‹ L'empire des Tsars au point actuel de la science J. H. Schnitzler Le territoire, tableau naturelChapitre 149 sur 359 · T. IV, p · texte numérisé non relu

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transporté par mes ordres , et y avait passé depuis le 31 juillet jusqu’au 3 août (1772). 11 fut obligé, pour y parvenir, d’escalader une des plus hautes cimes, et les détails qu’il en rapporta me paniissent trop intéressants pour ne pas les communiquer à mes lecteurs.

«On peut aller à cheval jusqu’à la bosse, presque toujours couverte de neige, qui achève l’élévation de celte énorme montagne1. Cette bosse est très-escarpée et entourée de rochers nus. L’on n’y voit aucun arbre. On y remonte à 6 verstes l’Agouza , en côtoyant ses bords ; on le traverse , et passe ensuite la rive gauche de l’Agouza- Khan qui jaillit au pied du Tchokonda , qu’on escalade par une montée des plus rapides. Cette montagne est entourée de toutes parts de bois. Ses avancements ou promontoires ne présentent qu’une roche granitelle. A 20 verstes d’Altonskoï-Karaoul , elle commence déjà à devenir très-rapide et remplie de débris de rochers , de places marécageuses et garnie d’épaisses forêts de mélèzes et de cèdres. Le petit bois taillis est composé de bouleaux en buissons et de saules noirâtres. Je trouvai dans la forêt les sarrètes ( serralulœ ) et la gentiane des Alpes à fleurs blanches : ces

deux plantes étaient en pleine floraison A peu de distance

de l'embouchure de l’Agouza-Khan, il s’élève sur sa rive gauche une bosse de montagne isolée et pleine de rochers nus , que l’on appelle Jelloo. Les vautours barbus viennent annuellement y faire leur ponte. A la place même où jaillit l’Agouza - Khan (Petite Agouza) , l’on voit comme disparaître les montagnes , et l’on se trouve sur une vaste plate-forme unie , où l’on rencontre des collines de pierre. . . . Cette plate-forme est enceinte d’une épaisse foret de vieux cèdres très -hauts Lors-

1. Énorme peut-être par son étendue; car si sa hauteur, comme on l'assure, d'après Pansner, est de 7,670 pieds, environ 2,550 mètres, il n'y a là rien de bien extraordinaire. C'est un peu plus de la moitié de la hauteur du Mont- Blanc.

aspect général; orographie.

qu’on s’y trouve , on se voit beaucoup au-dessus de toutes les montagnes qui bordent l’Onôn de l’est au sud , quoiqu’elles soient très-hautes, et l’on ne peut sans effroi jeter les yeux sur les énormes montagnes de rochers qui s’élèvent perpendiculairement à l’ouest et qui portent leurs cimes couvertes de neiges jusque dans les nuées. Il se passe ici peu de jours sans pluie. L’air y est dans une agitation continuelle, et les environs de ces montagnes sont exposés à de très-violents ouragans. 11 n’est pas rare de voir , au milieu de l’été , de la neige et du givre, lorsqu’il règne des vents du nord. On voit aussi fréquemment, en août, et même plus tôt , au delà des forêts en pleine verdure, la cime de ces montagnes couvertes de neiges ou des nuées de brouillards changées en givre. Au nord de la montagne , les anciennes masses de neige ne fondent jamais sur les cimes , ni dans les vallons qui ont de la profondeur. Ces montagnes de neige ont une étendue considérable; elles sont situées entre les sources de l’Agouza , de l’Agouza-Khan , du Boukoukoun et de plusieurs autres ruisseaux qui s’écoulent dans le Kirkoun et l'Ingoda A voir ces montagnes , elles pa-

raissent s’étendre en longueur du sud-ouest au nord-ouest ou nord-est ; elles sont partagées en deux portions égales par une vallée des plus profondes, où l’Agouza a, à proprement dire, sa vraie source.

