‹ L'empire des Tsars au point actuel de la science J. H. Schnitzler Le territoire, tableau naturelChapitre 105 sur 359 · Voir plus haut, p. 190, note · texte numérisé non relu

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i. Do dar-iol, chemin étroit, et non pas, comme le veulent certains auteurs, de der-i- Allah, porte de Dieu.

mètres, ce passade, qui mène de lékatérinograd à Tiflis*, et dont nous reparlerons plus loin, serpente par tout le nœud de la chaîne.

Le point culminant de tout le système est l’Elbrouz’, qui, appelé en persan Kaf-dagh , pourrait bien lui avoir valu sa dénomination de Caucase5. Placé sur les confins de laKabarda, de l’Abasie et du Souaneth, sous 43°21’ de lat. et 40°6' de long, or., il termine et dépasse même vers le nord la principale ligne de faîtes du Caucase. Ce géant, bien plus haut que le Mont-Blanc, puisqu’il a 5,037 mètres, est divisé en deux cimes * et entouré comme d’une ceinture de montagnes coniques, ainsi que lui, de porphyre, toutes au-dessus de la limite des neiges. Quand le ciel est clair, on l’aperçoit déjà à la distance de plus de 250 kilomètres. La première ascension en a été faite, le 22 juillet 1829, par un Kabardien de l’expédition de M. Lcnz, accompagné de trois de ses collègues de l’Académie dés sciences de Saint-Pétersbourg, et escorté de Kosaks et de Tcherkesses, sous les auspices du gouverneur-général Emanuel. Les académiciens s’étaient promis de faire l’ascension de cette montagne, considérée jusqu’alors

1 . La roule ne passe plus aujourd'hui par Mozdok , comme autrefois.

2. Kuplfer, Voyage dan» les environs du mont Elhroui dans le Caucase eu 1829, Saint-Pétersbourg, 1830, in-i”. Voir aussi Nouveau Journal Asiatique, janvier 1831, t. VU, p. 21-73. On trouve uue vue de l'Elbrouz , prise du côté septentrional, et du camp du général Emanuel , dans de Hesse, Voyage en Crimée, au Cavcase, etc. en 1829 et 1830; quant au texte, voirp. 80 et suiv. Une autre vue, d’après un dessin du prince Grégoire Gagarine, se trouve à la p. 152 du Voyage illustré dans les cinq parties du monde, Paris, 1850, in-folio. Pour la mesure des principales hauteurs, voir de Besse, p. 98.

3. D’après M. Bodenstedt (Die Voilier des Kaukasus uni ilire Freiheilskâmpfe gegen die llussen , p. 5), les Adighé l’appelleraient Oschga-Makhaua , montagne des Bienheureux , et les montagnards en général, Djinn Padischah, Boi des Esprits.

i. La cime orientale est un peu plus liasse que la cime occidentale. Suivant les calculs de M. Vischnefski, qui méritent confiance, celle-ci a 2,898 toises de haut; l’autre n’en a que 2,878.

aspect général; orographie.

comme inaccessible; mais ils s’arrêtèrent en roule. La fatigue fut telle, et l’air si rare, que les forces abandonnèrent la plupart des membres de l’expédition quand il ne restait plus que 687 mètres à gravir. Cependant M. Lenz, ranimant ses forces, essaya de s’en approcher encore. Ce fut en vain. Seul de toute l’expédition, le Kabardien, ancien pâtre nommé Kiliar , homme contrefait et boiteux, s’obstina à atteindre le but. Lorsque, de son camp , le général Emanuel vit l’audacieux Tcherkesse arrivé au haut du cône gigantesque, il fit battre le tambour et pousser des cris de hourrah si vifs qu’ils purent arriver jusqu’à lui.

Plus près du Térek et du défilé de Vladikavkaz, dans l’Osseth, est le Kazbek ou Mkinvari, qui, comme nous l’avons dit, a tout juste la hauteur du Mont-Blanc, 4,800 mètres. Entre le Kazbek et la mer Caspienne, les cimes les plus remarquables sont le Barbalo ou Berbala, sur les contins du Kakhcth et du Daghestan, le Chah-dagh ou Montagne du Roi, dans le Daghestan, entre le pays des Lesgliis et la province de Kouba, le Baba-dagh, Montagne du Père, entre la même province de Kouba, le Chirvan et le Chéki, et le Bcsch-Parmaki-dagh ou Montagne des Cinq-Doigts , sur les bords mêmes de la mer Caspienne, dans la province de Kouba, un peu au nord de la presqu’île d’Apchéron. Ce dernier surplombe la mer d’environ 1000 mètres. Du côté opposé, au nord-ouest de l’Elbrouz, le long des côtes de la mer Noire, les principales sommités sont le Pélaf-Tépesch et l’Oschten , dans l’Abasie et l’Avkhasie, l’idokopas et le Chapsoukh, dans le pays des Tcherkcsses.

