‹ L'empire des Tsars au point actuel de la science J. H. Schnitzler Le territoire, tableau naturelChapitre 121 sur 359 · Tableau , p. 5t · texte numérisé non relu

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pourraient sc réunir les eaux.» Mais peut-être ne trouverat-on pas suffisante cette explication, qui s’appliquerait aussi à plusieurs beaux lacs de la Suisse de l’est et de l’ouest, dont les mêmes circonstances n’empêchent pas l’existence.

Disons encore un mot de la route de Kizliar à Bakou, qui est la troisième de celles, allant du nord au sud, qu’on peut parcourir en voiture et qui se rattache à la route de Stavropol à Kizliar, par Iékalétinograd et Mozdok. 11 y a 292 verstes de Stavropol à Mozdok, et il y en a 406 de Stavropol à Kizliar; de là à Bakou, il y en a environ 530. D’après les calculs de Gamba, il y en a 100 de Kizliar à Tarki', 284 à Derhent, et 538 à Bakou. De Bakou à Derbent, il y aurait donc 254 verstes. C’est dans ce sens, et non dans le sens inverse, que Gamba a parcouru le pays, en 1820, accompagné d’une forte escorte, surtout de Bakou à Kizliar. Mais quoique souvent de grands personnages indigènes lui donnassent la conduite et qu’il fût à la source la plus abondante des informations, Gamba nous apprend peu sur la nature du pays, et la formidable chaîne aux pieds de laquelle il voyageait joue un bien faible rôle daus sa relation.

Du Térek, la route gagne le Soulak à Kasi-iourt, après

1. T. Il, p. 317 et suiv. Il écrit Tarknu et dit «cette ville ne doit pas être confondue avec un autre Tarki que les géographes anciens plaçaient vers l'embouchure du Térek, et qui n'eviste plus aujourd'hui. Cependant, même en russe, on écrit tantôt Tarki et tantôt Tarkou. — Eirhwald a touché à Tarki, j Derbent et à Bakou, mais par eau, dans son voyage sur la mer Caspienne. Voir Iieûe, t. I, p. 77, 100 et tôt). Voyage de Bakou à Tiflis, t‘. II, p. 3 et suiv. De Tiflis à Bakou, Gamba, t. Il, p. 23-t et suiv. — Pour faciliter au lecteur la recherche des itinéraires sur le Caucase, nous noterons ici encore quelques chapitres d’ouvrages qu'il peut consulter : Voyage dans le Kakhelh, dans Eichwald, lieue, t. Il, p. 3(ü et suiv.; Voyage de Rcdoute-Kalé h Trébisonde, Recueil de M. Koch, p. 65-114-; Dubois de Montpéreux nous fait connaître (t. lll, p. 125) le chemin qui conduit d'Akhaltsikh dans le Gouria. «La route, dit il, passe par Boukittsiklié, par Souréhi, et, aprÿs avoir traversé les cols des montagnes d'Akhal-tsikhé, lede-cehd dans ta vallée du Potsko. •

aspect général ; orographie.

avoir louché à la quarantaine de Nakhlourine ; à Kasi-iourt, elle rejoint une autre route qui vient directement de Mozdok , en passant par la petite ville d’Andréïef ou Enderi. Entre Anghi-iourt et Tarki, elle s’approche de la mer, dont cette dernière ville, siège du ciiamkhal1, n’est plus qu’à deux verstes. «On ne peut voir, dit Gamba, une position plus singulière et plus pittoresque que celle de Tarkou :

