‹ L'empire des Tsars au point actuel de la science J. H. Schnitzler Le territoire, tableau naturelChapitre 225 sur 359 · Bergeron , Voyage* . etc. , p · texte numérisé non relu

Bergeron , Voyage* . etc. , p

2. Voir à ce sujet, Hommairc do Hell , t. I, p. 322 et suiv. Sur la profondeur et les crues du Volga, voir Muller, t. Il, p. 544-548; sur les difficultés de la navigation, ibidem, p. 539-544; sur le commerce de la mer Caspienne, ibidem, p. 662-879.

tanières , souvent très-fortes , cette navigation serait impossible sur quelques points. Mais le cours du Volga ne présente nulle part ni cataractes ni passages dangereux par d’autres causes que le manque de profondeur, laquelle cause semble plutôt aller en augmentant qu’en diminuant. Dans la partie inférieure, les ouragans sont fréquents et d’une telle violence qu’il en résulte de nombreux accidents. Les barques ordinaires mettent plusieurs mois à faire le trajet de Tver à Astrakhan, et, à plus forte raison le trajet inverse d’Astrakhan à Tver; il n’est pas rare qu’une saison entière s’y passe. Cependant, aujourd’hui, il existe un service de remorqueurs établi à l’effet de ménager le temps et les forces des hommes. La navigation à la vapeur a été introduite sur le fleuve en 1824, tant sur sa partie supérieure, de Rybinsk à Nijnii-Novgorod , que sur sa partie inférieure, de Nijnii à Astrakhan. Cette entreprise a eu long-temps à lutter contre toutes sortes de difficultés; maintenant elle paraît se partager, avec quelque succès, entre plusieurs compagnies d’actionnaires, qui entretiennent des bateaux en fer, presque plats, d’une force de chevaux qui varie de 24 jusqu’à 250 et au-dessus , et servant , les uns à la remorque , les autres au transport des passagers et des marchandises. De Nijnii- Novgorod à Astrakhan, ces navires, quand les circonstances les favorisent, mettent neuf jours, tout en desservant de nombreuses stations. En 1846, le Volga, bateau fortement chargé et traînant deux grandes barques à la remorque , a fait le trajet de Samara à Rybinsk dans seize jours six heures’. La navigation à la vapeur s’étend aussi à la Kama, surtout dans l’intérêt de Perm et de scs usines.

Le fleuve, généralement calme et souvent limpide, est

1. Voir dans Erman, Archiv , I. VI (1816), p. 715-783, l'article Die Dampfachi/f-Fahrl auf der Volga , traduit du journal russe Sovrémennik, c'està-dire, le Contemporain. .

extrêmement poissonneux, et ses pêcheries sont célèbres*. Montées sur un pied grandiose, elles s’étendent jusqu’à Simbirsk, ville que les grandes espèces ne dépassent qu’exceptionnellement , tandis que les autres arrivent jusqu’à Tver et jusqu’au pays des sources. Ces pêcheries, données à ferme par le gouvernement, sont pour lui, comme pour les particuliers, la source d’un revenu fort considérable. «11 n’y a point en Europe, dit Pallas’, de fleuve aussi abondant en poissons que le Volga, ainsi que les rivières qui s’y jettent et le laïk (Oural). Ils fournissent non-seulement les contrées qui les avoisinent, mais aussi l’empire, d’esturgeons de différentes espèces , de caviar, qui sont les œufs de ces mêmes esturgeons, et d’un grand nombre de poissons plus

communs encore Les poissons qui appartiennent au

Volga et qui n’entrent que rarement ou point du tout dans les rivières qui s’y jettent, sont le grand esturgeon ou ichtyocolle ( accipenscr huso), l’esturgeon ordinaire (accipenser sturio; en russe, ossetr), et une troisième espèce appelée sévriouga et chévriga ; le saumon rouge ( krassnaia riba) et le saumon blanc ( biélata riba). Les espèces un peu plus communes sont le barbeau , le glanis {silurtis glanis , en français silure, en allemand Wels), l’alose, et un autre poisson appelé par les Russes tchekhun (brème à ventre tranchant, cyprin us cultratus).* A ces espèces, il fautajoutei la barbue , la carpe , la lamproie , la truite saumonnée , etc. Il n’y a que l’anguille qui ne se trouve ni dans ce fleuve ni dans aucune des rivières et des ruisseaux qui s y jettent, et

1. Voir sur elles, Gmclin jeune, /!««, t. H. P- 199-216, Pallas, Voyages dans les gouvernements méridionaux, etc., t. I, p. 212-221 ; du même auteur, Voyages en différentes provinces (en 5 vol.), t. 1, p. 199-214 ; Erdmann, Bâtrdge, l. Il, p. 189-198; Muller, t. II , p. 614-634; Hommairc, 1. 1, p. 496- 502, et un travail de M. l'académicien Bær, dont nous avons trouvé des extraits dans le recueil Dax Auxland.

