‹ L'empire des Tsars au point actuel de la science J. H. Schnitzler Le territoire, tableau naturelChapitre 197 sur 359 · Voyage, l. I, p · texte numérisé non relu

Voyage, l. I, p

hydrographie; bassin du dnièpr.

rapides et écumantes , qui s’échappent avec fracas entre les niasses de granité, succède un large bassin, où le Dnièpr, se divisant en une infinité de canaux secondaires, s’écoule lentement à travers un immense labyrinthe d’iles / plavniksj couvertes d’une brillante végétation de saules, de peupliers et de trembles. Ces conditions hydrographiques , qui jettent tant de grandeur sur les cours d’eau de la Russie méridionale et forment un contraste si frappant avec les plaines uniformes qui les enveloppent, appartiennent à toute la partie inférieure du Dnièpr; ce n’est plus que de loin en loin, sur des espaces très-limités , que les eaux divisées du fleuve se réunissent pour courir dans un seul lit.»

En entrant dans le gouvernement d’iékatérinoslaf, l’ancien Borysthène a reçu , de gauche, l’Orel; plus loin, près du chef-lieu , il a été rejoint , du même côté , par la Samara occidentale, et au delà d’Alexandrofsk , à l’extrémité sud du gouvernement , il reçoit encore la Konskaïa. Dans celui de Kherson , qu’il sépare ensuite du gouvernement de Tauride, l’Ingouletz lui vient de la droite. Mais tout cela sont des cours d’eau peu considérables. Le fleuve lui-même , depuis Alexandrofsk , coule vers le sud - ouest jusqu’à Kherson , où commence, près de hautes falaises d’argile, le limun ou estuaire. Malheureusement pour Kherson , l’entrée du liman dans le fleuve même est peu profonde, et s’ensable de plus en plus. Le liman du Dnièpr n’est pas, le lecteur l’a remarqué sans doute, le premier que nous ayons rencontré. Formés par les fleuves à leur embouchure , ces sortes de baies et de lagunes sont en quelque sorte l'effet de leur alliance avec la mer, dont il résulte une embouchure extrêmement élargie.

C’est à Kherson , ville aujourd’hui un peu abandonnée , sacrifiée à Nikolaïef et 5 Odessa , que les époux Hommaire virent pour la première fois notre fleuve, et ce fut avec en-

ehantement. «C’est seulement dans le voisinage des grandes rivières, disent -ils1 2 3 *, que le pays prend une autre physionomie (que ces lignes froides et sévères de la steppe) et que la vue a enfin le bonheur de se reposer sur des horizons plus bornés, sur une végétation plus verdoyante , sur des accidents de terrain plus prononcés. Parmi ces rivières, le Dnièpr mérite un des premiers rangs, autant par la longueur de son cours que par l’abondance de ses eaux et la profondeur du lit qu’il se creuse à travers les plaines de la Russie méridionale. Mais nulle part5 il n’offre de plus admirables perspectives qu’aux alentours de l’éminence dont je viens de parler (à Doutchina, sur la route de poste de Kherson à Iékatérinoslaf). Après avoir formé une nappe de près d’une lieue de largeur, ses eaux se divisent en une infinité de canaux, serpentant à travers des forêts de chênes, d’aunes, de peupliers et de trembles , dont le vigoureux développement annonce toute la richesse d’un sol vierge. Ces groupes d’îles, jetés capricieusement sur la surface du fleuve, avec leur beauté mélancolique, ont un caractère primitif qu’on ne rencontre guère que dans ces immenses solitudes où l’homme n’a pas laissé de traces de sa présence. Rien en France ne saurait donner une idée de ce genre de paysage.

. . . . Ces plavniks 5 du Dnièpr , rarement entamés par la cognée du bûcheron , ont toute la sauvage majesté des forêts du Nouveau-Monde. On y voit des lacs, des plages de sable, des rivières, des arbres rongés par le temps, laissant pendre dans l’eau leurs branches desséchées, tout ce qui attire, en un mot, les artistes vers les grands lacs de l’Amérique du

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