cette ville est bâtie en amphithéâtre dans le fond d’une

demi-ellipse, dont une chaîne de hautes montagnes forme les côtés. De tous les points de la ville, on domine sur la mer Caspienne. » A quelque distance de là , vers l’intérieur du pays, sont Bournaïa, le fort de Térairkhandchoura et Iiimri , dont il a beaucoup été question dans la guerre de l’indépendance du Daghestan. La route de Derbent continue de côtoyer la mer, et en approche de très-près. Elle est belle , entrecoupée de collines peu élevées et de lits de torrents. Gamba donne à Tarki près de 200U maisons et 12,000 habitants : c’est peut-être beaucoup; mais comme Tarki ne figure pas dans les états officiels que nous pourrions consulter, les moyens de vérification nous manquent. Le chiffre officiel de la population de Derbent n’est que de 10,713. Au delà de cette ville, quoique toujours près de la côte, on est, dit notre voyageur, dans la région des torrents et des forêts, où l’on ne voit que peu de terres cultivées. «Leplus-rapide, le plus large et le plus dangereux des torrents qu’on est forcé de traverser, c’est le Zamour, qui se jette dans la mer Caspienne, et que d’Anville suppose être XAlbamu de Ptolémée*. Ce torrent est formé par les eaux qui se préci-

t. Nous .donnerons, dans la suite de cet ouvrage, l’explication des lilres des princes caucasiens, chaud, haï, otil-muï, dndiau, gouiicl , atahnj, elc.

i. Maiiuert (I. IV, p. -130) n'est pas de cel a\is. Selon lui, VAIbamit serait le Ililhana ( J Pir-Sagalh ) d’aujourd’hui, au nord de l'embouchure duKourjdc l'Araxe?); et le Canin*, dans lequel on croyait voir le Kuï-sou, serait le Zamour.

pilent en abondance, et de plusieurs côtés, du haut des montagnes qui l’environnent. » Pour gagner Kouba , cheflieu du pays de ce nom , autrefois gouverné par un khan , on quitte le bord de la mer. « Le Kouba renferme environ 10,000 familles, formant 60,000 âmes. La ville de Kouba, située sur les bords d’un torrent assez large, et qu’el'e domine de plus de 200 pieds, a une population de mille familles ou 5,000 habitants '. De l’autre côté du torrent, un village est entièrement habité par des juifs cultivateurs.» De la ville, on aperçoit dans le lointain plusieurs des liants sommets du Caucase, dont quelques-uns sont toujours couverts de neige. Quant au pays d’alentour, il offre de beaux sites. « On voit, dit Gamba, peu attentif d’ailleurs au spectacle de la nature , des plaines , des vallées et des montagnes couvertes d’arbres très-hautes. Les terres me parurent d’une bonne qualité. Les habitants n’exploitent que celles qui , à portée des nombreux torrents qu’on traverse, peuvent facilement être arrosées .... Les villages lalars sont assez nombreux. Les habitants sont actifs , industrieux et s’adonnent spécialement à l’éducation des chevaux et des bestiaux.» De Kouba, où l'on est à proximité du Chah-dagb, la route se rapproche de nouveau de la mer dans la direction du fort de Chabràn-Kalé , qu’elle laisse à gauche, et elle arrive sur la côte presque au pied du pic de Besch-Barmak , au caravanséraï de Khaderzindé. Pour arriver en cet endroit, depuis le poste de Kosaks de Tchaklchak, et jusqu’au village de Kalisi qui vient après Khaderzindé, on suit un chemin entrecoupé de montagnes et de larges lits de torrents couverts de cailloux , dont les bords escarpés présentent de continuels obstacles. Enfin , après avoir fait encore environ 80 verstes au delà du Besch-Barmak , on entre dans

1. D'après le Calendrier académique de Saint-Pétersbourg, de 1850, 3205 âmes des deu* seics.

aspect général; orographie. 249

Bakou, ville de 6,800 habitants, qui sont ou des Persans, ou des Arméniens et des Tatars, et autrefois la capitale d'un petit khanat. La ville, bâtie en amphithéâtre, est dans un pays remarquable surtout par ses sources de naphte.

A ce sujet, l’addition de quelques détails ne sera pas jugée hors de propos. Car la naphte produit ici un phénomène singulier, qui est le feu éternel de l’Atesch-gah (atesch, feu, gah, temple) des Ghèbres, adorateurs de cet élément. M. Eichwald nous a donné une description tout à fait complète de cette curiosité de la nature ’, mais nous en trouvons une plus succincte dans le Voyage du célèbre physicien norvégien M. Hansteen s, à laquelle il nous sera permis de donner place ici.

