Asie centrale, t. I, p
tagh , le nom de faman-iagh , Mauvaises montagnes , parce qu’elles n’offrent pas de pâturages. Les Bonnes montagnes , Iakhtchi-tagh , suivent au nord de l’Aïrouk, et forment, par leur bifurcation , une communication évidente avec l’Oural russe, savoir : à l’est, avec la chaîne de l’Ilmène; à l’ouesi, avec la chaîne d’Orsk et d’Irendik. La branche occidentale , qui est moins éminente . sépare les bassins de l’ilek et de l’Or1 * * *, et est appelée par les Kirghises de la Petite Horde Ourkalch et Katen Edi/r ; la brandie orientale *, à laquelle M. Pander ne donne cependant aussi que 80 à 150 toises de hauteur, est la chaîne Mougodjare. Comme, de ces deux branches, la première est méridienne et la seconde dirigée du S. O. au N. E., elles s’écartent de plus en plus, etc.»
Après avoir , dans ce qui précède , décrit les monts Scandinaves, les Karpathes et la chaîne de l’Oural, il ne nous reste plus à étudier que le plus colossal des soulèvements , pour achever de faire connaître tous ceux dont la Russie d’Europe est environnée dans une grande partie de ses contours. Depuis près de soixante ans qu’en parut la première exploration détaillée 5, celui-ci a été visité par des voyageurs de toutes les nations, dont les récits, de même qu’une description officielle du pays d’alentour *, nous serviront de fil
I Voir l.i carte <lc Pallas. C'est dp l'Or que la petite ville d’Orsk ou Orskaïn
(forme d’adjectif) a tiré son nom.
2. C'est par une faute d'impression qu’il y a ici « branche occidentale » dans le texte de M. de liumboldt.
a. Allgemeine hislorisch-topographische Beschreibung des Kaukasus, par le docleur Jacques Reineggs et publiée après sa mort sur ses papiers, Gotha cl Saint-Pétersbourg, 1 7116 , 2 vol. in-8“, avec une carte et des gravures.
A. Obouènié liostiiskikh vladenii ta Karkatutn , Coup d'oeil sur les possessions russes au delà du Caucase, Saint-Pétersbourg, 1836, A vol. in-8*. avec une carte.
aspect général; orographie.
dans ce curieux labyrinthe où nous allons nous engager, et où des spectacles grandioses et pittoresques mériteront de nous arrêter un peu plus que n’ont fait les autres chaînes que nous venons de passer en revue et qui n’ont ni le même caractère alpestre, ni les mêmes avantages dérivant du climat, de la situation, de la nature des habitants et de l’histoire.
Le Caucase. Ce nom, connu déjà de la haute antiquité', désigne une des plus belles chaînes du monde et que les Orientaux ont surnommée * aux mille sommets ». Elle s’étend,
1. Le nom de Caucase, lié au mythe de l'rométhéc, se trouve déjà dans quelques-uns des plus anciens monuments de la littérature grecque, comme dans les Argonauliques , attribuées à Orphée, mais que nous ne possédons que sous une forme relativement récente. Quelques auteurs ont même voulu reconnaître ce nom dans le Gog de la itible, nom qui se serait transformé en A ok et Kauk (Itosenmüllcr, Uihlische Aiterthumskunde , t. 1, p. 218). Selon Klaproth (Tableau du Caucase, p. I ), il figurerait pour la première fois chez le poêle Eschyle, qui, comme on sait, fut l'un des combattants de Marathon, en 100 av. J.-C. Hérodote, le père de l'histoire, non-seulement connaît le Caucase (o Kàjxaso;, to Kauxâarov opo-), il parle aussi ,1e la route le loug de la mer Caspienne, ofi on l'a, ditil, à main droite (I, 101; IV, Il et 12). Strahon (XI, p. 500 et suiv. ) donne de cette chaine de montagnes une description complète, sans doute mêlée encore d'erreurs. Pline (//. IV., VI, 17) dérive le nom sous lequel nous la désignons, et qui est inconnu aux indigènes, de Graucasus , qui, dans la langue srythe, signifierait blanchi par la neige. Peut-être vient-il plutôt, selon la conjecture de Klaproth , du persan Kuh-Kaf, mont Kaf. Dubois de Montpércux aimerait mieux l'étymologie île Kuk- ou Kauk- Axe , montagne des Ases. On sait que les anciens appelaient Asie ou Asie Mineure la contrée aujourd'hui désignée sous le nom de Natolie (voir Encgclopk&e des Gens du Monde, ailiclc Asie, t. Il, p. 377), peut-être aussi une partie du Caucase, car ils divisaient cette Asie en Asia cis velintra Tauruin et en Asia Iruns rel ultra Tauriim (voir Sickler, Aile Géographie, p. t.ix de la préface ) : on sait de même que l'on a cru retrouver les Ases dans les Ossêtes. Les Turcs appellent notre chaîne de montagnes Kaf-dagh ou Kaf-lagh, montagne de Kaf; les Talars, lal-boux ou Crinière déglacé; le peuple géorgien se sert de la dénomination de /albouxis n.lha, mont lalhouz, et quelquefois de celle de Tliémi, dont Klaproth ignorait la signification; le peuple arménien emploie celle de lalbouii-sar , qui veut dire la même chose que le nom
en une ligne simple ou double, ou même triple, du sud-est au nord-ouest, depuis la presqu’île d’Apchéron sur la mer Caspienne , jusqu’au fort d’Anapa sur la mer Noire et près du liman de Kouban ; on pourrait même dire jusqu’enCrimée, car les montagnes de celte presqu’île paraissent y tenir par un soulèvement sous-marin. Elle présente une ligne de faîtes non interrompue, et sa longueur totale dépasse 1,100 kilum. ', tandis que sa largeur , en comptant toutes ses rampes et ses rameaux , n’est en moyenne que de 200 kilom., quoiqu’elle en ait cependant plus de 300 sur quelques points.
