P. 112 et suiv. — Ammien Marcellin, XXII
teaux qui se composent en majeure partie de terre d’alluvion, de sable mêle à l’argile ou aussi de calcaire. Depuis Ostaschkof, dont les alentours offrent encore des traces des formations primitives propres à la région finlandaise des lacs, ces formations. disparaissent entièrement.. Le sol n’en est . que plus fertile : aussi le voyageur que nous venons de citer dit-il du gouvernement de Iaroslavl et des alentours de la ville de ce nom , que le pays est aussi bien cultivé qu il puisse l’être, et qu’il est vanté par les Russes comme le plus riche et le plus riant de leur empire, excepté la Crimée'- Quant aux coteaux accompagnant le fleuve, ils passent fréquemment d’une rive à l’autre; rarement les hauteurs se montrent à la fois sur les deux rives.
Depuis le coude septentrional dont nous avons parlé, le fleuve , devenu le moyen Volga , coule de nouveau au sudest, continue d’arroser le gouvernement de Iaroslavl, et, quand il en atteint le chef-lieu, ville fort ancienne et aujourd’hui prospère, il a déjà parcouru près de 500 kilomètres*. Un peu plus loin, il fait de nouveau un petit coude vers le nord pour arriver à Kostroma et recevoir la rivière du même nom, qui vient de ce côté là, des environs de Sol-Galitch, où les Ouvalli s’interposent entre elle et la Soukhona et partagent les eaux entre deux bassins différents. Kostroma est à l’extrémité occidentale de son gouvernement : en quittant la ville, le Volga reprend la direction de l’est, offrant à Pless, entre elle et Kineschmy, un site si pittoresque qu’un voya-
1 Cependant les grains ne sont plus cultivés avec avantage ici : à leur place on voit d'immenses champs de lin. Voir Gcorgi, Geographische Betchreibung .
etc l. H, P- 890; Muller, t. H, P- 183.
2 Remarquons encore, à propos de celte ville, la mention fréquente de montagnes, hautes montagnes. L'auteur des Mélanges russes ( Rutnsche MitceUen , t I , p. 100) dit qu'elle est située sur et entre plusieurs croupes élevées ( auf und iwischen einigen hohen Bergrücken)-
hydrographie; bassin du volga. 451
geur\ dans son admiration, le compare à ceux des bords du Rhin. A Iouriévetz-Povolskoï *, après avoir reçu l’Ounja, qui traverse du nord au sud le centre du même gouvernement, il se trouve tout à fait vers le midi, mais ne larde pas pourtant à s’infléchir un peu à l’est, direction qu’il suit, avec toutes sortes de méandres, depuis Nijnii- Novgorod jusqu’à Kasan. L’Ounja, comme la Kostroma à l’ouest et la Vetlouga à l’est, a sa source dans les Ouvalli. Elle passe à Makarief de Kostroma, qu’il ne faut pas confondre avec Makarief de Nijegorod , situé sur le fleuve même et où se tenait autrefois la grandiose foire qui , transférée à Nijnii- Novgorod , en 181 7 , est aujourd’hui peut-être la plus considérable du monde entier. Dans le gouvernement de Nijegorod, dont il baigne toute la partie septentrionale, le Volga est rejoint par un de ses affluents les plus importants, et deux autres l’atteignent à la sortie. Jusqu’ici il n’a été question d’affluents importants que sur la rive gauche du fleuve, du côté du nord : maintenant le sud lui envoie aussi du renfort, d’abord l’Oka, belle rivière presque aussi large que lui-même et qui , au moment de le joindre , a déjà fait près d’un millier de verstes de chemin, et ensuite la Soura, qui, un peu plus à l’est, vient aussi de loin. Nous reparlerons de ces deux rivières. La troisième, la Vetlouga, arrive du nord, après avoir arrosé toute la partie orientale du gouvernement de Kostroma.
Arrêtons-nous un instant au confluent du Volga et de l’Oka, à Nijnii- Novgorod, c’est-à-dire au Bas-Novgorod, où tous les ans , au mois de juillet, l’Orient et l’Occident
1. Engelhardt, recueil cité, t. I, p. 108. L’article, très-intéressant, est intitulé : Journal d'un Tovage de Saint-Pétersbourg à Makarief, et se continue dans les volumes suivants.