Le point le plus favorable pour jouir de la vue de tout le panorama de la chaîne, c’est la steppe du Térek près de Ghéorghiefsk , où l’on se trouve à une distance presque égale de ses deux extrémités, et où rien n’intercepte l’aspect de ces géants enchaînés les uns aux autres dans une ligne

de plus de 1000 kilomètres. Ce panorama a été dessiné par Pallas au bastion de la forteresse le plus voisin de la rive de la Podkouma. «Les monts Caucase, vus de Ghéorghiefsk , dit-il , dans un autre ouvrage que celui si souvent cité jusqu’ici’, offrent le plus magnifique tableau; l'œil les embrasse dans toute leur longueur, depuis la mer Caspienne jusqu’à la mer Noire.... Une vaste plaine est couronnée par ces montagnes, qui s’élèvent en amphithéâtre et dont l’aspect est des plus majestueux. » M. de Besse est du même avis : «C’est un coup d’œil vraiment surprenant, s’écrie-t-il, qu’on ne rencontre nulle part sur le continent de l’Europe. Cette suite de montagnes si élevées et si étendues , qui viennent aboutir à une immense plaine formée par la steppe de la Kouma, a un attrait tout particulier ’. a Un autre voyageur, M. Ch. Koch , nous fait connaître dans les termes suivants l’impression que lui a faite le même aspect : «Ce qui avait été pour moi un objet d’études depuis ma première jeunesse se trouva enfin sous mes yeux dans toute sa grandeur colossale. L'impression que me fit le Caucase fut grandiose, et, inspiré de cet aspect , j’oubliais toutes les fatigues et tous les tracas que j’avais eu à essuyer jusqu’alors3.» Le témoignage de M. Maurice Wagner a été cité plus haut. Pallas entre dans quelques détails : «Nous commençâmes, dit-il ,

à découvrir, de Madjary1, les monts blancs du Caucase;

ils se déployaient en totalité par le temps le plus serein ,

1. Voyagea entrepris dans les gouvernements méridionaux de l'empire de Hussie dans les années 1193 et 1194, t. I, p. 368. Voir Allas, pl. 15 du t. I.

2. Voyage en Crimée, au Caucase, etc., p. 53. — Cos mots, pour lo dire on passant, sont la répétition i pou prés textuelle de ce que nous lisons dans Klaprolh, Voyage au mont Caucase et en Géorgie, t. I, p. 131.

3. Ileise durch Husstand nach dem kaukasisclien Istlimus, t. I, p. 172.

i T. I , p. 362- — Sur les fameuses ruines de Madjary ou Madjar , sur la Kouma, voir le uicme ouvrage, plus haut, p. 353elsuiv.; Klaprolh, Voyage. t. I, p. U2et suiv.; Do Bes^e, Voyage, p. 175 et suiv.

sous une forme imposante et majestueuse. On distinguait surtout l’Elbrouz, le plus colossal de tous, qui ferme la chaîne du côté de l’ouest, et les quatre plus considérables groupes de pics couverts de neige, à sommets inégaux et déchirés. La ligne principale des monts du Caucase, que les habitants (russes) appellent aussi montagnes Noires ( Tcher niyé Gory )‘, paraît, dans le lointain, comme un rempart uniforme qui réunit tous ces monts couverts de neiges, dont il fait la base. Ces montagnes Noires, quoique plus éloignées que le Besch-taou de 150 verstes, semblent encore l’égaler en hauteur , et la partie entièrement couverte de. neiges de l’Elbrouz parait au moins deux fois plus élevée que cette autre montagne. Tous les autres groupes des monts Caucase paraissent aussi plus bas d’un tiers que l’Elbrouz. Les sommets du Kazbek , près de l’origine du Térek et du chemin de Géorgie le plus fréquenté, dominent les autres monts escarpés voisins des sources de l’Aredon1.* Le colonel Rottiers dit de l’Elbrouz : « 11 semblait venir à nous avec la majesté d’un géant. Les peuplades qui en habitent le pied l’appellent souvent Chah - dagh , roi-montagne. La neige qui couvre son front, commençait à se fondre aux rayons du printemps ; la partie inférieure de la calotte devenait jaunâtre : on aurait dit les cheveux véritables d’un vieillard entouré d’un diadème d’or’.»