A partir d’Anapa ou de l’embouchure du Kouban, le Caucase couvre de sa crête ou de ses ramifications diverses le pays des Tchcrkesses ou Adighé, l’Abasie, l’Avkhasie, le Souaneth , l’Osseth , le nord de la Géorgie, la Mingrélie et l’iméreth; puis, à l’est du grand passage de Yladikavkaz, la Tchetchna ou pays des Tchétchènes, le Daghestan ou le pays des Lesghis, et la province de Kouba, terminée par la presqu’île d’Apchéron, par une partie du Cliéki etduCbirvan. De part et d’autre, il laisse libre la côte de la mer; sur celle de la mer Noire, les montagnes s’avancent d’abord, il est vrai, en pentes douces jusqu’au rivage, mais il n’en est plus de même depuis le petit port de Gagra ou Gagry, dans l’Avkhasie et la Mingrélie: là, où pourtant on place la roche de Promcthée, la côte est en général plate, et les montagnes
géorgien. Cependant, chez les savants des detu dernières nations, le nom de Karkai est également en lisage. La chaîne est encore fréquemment désignée sous le nom A'Albrouto» Elhroin. Voir sur le Caucase en général , Malte-Brun, Prëci s de la Géographie universelle, édit, de 1812, t. III, p. 28; Mannerl, Géographie der Griechen uni! Humer , t. IV, p. 377, et Itorn, Geograpliica Caucasica, dans les Mémoires de l’Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, 6"" série, t. Vit, p. 465 et suiv., et 654-657.
1. D’après M. Ch. Rilter, 150 milles d'Allemagne (1,111 kilomètres). Voir sa Géographie, t. Il, p. 46. — Sur un projet de jonction de la mer Caspienne avec la mer Noire, voir Bottiers, Itinéraire de Tiflis à Constantinople, p. 97.
ASPECT GÉXÉRAL ; OROGRAPHIE.
restent à quelque distance. Du côté opposé, la chaîne se termine, en murs abrupts, sur la plaine étroite qui la sépare de la mer Caspienne.
C’est un isthme immense qu’elle occupe en majeure partie', isthme qui, séparant la mer Noire de la mer Caspienne, a sept ou huit fois la grandeur de la Suisse, à laquelle d’ailleurs, comme nous l’avons dit, il n’a rien à envier, sinon ses lacs, ses cascades et les nombreux témoins de sa beanté. «Le Caucase, dit M. Maurice Wagner, un des plus intrépides voyageurs contemporains et des plus ingénieux observateurs*, ne présente pas seulement, quand on le voit de l’extérieur, un aspect beaucoup plus majestueux que les Alpes helvétiques, il a aussi sur ses pentes, surtout du côté delà mer Noire, de plus belles forêts, et une végétation alpestre plus riche entre la ligne où cessent de venir les arbres et la limite de la neige éternelle.» On verra plus loin d’autres témoignages semblables. L’isthme dont nous parlons constitue une région particulière ayant ses caractères spéciaux. Si l’on y ajoute, d’une part la Tchernomorie ou pays des Kosaks de la mer Noire, d’autre part les provinces arméniennes d’Erivàn et de Nakhitchévân , le total de sa superficie est de 390,500 kilom.