«Ce feu éternel, dit-il, est peut-être une apparition unique sur la surface du globe. Le gouffre où il brûle, présente l’aspect d’un ovale irrégulier dont la longueur est de 120 pieds (40 mètres) environ; il n’a guère plus de 9 pieds de profondeur. Ce sont presque partout des rochers qui forment les parois du gouffre. Le feu n’y brûle pas toujours avec la même intensité, les flammes les plus hautes s’élèvent à 18 pieds. Cette combustion perpétuelle ne creuse pas le fond du sol et ne dissout pas les rochers du goulïre; on voit seulement à la surface de la terre des débris de pierres calcaires amollies et brisées en morceaux. Ce feu ne donne ni fumée ni odeur. Les matériaux qui l’entretiennent se retrouvent dans toute la contrée à deux verstes à la ronde; il suffit de creuser un peu le sol et d’en approcher un objet embrasé, soudain une flamme éclate, et elle continue de

1. Ileise auf dem Caspischen Meere and in dru Kankasus , 1. I, p. 184 et suiv., 211 et suiv., avec une ligure coloriée.

2. Hàse-Eiinnenmgm mit Sibirien, ouvrage dont il a élé récemment rendu compte dans la Demie des Deux Vendes ( 1" septembre 1855), par M. Saint- René Taillandier.

brûler jusqu’à ce qu’on la recouvre de terre. 11 est vraisemblable qu’on pourrait éteindre le gouffre de la même manière et le rallumer aussi à volonté. Une chose digne de remarque, c’est qu’aux bords même de ce gouffre toujours brûlant, on voit croître un gazon vert et vigoureux, et qu’on trouve à cinq cents pas deux sources d’eau excellente, avec un grand jardin d’une riche fertilité. Auprès du gouffre habitent constamment quelques adorateurs du feu : les uns sont de mystiques Hindous , les autres sont tout ce qui reste des anciens Persans, obstinés disciples de Zoroastre, qui reconnaissent dans le feu en général un symbole de la Divinité. Us vivent dans de petites huttes bâties tout autour du gouffre, et seulement à quelques pas du bord. Au milieu de l’une de ces buttes, les ermites ont pratiqué un trou et l’ont recouvert de deux ou trois pierres sur lesquelles est placée une marmite : c’est là qu’ils font leur cuisine. Us allument un brin de paille et le jettent sous la marmite : le feu prend aussitôt sans odeur ni fumée, et les aliments y sont cuits plus vite qu’à un feu de bois. Pour éteindre le foyer, il suffit de fermer l’ouverture. Les solitaires se chauffent à ce feu pendant l’hiver. U ne leur faut pas non plus d’autre lumière pour éclairer leurs cabanes : chacun plante dans la terre, au pied de son lit, un roseau, dont l’extrémité supérieure est enduite d’argile; on y met le feu , et le roseau brûle sans se consumer.

«La contrée présente encore un autre phénomène trèsremarquable. Après de douces journées d’automne , quand l’air du soir est tiède, les champs qui entourent la ville de Dakou semblent être tout en flammes. Souvent on dirait que des masses de feu roulent du haut des montagnes, puis tonte la chaîne de»*monls est illuminée d’une claire lumière bleuâtre. Ces flammes innombrables, les unes isolées, .éparses, les autres réunies en un foyer ardent, couvreut

aspect général; orographie.

parfois toute la plaine pendant les chaudes et sombres nuits, et inspirent une terreur profonde à tous les animaux. Ce phénomène dure environ quatre heures après le coucher du soleil. C’est en octobre et en novembre qu’a lieu le plus souvent cette apparition merveilleuse, pourvu que le vent d’est ne souffle pas. »

Après cette digression, revenons à l’orographie, au tableau naturel , unique sujet du présent volume.

