I. Voir sa description, Heise , t. II, p
ASPECT général; orographie.
cette dernière rivière , il s’écria : « Majestueux paysage ! » Dans sa relation, il ajoute cette observation : «Les montagnes boisées qui sont sur le premier plan , au-delà de la rivière , ne paraissent pas plus hautes que le point où l’on se trouve , et elles sont dépassées de beaucoup par les larges et brillantes chaînes qui nous séparaient encore de l’Océan. Un grand nombre de ses sommets étaient ( en avril ) couverts de neige , et tous , par des contours décidés et abruptes , accusaient des murs de rochers nus.»
Plusieurs rivières , la liiélaïa , l’Allakh-Kora , la Ioudoma et la Maïa , toutes affluents de l’Aldàn , sortent de la chaîne pour se réunir à celui-ci , du côté de l’ouest. M. Erman remonta la Biélaïa , qui est la plus septentrionale des quatre, et se trouva partout entouré de rochers de calcaire, dans des forêts de mélèzes. «Dans le dernier tiers du chemin, cette vallée, dit-il, devient de plus en plus âpre et d’un aspect tout à fait alpestre. On reste constamment entre deux murs de calcaire perpendiculaire, sans interruption, et dont la hauteur s’augmente jusqu’à 1,100 pieds au-dessus du lit de la rivière. La roche est coupée, déchirée, par des couches et des crevasses transversales , qui changent souvent très-subitement de direction.»
Une observation intéressante à faire au sujet des cours d’eau que nous avons nommés , est celle - ci. Depuis leurs sources , aucun d'eux n’aurait beaucoup plus de 200 kilom. à faire pour atteindre le Grand Océan : au lieu de cela , ils ont leur pente vers la Léna, ce qui les force à parcourir un espace de 2,000 à 2,400 kilomètres.
Après avoir franchi déjà un passage élevé de plus de 1,100 mètres au-dessus du niveau de la mer , M. Erman arriva au point culminant, appelé par les Toungouses Kapitân , col du Kapitân , que l’on passe à une hauteur de 1 ,260 mètres , et on néanmoins, à la latitude du 61e degré, se trouvent encore des mélèzes. « Tendant que nos rennes se reposaient , dit-il ,
nous jouîmes d’une vue si superbe que je dois regarder ce point comme le plus beau de toute la chaîne de l’Aldàn. 1 » La masse de rochers qui surplombe le passage et le dépasse encore d’une centaine de mètres , n’est plus couvert que de longues barbes de lichen de renne. Dans la direction du sudest, M. Erman vit, au delà de la plaine, s’ouvrir d’autres montagnes , aux deux côtés desquelles se dressaient des murs si abrupts et d’une telle déchirure , qu’on ne pouvait , à première vue, dit- il, les comparer qu’à des vagues roidies par la gelée. Leurs vallées plus éloignées paraissent former trois chaînes parallèles à arête plane , et se dirigeant vers N. N. E.
De Ioudomsk, le voyageur arriva à Kétanda, et non loin de là il trouva le premier ruisseau débouchant dans l’Océan , comme le fait l'Okhola un peu plus au nord , dans une large vallée. Il était encore à la hauteur de 860 mètres, et pourtant il n’y avait guère que 160 kilom. jusqu’au rivage, ce qui annonçait des pentes très-rapides. Au reste, de nouvelles hauteurs, celles qu’il avait vues du col du Kapilàn, étaient encore devant lui, en le séparant de la mer.
En attendant, le mois de mai était arrivé, et le réveil de la nature fut tel , depuis la haute Okhota , que M. Erman avait atteinte , qu’il ne revenait pas de sa surprise. Ce fleuve s’appelle ici Arka ou aussi Okath. «Je garderai toujours , dit-il, bonne mémoire de mon entrée dans la vallée de l’Arka, comme de l’un des moments les plus réjouissants de tout mon voyage , tant la nature me parut soudainement réveillée à une nouvelle vie de son engourdissement hivernal. Nous passâmes sur nos' chevaux l’Arka , et ne trouvâmes plus de glace qu’aux bords ; dans son milieu , son coui's était rapide et faisait entendre un murmure sonore. Son eau lim-
1 . On trouvera peut-être ce jugement peu logique , mais il faut le passer au courageux voyageur, le premier Européen qui se soit aventuré dans tes montagnes d 'Okhotsk , à plus de 9,000 kilom. de Moscou.
ASPECT GÉNÉRAL ; OROGRAPHIE
pide était d’un blanc argentin , et profonde seulemept de deux pieds; dans son fond, on voyait, en immense quantité , des galets de porphyre arrondis et rendus brillants par le poli. Sur les deux bords du fleuve étaient des peupliers et des buissons de saules en pleine fleur , et la vallée en était remplie d’un parfum plus délicieux que je n’en avais jamais trouvé
aux arbres de celte espèce Trois canards voltigeaient
au-dessus de nos têtes, et sur les bords s’agitaient deux petites bergeronnettes noires, de celles que les Russes de ces contrées appellent moineaux noirs ( Ichernoi vorabéï )».
Celle chaîne, sur laquelle nous ne pouvons donner encore que quelques indications , parait séparer , comme le dit M. de Humboldt ', deux régions de l’atmosphère qui diffèrent dans plusiiurs rapports météorologiques.
Au sud, elle parait se rapprocher de la chaîne d’Oudskoï , ainsi nommée de l’Ouda, qui débouche dans la mer d’Okhotsk , et qu’il ne faut pas confondre avec l’Ouda du Baïkal ; à l’ouest, de la choine d ’Ainghinsk, qui a peu de hauteur. Au nord, elle s’avance, d’une part vers la Iana (nord-ouest) et devient le Ianskii Khrébeth , d’autre part, vers l’Indighirka et la Kolyma, où elle prend le nom à'Omékonsk, en se prolongeant à la fois vers le nord et vers l’est. Au sud d’Oinékon, elle forme un nœud puissant, comparable au Kentéï, et c’est en cet endroit qu’elle se retire le plus de la mer, séparée d’elle par une vaste plaine ’. De ce nœud , cette chaîne orientale forme un coude par le pays des Lomoutes et des Koriaks du littoral jusqu’au Kamtchatka , où elle huit par pénétrer.
Entre l’Aldàn et les monts Iansk ou Yerkho-Iausk , M. de Humboldt nomme encore la chaîne d’Oroulgansk, qui, selon lui, court de 0. S. 0. en E. N. E., et s’élève à 3,300 pieds.