Voyages , t. V, p
hydrographie; bassin du kouban.
derrière lequel s’étend une plaine basse à perte de vue, presque au niveau du fleuve. C’est ce que j’ai appelé l’ancien golfe du Kouban , qui n’est terminé que par les montagnes du Caucase. Les Tcherkesses occupent ce sol fertile, et leurs villages ne sont qu’à 20 verstes du fleuve. Tout ce qu’on voit de cette plaine est nu comme le plateau que nous avons traversé : il n’y a de bois que le long du Kouban et sur les îles. Le reste du pays paraît avoir été boisé aussi, à en juger par quelques traces d’anciennes forets qu’on voit çà et là ; mais les nomades qui n’ont cessé depuis l’origine de l’histoire d’errer sur ce sol, semblent avoir pris à tâche de le dépouiller de sa parure.
«Jusqu’à Kkatérinodar , nous ne nous écartions pas de la rive du Kouban , que nous côtoyâmes en suivant le bord du plateau glaiseux, qui, chose singulière , n’envoie pas une goutte d’eau pour alimenter le fleuve ; car même les sources qui jaillissent à quelques centaines de pas de la rive vont se jeter directement dans la mer d’Asof. »
Le Kouban', depuis le règne de Catherine II, fleuve limitrophe de la Russie du côté de la Montagne indépendante, a, comme nous l’avons vu (p. 224), sa source dans le Caucase
1. En nog.iï Koumin; en langue abaze, Routine. Le nom de Kouban, quoique talar, s'il faut s’en tenir i une affirmation de Klaprolh, pourrait bien être dérivé de celui A'Hypanit, que beaucoup d'auteurs anciens, auiquels ce dernier était le seul familier pour les fleuves de la Scythie , donnaient par erreur i ce voisin du Don- WHypanit on aura fait Kypanù, Kopa, Kuban , Kouban. Cependant le vrai nom que portait le Kouban dans l'antiquité était Vardanut ou Vanlanes, sous lequel il figure dans la géographie de Ptolémée ( V , 8 ) et chez Ammien Marcellin (XXII, 8). Strabon (liv. XI, p. 49i| connaît aussi le nom de Vardanus et décrit exactement le cours du fleuve ; mais il l'appelle de préférence Anticite ( ’AvTtxeénq; ) , tandis que Ptolémée (lue. cil.) désigne ainsi, mais avec une légère variante (’Arrotirr]; ) une rivière à part. Voir Mannert, t. IV, p. 326 et suiv.; Klaprolh, Voyage, t. I,p. 187 -200. Ce dernier savant parait se tromper quand il dit : • Le Kouban est VHypanis d'Hérodote.» La description donnée de l'Hypanis par le père de l’histoire, quoique confuse, parait mieux s'appliquer au Don qu'au Kouban.
occidental, à une hauteur que MM. Engelhardt et Parrot ont évaluée à 4,246 mètres, sur les confins de ses deux sections, section entre Anapa et l’Elbrouz, et section entre l’Elbrouz et la route du Dariel. Elle est presque au pied de l’Elbrouz même. On dit communément, et nous-même nous avons répété cette assertion d’après Vsévolojski 1 2 3 4 5 , que c’est du Chàte que leKouban descend; mais, sur la grande carte du général Khatof, ce nom est donné comme identique avec celui d’Elbrouz, et ni Klaproth , ni Dubois de Montpéreux , ni Koch , ne font mention du Chàte. Il est le fleuve par excellence des Tcherkesses ou Adighé’, car il arrose , avec tous ses affluents, d’abord la partie orientale de la Kabarda , puis l’Abasie ou Abadza ’, et plus tard il forme la limite entre les terres des Tcherkesses et celles des Kosaks de la mer Noire *. Après s’ètre formé par la réunion de deux ruisseaux , le Koulan et l’Oulukan, le Kouban, renforcé du Khoursouk, coule au nord, écumant dans son lit profondément encaissé, entraînant tout sur son passage entre des masses énormes de rochers. Il reçoit de gauche différents autres affluents, tandis que les eaux sur sa rive droite prennent plutôt leur cours dans la direction de l’est ou du nord1. Arrivé ainsi jusqu’à la distance
1 . Voici ce que dit cet auteur au mot Coubane. « Il sort de la plus haute montagne du Caucase, nommée Chàte. •
2. Sur le pays des Tcherkesses, voir Ch. -Fr. Neumann, Ruttland und die Tscherkessen , Stultg. et Tüb., 1840, in-8” ; Klaproth, Voyage, 1. 1, p. 339 et suiv. ; Dubois , Voyage . t. I , p. 1 02 et suiv. ; Koch , lleise , t. I , p. 26 1 et suiv. ; Bodensledt, Die Volker des Kaukasus , t. Il , p. 37 et suiv., etc.