2. Le nom du Volga est renfermé dans cette épithète qui, sans doute, est abrégée de Povoljskoï. En russe , tout nom se prête à former un adjectif, et la préposition po signifie sur.
viennent se donner la main Ainsi qu’on l’a vu déjà (p. 114), le site en est beau , le terrain très-élevé ; le fleuve , à partir de ce point, a constamment une verste de largeur et au delà. Le kremlin de la ville domine un tableau vraiment imposant : on l’aperçoit de loin , à une grande distance. Oléarius, qui arriva à Nijnii par l’Oka, pour ensuite descendre le Volga , lui donne en cet endroit «4,600 pieds géométriques de large*.* «Ce fleuve est, selon moi, ajoute-t-il, un des plus beaux et des plus grands de l'univers, et dont le cours a le plus d’étendue. . . . C’est pourquoi j’ai pris plaisir d’en observer toutes les particularités, de lieue en lieue et de verste en verste, avec toute l’exactitude possible.» Le même voyageur était aussi frappé de la hauteur des rives du fleuve. En approchant, il dit : «C’est en cet endroit que la rive droite du Volga commence à s’élever petit à petit à une hauteur si extraordinaire, qu’à la voir de bas en haut, il semble que ce ne soit qu’une seule montagne , de plus de 100 lieues d’Allemagne, le long du Volga.» Ces coteaux de la rive droite se continuent au loin. Entre Nijnii-Novgorod et Kasan, dit Ledebour*, avec moins d’exagération', le Volga est bordé à droite de collines qui ont quelquefois 200 à 300 pieds de hauteur et qui descendent par une pente très-rapide vers ce fleuve. De part et d’autre il y a des villages, et ils se multiplient à mesure qu’on approche des
1 . Nous avons décrit la ville et l'emplacement de la foire ( avec un dessin ) dans l'ouvrage La Russie, la Pologne et la Finlande, p. 1 14-130. Quand nous reviendrons sur ce sujet , nous n’aurons autre chose à faire qu’à rajeunir un peu cette description.
2. Voyages, traduction française de Wicquefort (édit. d'Amslerd., 1727), p. 196, avec une carte du cours du Volga. — D’autres évaluent sa largeur à 2,000 pas.
3. Heine durch das AUai-Gebirge , t. I, p. 23. — Sur la rive montueuse (gomdi béreg), qui est ordinairement celle de droite, et la rive de la plaine (lougovoi béreg), voir plus haut, p. 114.
hydrographie; bassin du volga. 453
Villes. Le célèbre botaniste ajoute qu’en hiver, lorsqu’il est bien gelé , le fleuve remplace la route : on en suit le cours sur la glace pendant quelques centaines de verstes. Mais cet accompagnement de la rive droite ne s’arrête nullement à Kasan , il se prolonge jusqu’à Tsaritsyne, où il s’interpose entre le fleuve et son voisin , le Don. Le premier est aussi bordé de collines sur sa rive gauche, comme dans la partie supérieure de son cours, mais seulement par-ci par-là, par exemple au confluent du Sok.
A Nijnii-Novgorod commence le Volga inférieur : c’est donc à celui-ci qu’appartiennent la Soura et la Vellouga, qui s’y joignent par les deux rives opposées. Coulant à l’est, avec quelques détours, et formant partout des îles, il passe à Makarief , berceau de la grande foire , entre , à Vassil , où est le confluent de la Soura, dans le gouvernement de Kasan, y reçoit à gauche la Sviaga, et s’y avance dans la même direction jusqu’à peu de distance du chef-lieu ; car il ne baigne pas lui-même cette ville tatare chère aux souvenirs de ce peuple, ancienne capitale d’une tsarie musulmane, rivale de la grande-principauté de Moscou. Kasan est baigné par la Kasanka, affluent de gauche du Volga, et situé sur un terrain très -inégal et très - pittoresque , à quelques verstes du confluent ’ , terrain autrefois célèbre par ses forêts de chênes *. Là , le fleuve fait son plus grand coude. Arrêté par les dernières escarpes de l’Oural, chaîne dont il est pourtant très-éloigné encore ', il se retourne brusque-
1. Voir La Rutsie , etc., p. 671, où nous avons eu soin d'indiquer aussi les ouvrages k consulter sur Kasan. Ajoulez-y Ennan, Reise, t. I, p. 228-246, et Muller, t. Il, p. 434-446. Relativement à l'altitude de Kasan, voir plus haut, p. 169. D'après Erdmann (t. I, p. 186), elle serait de 50 mètres audessus de l’Océan. Voir aussi Muller, t. Il, p. 324, et plus loin, auchap. V.