La ligne des neiges éternelles varie dans ces montagnes d’un lieu à l’autre*. Sous le 42° de lat., elle est à la hauteur de plus de 3,600 mètres; mais plus au nord, elle s’abaisse jusqu’à celle de 3,000 mètres, ou même d’un peu

I . C'est le kara-daijh îles Tatars , chaîne secondaire avancée vers le nord. Voir Koch , t. I , p. SS3-âôl.

t. L’Aiedon ou Ardon est un affluent de droite du Térek, dans la Kabarda. . 3. Itinéraire de Tijlit à Omstantinople , p. 120.

J. Voir plus haut, p. 190 et p. 210, 21 1.

moins. On assure que le point le plus bas jusqu’où descendent les glaciers est à une hauteur de 7,991 pieds (2,663m). Sur la montagne de la Croix, où, comme on le verra plus loin , passe la roule militaire, on trouve encore, à la hauteur de 2,G30 mètres, les plus belles prairies, les roses des Alpes particulières au Caucase, une espèce de saule et une espèce de genévrier.

La végétation dans ces montagnes est grandiose et variée. «Pendant que des forêts de sapins et de pins regardent, à des hauteurs qui donnent le vertige, les riantes vallées,» dit poétiquement M. Bodenstedt, «dans le bas, le rossignol chante dans les lauriers, la vigne s’enlace, pour s'élever autour d’ormeaux d’un large ombrage , et des cyprès élancés fendent l’air , pareils à des tours noires du sanctuaire des forets; le vent murmure dans les aiguilles des pins, dans le feuillage des noyers, des platanes, de l’arbrisseau tamarisc, et le rhododendron et l’ azalea ponlica fleuris étalent une magnificence et une grandeur merveilleuses. Des bois épais à perte de vue et de riches pâturages alternent partout : la nature a répandu sur ces pays la corne d’abondance de ses bénédictions. Tout ce que la terre produit ici est plein de fraîcheur et de sève, mais, semblable aux habitants euxmêmes, n’est guère façonné (de même qu’il n’est pas corrompu ) par l’intervention de la culture. L’homme ne tire qu’un profit médiocre de tout ce que la nature lui offre ici avec tant de prodigalité , et il se passera encore de longues années avant que l’agriculture et les arts de la paix trouvent dans ces lieux une demeure durable.» Le même auteur' nous

t. Bodenstedt , p. 7 et suiv. — Tout cela est confirmé par M. de Haithauscn dans sa nouvelle publication dont nous ne connaissons encore que l'original allemand, Tranxkaukaxia , Rrixeennnervngm und gexammelte Kotisen , I . I , Leipzig, 1850. Le voyageur s'eztasie moins sur les lauriers, les oliviers, les cerisiers , les platanes, entremêlés ici à toutes les autres essences de l'Europe, que sur les magnifiques forets de hêtres, arbres qu’il n’a vus dans toute la Russie que là et

ASPECT GÉNÉRAI.; OROGRAPHIE. 217

apprend que le buis, l’érable, le frêne, l’aune (EllerJ, le chêne , le noyer , les arbres fruitiers sauvages atteignent, dans le Caucase, une grosseur et une taille telles que le regard du voyageur s’y arrête avec surprise. Les montagnes schisteuses de l’est sont couvertes de forêts impénétrables. Dans le Daghestan, tout en est couvert : on y rencontre des platanes , des peupliers , des hêtres , des chênes en quelque sorte primitifs et qui, placés sur des hauteurs inabordables, ont atteint sans trouble toute la croissance dont ils étaient susceptibles. Sur d’autres points viennent les plus beaux fruits, pêches, abricots, pommes, poires, cerises, etc. Le Caucase (en y comprenant l’Ararath) est la patrie de la vigne : aussi la voit-on atteindre ici une grosseur et une hauteur prodigieuses. Notre voyageur rapporte qulen 1843 on a fait voir à Tiflis un raisin pesant quatorze livres, ce qui explique le mode de transport choisi pour le leur par les émissaires envoyés par Moïse dans le pays de€anaan*. Dans les vallées entre le Chéki et le Chirvân, on cultive avec succès le mûrier et le cotonnier ; même la canne à sucre a pu être acclimatée dans le khanat de Talysch.

Après ces détails généraux , explorons le Caucase dans ses différentes parties *.

Pour bien préciser sa structure générale, nous reproduirons le passage suivant d’un des ouvrages de Klaproth, capitaux en cette matière5: «Le massif de la ehaîne du Cau-

dans les montagnes de la Crimée, nulle part avec une si belle croissance, ni en plus belle compagnie. Voir p. 11. — Voir aussi De Besse, p. 117 et suiv.