«Ces montagnes sont singulièrement constituées : elles ne consistent que dans des masses énormes de roches granilelles, entassées les unes sur les autres jusque dans les nues. Ces roches tombent en efflorescence , oe qui fait qu’elles paraissent arrondies comme des cailloux à paver. Par ce moyen , elles laissent partout des intervalles ou des trous , surtout au pied et

dans les gradins de la montagne M. Sokolof escalada la bosse

qui est au sud-ouest1; il mit une journée à y grimper. Elle est

t. Voir son propre récit, traduit en allemand, dans Busse, Journal von Ru **lontl , octobre 1793, p. 428 et suiv. Voir aussi Ritler, t. Ht, p. 263-208.

comme l’autre portion du Tchokonda , et s’élève, comme elle, par d’énormes gradins très - escarpés ; il en compta sept, qui forment des étapes réguliers. A chaque gradin, les rochers figurent une large plate-forme qui s’étend à une couple de versles. Ces plates-formes sont assez horizontales. L’on y voit partout des sources se faire jour et aller se précipiter avec murmure du haut des rochers. La cime de cette bosse , à laquelle on ne peut s’élever sans courir des dangers , est également assez horizontale, unie, et d’une étendue presque à perte de vue. L’on y voit deux chaudrons ou abîmes effrayants , entourés d’une muraille de rochers escarpés. 11 existe dans chaque fond de ces abîmes un petit lac, où s’écoulent les eaux de neige lors de leur fonte »

D’après le récit de Sokolof , la montagne , arrondie «à sa base comme à son sommet , aurait jusqu’à 40 verstes de circonférence; elle serait la plus haute de toute la Daourie , y compris toute la chaîne Iablonnoï, et les indigènes la nommeraient la Montagne chauve , parce que son sommet , comme tous les autres du voisinage, est nu et composé de rochers où l’on arrive à travers de sombres forêts.

A en croire les superstitieux Toungouses qui habitent au pied du Tchokondo , cette montagne serait absolument inabordable aux hommes , et le succès de l’ascension du compagnon de Pallas n’avait pas le pouvoir de les convaincre du contraire. Ils s’attendaient à voir ce voyageur expier la violation dont il s’était rendu coupable. Car, disaient-ils, sur ce sommet, un de leurs dieux ou bourkhans a son siège; il y remue le tonnerre , lance la foudre et amasse les nuages, précisément pour empêcher qu’aucun mortel ne s’approche de ce lieu sacré. Il fallut l'attestation d’un vieux kosak loungouse, qui s’était laissé entraîner à suivre les voyageurs, pour les décider à ajouter foin leur récit, et ils s’écrièrent qu’alors c’était le premier exemple d’une telle ascension depuis la création du monde.

ASPECT GÉ.XÉRAL ; OROGRAPHIE

On nomme encore, dans le voisinage du Tchokondo, la montagne de Tcbikta , qui s’élève sur la rive gauche du Kirkoun, un des affluents de l’Onôn.

Iablonnoï KnnÉiiETii. Ce nom, en russe, signifie montagne des Pommes; mais, en l’absence de ce produit dans ces contrées, il est inulile de faire des efforts pour trouver l’origine du nom , attendu qu’il ne paraît être autre chose que la transformation , la corruption , du nom mongol de labléni- Drilm, dont se servent les Douriates. Les Chinois regardent le Iahléni-Daha comme la chaîne de séparation. En effet, c’est, selon Pallas', une «vraie montagne limitrophe,» peu élevée, il est vrai, mais qui néanmoins prend une grande part à la séparation des eaux. D’après Gmelin*, le nom serait dérivé des masses de pierre (en russe, iabloki) qui couvrent les chemins en grande quantité.

Du Kentéï, le lahlonnoï s’étend an nord-est, filant entre le Kirkoun et le Tchikoï. Le voyageur cité donne à ce nom une très -grande extension, ainsi qu’on peut le voir par les lignes suivantes : «Le dos d’âne de ces montagnes a près de vingt versles de largeur ; il est composé de granité, et il s’étend des limites de la Mongolie vers la mer d’Okhotsk. » Sur la carte de la Russie d’Asie de Pozniakof ( Dépôt général topographique ), on trouve à peu près les mêmes indications : le lahlonnoï court jusqu’au delà de l’Aldàn; et ensuite, plus à l’est, vers les sources de l’Ougour, affluent de l’Aldàn , commence le Stanovoï Khrébetli , qui serait ainsi la chaîne côtière faisant face à la mer d’Okhotsk. D’après la carte de Y Asie centrale , le Stanovoï serait la continuation immédiate de la première et vraie chaîne du lahlonnoï, au nord de l’ingoda, qui, tendant à rejoindre la Chilka, coupe cette chaîne et en séparerait ainsi les deux parties. Cette manière d’envisager les choses a été adoptée aussi

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