civilisation. Il avait été élevé dans une institution d'Astrakhan , parlait couramment le russe , de même que le kirghise, l'arabe et le persan, habitait un palais bâti en bois, et non une iourte, et le vin de Champagne figurait sur sa table, comme sur celle des Russes, quoiqu'il ne fit pas personnellement usage des boissons interdites par la loi de Mahomet, t Ainsi, avons-nous dit, dans un autre de nos ouvrages, même les enfants de la steppe se transforment et consentent à se rapprocher des mœurs et usages de l'Europe. L'Asie est entamée par notre civilisation. Cependant elle conserve son caractère particulier , et à voir quelques-uns des hommes que nous venons de présenter aux lecteurs, on se croirait transporté dans un monde nouveau, connu seulement par les récits merveilleux des voyageurs. » Certains usages nationaux, et surtout religieux, se maintiennent même dans la
soumise avant 1854; cependant elle est gouvernée, sous l'autorité russe, par un sultan principal élu parmi les autres. Son territoire, comme le précédent, est en voie d'être cerné et envahi par la ligne fortifiée des postes frontières dont les Kosaks ont la garde, ligne au moyen de laquelle les Russes pénètrent toujours plus avant dans le centre de l'Asie et qui en maintient les peuples sous leur loi. Si la Grande-Horde se soumit dès 1840, ce ne fut que partiellement : elle était partagée entre la Russie et la Chine; mais lorsque, en 1856, la première de ces puissances eut organisé au milieu de cette horde le district d'Alataou, elle obtint bientôt (1860) de la seconde la cession de tous ses droits sur le même territoire. Cependant les Kirghises des Rochers (Diko-Kamenniyé) ou Kirghises noirs (Kara-Kirghises) , tribus indépendantes et sauvages, se réclament des khanats du Turkestan, particulièrement de celui deKhokand Les chefs qui les gouvernent sont appelés manaps.
Chez les peuples de race mongole, il existe également des chefs qui sont de véritables souverains au petit pied, entourés d'une cour plus ou moins brillante. Tels étaient, par exemple, chez les Kalmuks du gouvernement d'Astrakhan, au commencement de notre siècle, ce chef des Derbet, appelé Tchoutchni-Taïchi-Tountoudof, a qui fut confiée l'administration générale de son peuple', et ce prince Tiou-
condition nouvelle de ces prosélytes de la civilisation. Voici un trait à l'appui de ce fait. A Moscou, le khan Djanghir, outre sa femme de prédilection, Fatime, fllle d'un moufti tatar de Kasan (il en avait une seconde choisie parmi les Kirghises), était accompagné de son oncle Tchouké-Nour-Aléi ; tous deux assistèrent à l'audience impériale. Mais comme, en présence du tsar, Fatime devait condescendre à écarter son voile, cela donna lieu à un étrange embarras. Il n'était pas permis à l'oncle de son mari de voir la face de la sultane; pour cela, elle était encore irop jeune. Tchouké se hâta donc de se placer derrière sa nièce, et il resta à cette place jusqu'à ce que Fatime eut remis son voile; alors il s'avança pour être présenté à son tour à l'empereur.
1. Erdmann, Voyage, t. Ier, p. 339; Mûller, Der ugrische Volksstamm, l. If, p. 531.
raen, colonel dans l'armée russe, avec laquelle il avait fait la guerre contre Napoléon en 1813, que Hansteen visita en 1830. Chez les Khalkas, le voyageur anglais Atkinson a visité plusieurs chefs qui, la plupart héréditaires, exerçaient encore un véritable ascendant sur leurs compatriotes; de leur côté , les Dzoungars paraissent avoir conservé , sinon un khan, du moins des taïdjis plus ou moins puissants.
Enfin, — car nous craindrions de pousser plus loin cette énumération, pour laquelle nous ne pouvons pas nous appuyer sur des renseignements bien certains, — parmi les Turkomans ou Troukhmènes de l'isthme à l'est de la mer Caspienne, M. Eichwald1 mentionne un chef presque indépendant, quoique soumis à la Russie. C'était Khiat-Aga, alors maître de l'île de Tchélikan*, et à qui a sans doute succédé depuis dans cette dignité son fils Iakchi Mahmed, qui avait reçu à Tiflis, près du général Iermolof, une éducation européenne. En somme toutefois, il n'y a parmi les Turkomans que des anciens ou aksoukals : aussi cette peuplade se vante-t-elle de ne pas plus vivre sous la protection d'un roi qu'elle ne se repose à l'ombre d'un arbre, sur un sol presque partout formé de sable mouvant.8