3. Voir sur elle, Klaproth, Voyage, t. I, p. 2üô; Koch, Reise, t. I, p. 319 et suiv.
4. En russe, on comprend les derniers, avec plusieurs autres peuplades, sous la dénomination de Zakoubanlsy, Transkoubaojens.
5. Vers l'est , d'un coté de l’émissaire du Caucase , et vers l'ouest ou le nord, de l'autre. Le légorlik et le Kalaous, qui sont à l'est de la ramification, ont leur source tout près de Stavropol, de même que les affluents de la Kouraa; et de l'autre côté, le Kirpili et son affluent, le Mal, partent du voisinage d’Oust-Labins-
hydrographie; bassin du kouban.
d’environ 100 verstes de son origine, il décrit la limite du sud-ouest du gouvernement de Stavropol, et approche jusqu’à une faible distance du chef-lieu , qu’il laisse toutefois au nord-est. Là, une ramification du Caucase, en séparant son bassin de celui de la Kouma , le force à se détourner d’abord du côté du nord-ouest , puis tout à fait à l’ouest. Près du pont de Pierre (Kamennoi mosthj , il rencontre les premiers postes russes. Des deux côtés, des rochers inabordables et qui s’élèvent à pic laissent à peine un peu de place pour un sentier. «Après avoir, sous la forme d’un torrent rapide, parcouru, dit Hommaire ', du sud au nord les hautes régions du Caucase, le Koultan, à son entrée (mieux peut-être à son approche) du territoire russe, s'incline vers le nordouest, et s’écoule, ralentissant peu à peu sa vitesse, entre deux lignes de collines qui se prolongent jusque dans les environs de Témichbek (Témijebek). A partir de ce dernier point, le fleuve tournant brusquement vers l’est, creuse son lit à travers une immense plaine (steppe du Kouban) , dont la hauteur s’abaisse insensiblement au fur et à mesure que l’on se rapproche de la mer d’Azow. Au-dessous d’Ekatérinodar s, la capitale des Cosaques de la mer Noire , les eaux du fleuve sont presque de niveau avec la steppe ," dont les plaines , aussi loin que le regard peut atteindre , n’offrent plus qu’un interminable champ de roseaux , où s’embusquent les Circassiens lorsqu’ils veulent surprendre un poste russe, et derrière lequel on aperçoit à peine les premiers chaînons de la branche occidentale du Caucase. » Lorsqu’il est arrivé à lékatérinodar , le Kouban a déjà reçu tous ses principaux
kaïa pour se rendre h la mer d'Asof. Le 'rai bassin du Kouban u’a , sur sa n\c droite, presque aucune largeur.
1. T. III, p. 298. Voir aussi Klaproth, Voyage, t. I, p. 187, et Tableau, p. 37; Koch, fleite, t. I, p. 271 et suiv.
2. Il faut lire lékatMnodar. On ne peut pas affubler un mot russe d'un nom étranger : dar signifie don, présent, et Catherine se dit en russe lékatérina.
affluents , dont Klaproth et M. Koch nous donnent l’énumération complète , mais dont nous ne nommerons que quelques-uns de ceux de gauche, moins insignifiants et qui contribuent aux beautés de la nature d’un pays de montagnes. Ce sont , dans la steppe des Nogaïs , le Petit et le Grand Indjik ou Sil-Indjik , appelés par les Russes le Petit et le Grand Zélentchouk; puis, plus au nord, l’Ouroup, qu’il ne faut pas confondre avec l’Ouroukh , affluent du Térek; et, plus bas, la I^aba , grande rivière qui vient du fond de la Petite Abasie , dont nous avons déjà vu la source 1 2 3 , et dont nous décrirons séparément le cours. Elle se jette dans le Kouban au fort d’Oust-Labinskaïa, à une trentaine de verstes au-dessus d’Iékatérinodar. Un peu plus loin encore , et du même côté , le fleuve reçoit la Chagvacha ou Chahadgacha , que les Russes appellent aussi Biélaïa , c’est-à-dire la Blanche , et qui, comme la Laba, quelle égale presque pour la longueur du cours, descend de la grande chaîne, en arrosant le pays des Tcherkesses. D’Iékatérinodar jusqu’aux approches de Kopyl , le Kouban , devenu très-large et coulant avec lenteur, est renfermé dans un même lit; mais alors, et non pas seulement «à l’entrce de la presqu’île de Tamân» , comme le dit Hommaire’, il se divise en plusieurs bras , qu’on nous paraît avoir mal déterminés jusqu’ici et qui, il est vrai, sont très-confusément indiqués sur les cartes’. Avant d’arriver à Kopyl, le fleuve, en se bifurquant, forme une assez grande île; le bras qui s’en détache du côté du sud s’appelle en tatar Kara Kouban ou Kouban Noir, nom qui se répète et que porte aussi plus haut , au delà de lékatérinodar , un affluent de gauche. A Kopyl même , où passe la