Ce qui précède suffit, nous le pensons, pour caractériser la chaîne principale du Caucase ; mais , de même qu’elle a ses contre-forts ou ses émissaires du côté du nord, de même elle en a du côté du sud , et ces derniers , connus sous les noms de Petit Caucase ou Caucase inferieur, de monts d’Akhaltsikh , de monts Bambak ou Pambak, quelquefois aussi de monts Alaghcn \ constituent même une chaîne secondaire assez importante. C’est Dubois de Montpéreux qui nous l’a le mieux fait connaître : il l’appelle monts d’Akhallsikh. Nous préférons le nom de Caucase inférieur, d’après l’arménien Sdorine-Gofkaz. 1

Caucase inférieur. De la section de l'est du Caucase occidental , à l’ouest du mont Khokhi , et près d’un autre mont inscrit sur la grande carte du général Kliatof, sous le nom peu harmonieux ni commode de mont Tchkhivanismta, entre les villes de Clmrapàn et de Souram , se détache , pour avancer vers le sud, un chaînon, qui, après avoir séparé l’imércth du Karthli , le bassin du Dion et celui du Kour , se rapproche du Kour supérieur, enveloppe de toutes parts

1 . Dans un excellent article de M. Jules de Ilagcmcister, t’eber Transkaukasien (Erinan, Arçhiv, t. VII, 1 817 , p. 289-321 ), nous trouvons aussi le nom de monts Vikhans, qui uniraient le Caucase mec l’Arménie.

2. Voir Koch, I. 1| , p. 354. — Voir aussi Abieli , Geologiselie Skiaen ans TranskaukasipH { Die vuikanischen P/atea'irerhüUnisse des tuileni Kaukasu»), dans Erraan, Archir, t. VI ( 1846), p.- 139 et suiv.

252 CHAPITRE Iir.

la remarquable forteresse d’Akhaltsikh jette ses ramifications dans le Somkheth , province géorgienne à l’extrémité nord-est de laquelle se trouve Tiflis , et dans le Bambaki , où se trouve le mont Bezobdal et le mont Bambak, et aboutit , au sud du Chouragbel , à la montagne d’Àlaghæz , volcanique, comme tout le chaînon, offrant partout le trachyte, le basalte, et assez rarement le calcaire. Ce chaînon, à son origine, porte le nom de Kordokliti. « La chaîne entière , dit Dubois *, est toujours nommée montagnes de

Likhi ou du Gado dans les chroniques géorgiennes

Cette chaîne du Likhi se surbaisse un peu dans les environs de Souram, dont nous avons la hauteur absolue dans le Voyage à l’Araralh de M. Parrot; elle est de 355 toises, tandis que le point culminant du col par où passe la roule , est de 112 toises plus élevé.»

Selon la description de Klaprolh , qui se rapporte surtout à la partie montagneuse du Karthli *, ces montagnes sont de grès jusqu’au point où, sur le bord du Tboris- Khévi, tout au sud de la province, commence le schiste noir, qui forme les hautes montagnes entre le Sa-Atabago '

1. En turc Mhiskha. Ce double «oui, comme aussi ceux de Saint-Nicolas et Cbefkétil, Couniri et Atexandiapol (non pas Alexandropüd ) , ont dernièrement donné lieu dans les journaux aux plus risibles méprises. — En géorgien , tsUchè signifie forteresse, et aklial neuf : Akhal-tsikhé veut donc dire Forteresse nouvelle. Cette ville avait jadis ses propres atabegs énumérés par M. Brosse! dans son mémoire , Explication île direrses inscriptions géorgiennes , arméniennes et grecques , p. 00 cl suiv., extrait des Mémoires de l'Acad. itnp. des sciences de Saint-Péterslmurg , VI* série, sciences politiques, t. IV. Cette partie de l’ancienuc Géorgie s’appelait, dans la langue du pays, Sémo-Karlbli ou Karthli supérieur et aussi Samtxkhé. — Voir une vue d'Akhal-tsikhé dans le Voyage illustré dans les cinq parties du monde, p. 156. — Sur les eaux minérales du pays , voir Journal du ministère de l'Intérieur (en russe), juin 1833, p. 153-186.

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