1. «Ils coupèrent de là une branche d'un cep avec une grappe de raisins, et ils étaient deux à la porter avec un levier. » A 'uni. , XIII , 21.

2. Voir la carte de Reincggs, celle d’Etchvvald, celle du général Klialof, de l'état-major général , 1826 ('/«,«,), celle de l'ouvrage officiel Ohoirènié, etc.,

), celle de M. H. Kiepert, 1851, etc.

3. Taldeau historique, géographique, ethnographique et politique du Caucase, 1827, p. 32.

case se divise, sur toute sa longueur, en trois bandes presque parallèles les unes aux autres, et disposées verticalement. La principale, ou la plus haute, est celle du milieu. Le massif total est accompagné de choque côté d’une suite de promontoires. Ceux du nord ont, dans leurs parties les plus élevées , une largeur de 8 à 9 lieues (de 20 au degré) ; une vallée argileuse , large de 5 à 6 lieues , sépare ces promontoires du massif de la chaîne. Vers le nord, ces promontoires s’abaissent au niveau de la chaîne argileuse qui se prolonge jusqu’au Don et jusqu’au Volga. Dans plusieurs endroits, celte suite de promontoires est coupée par les vallées des fleuves et des rivières qui sortent du massif et coulent vers la plaine, au nord du Caucase. Souvent, et surtout dans les endroits où ces rivières sont très -proches les unes des autres, les promontoires disparaissent tout à fait, par exemple au point où la Malka, le Baksàn et le Térek quittent les hautes montagnes.»

Voilà comment le massif se décompose dans sa largeur du sud au nord. Quant à sa longueur, on peut la diviser en deux parties principales : partie occidentale, depuis Vladikavkaz et le Dariel jusqu’à Anapa; partie orientale, depuis les mômes points jusqu’à la presqu’île d’Apchéron. La route militaire qui mène à Tiflis, et que nous ferons connaître exactement un peu plus loin, est donc la ligne de séparation entre ces deux parties, auxquelles ensuite il faut ajouter deux contre-forts , l’un au nord de la chaîne et l’autre au sud. Nous décrirons d'abord le contre-fort du nord, qui précède le Caucase proprement dit, et même quelquefois le cache aux yeux des voyageurs.

Arrivé, au sud de Tchcrkask (pays des Kosaks du Don), siir le haut Kagalnik, petit fleuve qui a son embouchure dans la baie de Taganrog, un peu au sud d’Asof1, Klaproth

1 . Voir la grande carte de la Russie , à l'échelle de '/*•#,*»<* » feuille D, 9 et 10.

aspect général; orographie.

dit1 : < Le pays est très-uni; nous aperçûmes seulement au sud-est quelques éminences : elles appartiennent à la chaîne de collines qui s’étend au nord , depuis le Kouban moyen jusqu’à la source du Kagalnik. Cette vue nous fit plaisir, car elle annonçait l’approche du Caucase. » Continuant d’avancer sur la route qui mène de Tcherkask à Stavropol,. il arriva sur les légorlyks (petit , moyen et grand *), affluents du Manytch, et bientôt au fort de Donskaïa, qui est encore à 50 verstes de Stavropol, chef-lieu du gouvernement de ce nom (autrefois province de Caucase). Là, « le temps s’étant éclairci, continue-t-il, nous aperçûmes les premières montagnes qui font partie du Caucase : elles étaient si près de nous qu’elles cachaient la chaîne principale. Quand le temps est serein, on aperçoit pourtant celle-ci de Tcherkask, sur le Don , qui en est éloigné, en ligne droite, de 60 milles d’ AIL, (444 kilom.), et de Sarepla sur le Volga , qui en est à 70 (548 kilom.) » De là, tournant vers l’est, le voyageur passa le Kalaous, autre affluent du Manytch, et, avant d’atteindre la Kouma , s’arrêta à Alexandrof, ancien chef-lieu de district’, en traversant une chaîne de collines de grès, qui borde la vallée où coule le Dongouzlé ou rivière des Porcs. « Alexandrof, dit-il , est bâti sur la rive occidentale de cette rivière, dont les bords sont très-escarpés en cet endroit Pallas décrit ainsi cette vallée , qu’il a eu le loisir de bien examiner : « Cette petite file de montagnes, qui, sousdiffé- « rents noms, se prolonge depuis le pied de l’Elbrouz, et « qui forme ici une côte élevée avant de se perdre dans la « steppe , est composée de couches de grès assises sur le

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