1. Le Kakheth est en grande partie pays de plaine; le Chéki et le Chirvàn de même. Le Karthli, au contraire, n'a des plaines qu'au milieu; le Sumklieth est couvert de montagnes. On donne aux vallées de la Transcaucasie une étendue de 39,000 verstes carrées. La plaine de la vallée inférieure du Kour et de l’ Arase , contrée fertile A raison des irrigations, aurait 20,000 verstes carrées; la plaine de Talysch, sur la mer Caspienne, dont les montagnes qui reuceigncnt s'approchent A la distance de 5 verstes, en aurait 1,200, de la rivière Bolgarou à Aslara; la steppe aride de Mougdn, au nord de Talysch, en a peut-être 10,000. Dans la Mingrélie, ITméreth et le Gouria, dans les vallées de l'Ingour, du Khopi et du Kion (l’hase) , entourées des hauteurs de la chaîne , les vallées ont 2,600 verstes carr. ; celle du Kour supérieur, stérile faute d’irrigation, en a 2,200.
2. Auteur de l'ouvrage : fier Kaukaxn » und dax Land der Knxaken in den Jahren 184.%t846, Dresde et Leipzig, 1848, t. I.
carr., étendue à peu près semblable à celle de la Finlande, contrée intéressante de son côté, mais sur laquelle la Caucasie l’emporte de beaucoup à raison de ses populations chevaleresques, des familles de langues différentes qui se trouvent là côte à côte, et comme point de communication avec un monde qu'il s’agit de tirer de sa léthargie séculaire1, et où nous ramènent d’ailleurs toutes les traces encore reconnaissables de l’ancienne migration des peuples aujourd’hui établis en Europe. Les montagnards semi-indépendants y occupent à eux seuls, comme on l’a dit plus haut, une superficie de plus de 80,000 kilomètres carrés.
Quand, venant du nord, le voyageur traverse la steppe plate et à peu près dénuée d’arbres du Térek, il a sous les yeux, à droite et à gauche, un magnifique rempart surmonté de pics neigeux qui présentent les formes les plus bizarres et les plus tourmentées, cornes, pointes abruptes, pyramides, cônes ou cylindres tronqués, masses informes diversement échancrées et sans aucune symétrie. Ni les Alpes de la Suisse, s’écrie le voyageur cité tout à l’heure, et qui a visité presque tous les pays, ni le Tatirus, ni l’Atlas, le Balkan, l’Apennin, ou telle autre des chaînes européennes qui me sont connues , n’ont des murs de rochers et de neige aussi labourés par les fissures et déchirés d’une manière si sauvage, ni des formes de sommités aussi hardies que les géants de la chaîne centrale du Caucase. La hauteur moyenne de ces pics est de 3,500 à 4,000 mètres; mais quelques-uns d’entre eux, comme le Kazbek, arrivent à la hauteur du Mont - Blanc , et la principale sommité , l’Elbrouz, s’élance même, avec ses deux cimes, jusqu’à la hauteur de 5,637 mètres. A environ 3,300, commence la
1 . .Nous dirons plus loin quelles sont les grandes roules qui , du Caucase , mènent dans l’intérieur de l’Asie.
aspect général; orographie. 2H
région des neiges perpétuelles, que dépassent de nombreux glaciers’; la venue des arbres s’arrête au-dessus de 2,500 mètres ; plus bas , le flanc des montagnes est couvert d’épaisses forêts, ornement riche, mais sévère, qui contraste avec la blancheur des cimes étincelantes sous les feux d’un soleil déjà presque méridional, puisqu’on a dépassé le 44e degré de latitude.
Quand le voyageur a laissé derrière lui la steppe et les marais pleins de roseaux qui couvrent le pays deptiis le Koubau et le Térek, il entre dans la zone des forêts primitives, remarquable par ses arbres gigantesques, ses épaisses broussailles, sa végétation luxuriante. Celte zone monte à une grande hauteur; après cela commencent les rochers nus, et bientôt on arrive à la ligne des neiges. Les trachytes et les porphyres se montrent partout dans celte chaîne ; mais on n’v trouve pas de traces de lave, d’obsidienne et d’autres produits volcaniques proprêment dits, et elle n’offre pas non plus de cratères d’où la coulée se serait échappée. La masse centrale, où s’élèvent les plus hautes cimes, est granitique ; elle est flanquée de formations composées surtout de schistes et de porphyres; cependant sur les deux versants domine le calcaire, qui forme une série de petites montagnes, moins hautes sur le versant septentrional que sur celui qui regarde l’Asie. Cette barrière entre les deux parties du monde , bien autrement imposante que celle de l’Oural, s’ouvre dans son milieu aux convois et aux armées. Là sont les anciennes Portes Caucasiennes, aujourd’hui connues sous le nom de David * ou du défilé de Vladikavkaz, où passe la route militaire. Long d’environ 250 kilo-