Voyage autour du Caucase, t. IV, p
« Ce groupe de cônes , qui monte jusqu’à plus de 8,000 pieds , est connu sous le nom de monts Rouges 1 , et c’est de ces cratères éteints que se sont déversées toutes les coulées de laves qui ont envahi la vallée entre l’Aragvi et le ruisseau du mont Khadc. »
A partir du mont Gouda, la route s’abeisse : on est en
Asie.
Parrot nous dit que le versant méridional du Caucase , par lequel la roule descend dans les vallées de l’Aragvi, est chaud , riche en beaux arbres, bien cultivé , fortement peuplé et pourvu de beaucoup de beaux restes de constructions anciennes, soit églises, soit forts de montagnes considérables, avec des tours et des murs d’enceinte qui excitent vivement la curiosité au sujet de leur origine , de leur âge et de la personne de leurs fondateurs. Les flancs des rochers sont généralement couverts d’arbres et de plantes de toute espèce. Les pentes sont moins raides que du côté du nord ; le sol s’abaisse graduellement vers la plaine. Selon l’observation de Klaprotb’, les plateaux obliques que le Caucase forme du sud au nord n’ont pas la même longueur que ceux qui se prolongent du nord au sud : la longueur du plateau oblique septentrional est de vingt-cinq verstes, tandis que celle du plateau méridional en a près de cinquante, de Ghélatlii à Ananour ou Ananouri. Les trois couches principales des montagnes du sud, syénile et porphyre, puis schiste, puis calcaire, se suivent dans le même ordre que dans celles du nord , et ont toutes plus d'étendue.
A Kaïchaour, le poste militaire déjà mentionné, on est encore à la hauteur d’environ 1,800 mètres; un chemin très -escarpé conduit dans la vallée de l’Aragvi blanc
1. A cou .P de la couleur du porphyre qu’il fait voir partout.
». Voyage a» Caucase „ I. I, p. 491. Il ÿ a là une faute d’impression qui dénature le sens , et que nous avons corrigée.
aspect général; orographie.
( Thethri Aragvi J. C’esl un bras du grand Aragvi ou Aragvi noir (Chavi Aragvi/ auquel il se réunit un peu audessus d’Ananour. Pour arriver à celte ville, qui n’est qu’une triste bicoque, où des toits presque à (leur de terre couvrent des maisons en partie creusées dans le sol , on traverse encore des vallées étroites et des déblés, entre autres celui appelé Miouléthis Kari , c’est-à-dire Porte du Miouléthi (nom du petit pays où il se trouve) et qui est une seconde Porte caucasienne, qu’on a dû souvent confondre avec le Dariel. Des forts , dont on voit encore les ruines sur les hauteurs, défendaient ce passage, et, audessus d’Ananour, on voit un autre fort avec un mur d’enceinte formidable. A la Porte du Miouléthi commençait le royaume de Géorgie proprement dit : ce qu’on a parcouru depuis le col de la Croix , c’étaient seulement des cantons tributaires de ce royaume, en partie habités par des Ossètes parlant le géorgien. De hautes montagnes séparent Ananour de Doucheth, ville assez considérable, moitié géorgienne, moitié russe ; et la route s’en ressent , car elle est pénible. Cependant la vallée a déjà une largeur de 10 à 15 verstes. A Doucheth, on s’est éloigné de l’Aragyi; mais l’on s’en rapproche de nouveau avant d’atteindre l’ancienne ville royale de Mtskhétha1, dont les belles ruines, avec l’une des plus remarquables églises de la Géorgie, sont situées au confluent de ce torrent des montagnes avec le Kour (Cyrus/, qui, dit M. Koch, prend alors le nom de Koura, de Kovr-Ra , car l’ Aragvi porte aussi le second de ces noms combinés [RaJ. Mtskhétha resta la résidence des rois de Géorgie jusque vers
I. Voir sur elle, Klaproth, Voyage au Caucase, l. I, p. 508; Gamba, Voyage, t. Il , p. <17 ; Eichwald, Heine in tien kaukasus ,1. Il , p. 719, ouvrage capital, quoiqu’on lui bit reproché de nombreuses erreurs; Brossel, Hullelin de l' Académie des sciences .de Saint-Pétersbourg, classe des sciences historiques, t. IV, p. 072.
l’an 500 de notre ère ' , où elle fut transférée à Tiflis , que le tsar Vakhtang-Gourg-Arslân venait de fonder près d’nne source d’eaux thermales sulfureuses, circonstance qui valut son nom à la nouvelle ville. Car Tfilissi, en géorgien, signifie la Chaude; peut-être disait-on TjiUs-Kalaki, la ville chaude*. Autour de Mtskhétha , le pays est beau, et si l’on monte sur le Zedadséni , montagne au sommet de laquelle se trouve , comme dit Dubois*, l’imposante église de Stépân-tzminda (Saint-Étienne), on jouit d’une vue superbe. Quelques kilomètres plus haut , en remontant l’Aragvi , s’ouvre la vallée de Moukran , bordée, en bas par des forêts, et en haut par des montagnes élevées au-dessus desquelles le Kazbek dresse sa double tête blanchie. De la première capitale à la seconde, aujourd’hui simple chef-lieu de gouvernement, on compte vingt et une verstes : la roule y conduit en suivant la rive droite du Kour, et l’on arrive ainsi dans un site qui ne s’élève plus que de 366 mètres au-dessus du niveau de la mer‘, mais qui serait un des plus beaux imaginables, si, selon l’observation de Parrot, il ne manquait d’arbres, de sources et de torrents*. Tiflis n’est ouvert que du côté du nord et de celui du sud ; les montagnes entourent la ville presque partout. La plus haute est le Mta-tzminda , montagne de Saint-David, qui s’élève de 350 mètres au-dessus du pittoresque pont du Kour, ce qui porte à plus de 700 mètres sa
1. Pas acant J.-C., comme on lit dans le Voyage de Parrot, t. I, p. 28.
2. Voir sur elle, Klaprollt. t. Il, p. t et suiv.; Gamba, t. II, p. 104 cl suif. ; Eichvvald, t. II, p. “6 et suiv.; Parrot, t. I , p. 29; Koch, t. II , p. 299 et suiv.; Obotrènié Rossiiskikh Vladènü ta Karkatom, t. I, p. 1 13-275; Bodensledt, Tausend i mi an Tag im Orient , 2"* édit., t. III, p. 98 et suiv. On peut voir une vue de Tiflis dans l'Atlas de Dubois, et aussi dans le Vuyage dans les cinq parties du monde, p. l ia.