2. Dans les Voyages en différentes provinces , etc., t. I, p. 199.

HYDROGRAPHIE ; BASSI5 Dü VOLGA. 463

pas même dans les lacs du voisinage. Au genre esturgeon appartiennent , outre la sévriouga ou sévrouga ( accipenscr stellatus) déjà nommée, la bélouga et le sterlet ( accipenser ruthenns), celui-ci le plus précieux des poissons d’eau douce, celui-là le plus grand, d’après -Strahlenberg et Muller'; car on assure qu’il pèse jusqu’à 30 ponds (488 kilogr.) et a la longueur de plusieurs mètres. Ces poissons, qui viennent de la mer Caspienne , font des émigrations périodiques et entrent dans le Volga par bandes nombreuses. Ils donnent le caviar (en russe ikra) , dont Muller, avec son inépuisable savoir, nous donne l’historique, depuis le XIVe siècle, où il en est d’abord fait mention dans les relations de voyage.

Il nous reste à décrire les trois principales dépendances du bassin du Volga, le sous-bassin de l’Oka, celui de la Soura et celui de la Kama.

Sous-bassin de l’Oka. — - A lui seul , il est bien plus grand que le bassin du Rhin , et il a presque trois fois l’étendue du bassin de la Loire, car on lui donne environ 330,000 kilom. carr. , et c’est le cœur de la Russie, la Grande-Russie, la Moscovie proprement dite, comprenant les anciennes principautés de Vladimir et de Souzdal, de Moscou, de Riaisân, de Nijegorod, etc. On le voit, historiquement, c’est un terrain classique; il comprend le berceau de la seconde monarchie russe, distincte de celle de Kief et qui a finalement déterminé les destinées de la nation. Économiquement parlant, c’est une des portions les plus fertiles et les mieux peuplées de tout l’empire, le principal siège de son industrie manufacturière, en un mot le noyau de sa force et l’une des sources de sa richesse. La ville de Riaisân est juste au centre de ce sous-bassin, qui a plus de 700 kilom. de lon-

1. Pallas n'est pas d'accord avec eux sur ce point, et, en outre, la bélouga ou la biélouga n’est pour lui que l’esturgeon femelle. (Voir Voyages en différentes provinces, t. I, p. 452.) Hommaire adopte la même opinion.

gueur de l’ouest à l’est , et plus de 660 kilom. de largeur du sud-ouest au nord-est, c’est-à-dire dans la direction du cours de la rivière. Le sous-bassin de l’Oka forme du côté du sud comme un demi-cercle autour du plateau central, qui dépend du bassin proprement dit et principal du Volga. Entouré à l’ouest et au sud des émissaires du plateau central et de celui de Koursk , il a sa pente vers le nord-est, où il est limité par le grand fleuve.

L’OÀa elle -même, si elle n’est pas un fleuve, peut du moins être appelée une grande rivière , car elle a 660 kilom. , sans compter les détours quelle fait, et 1000 kilom., avec ces détours : c’est bien plus que la longeur du cours de la Loire. Sa source , qui a été visitée et décrite par M. de Kœppen 1 , est sur les confins des gouvernements d’Orel et de Koursk , près du village d’Otcbki , dans le district d’Orel et dans le voisinage des sources de la Sossna , affluent du Don, et près aussi de celles du Sem , qui porte ses eaux à la Dessna , et par conséquent au système du Dnièpr. C’est donc entre le bassin de ce fleuve , celui du Don et celui du Volga , que le sous-bassin de l’Oka est resserré. Le premier filet d’eau se montre à quelque distance de la localité appelée Golova Oki, la Tête de l’Oka, à une hauteur de 257 mètres audessus du niveau de la mer Noire, qui est à une distance de moins de 600 kilom. de ce point. Delà , le ruisseau coule du sud au nord vers la ville d’Orel, et, renforcé par celui qui porte le même nom que cette ville, il devient navigable, à environ 65 verstes au-dessous de son berceau. En entrant dans le gouvernement de Toula il reçoit, par sa rive droite,

1 . Slatistinche licite in s Land dcr Donitchen Ko.taken , p. 35 , cl appendices, p. 39-43. — M. de Kœppen cite, h celte occasion, le Ionie V de l'Hydrographie de l'empire Russe, par M. Sluckcnberg, en langue allemande, ouvrage que nous n'avons pas pu encore nous procurer. Il cite, en outre, une Carte hydrographique de la Russie d'Europe, de l'anuée 1846, en russe.

hydrographie; bassin du voi.ga. 465

la Zoucha , déjà grossie dn Néroutch. Sa rive droite est fort élevée. Restant ensuite sur la lisière des gouvernements de Toula et de Kalouga, l’Oka reçoit sur sa rive droite l’Oupa, et continue d’avancer dans la même direction du nord jusqu’au chef-lieu du second, où, après avoir reçu l’Ougra, rivière considérable, venue de l’ouest, elle tourne brusquement vers l’orient, puis au nord-est , puis encore à l’est , en marquant la limite méridionale du gouvernement de Moscou.. Celui-ci lui envoie la Nara, dont le confluent est à Serpoukhof, et la Moskva / beaucoup plus importante , car elle le parcourt dans toute sa largeur, depuis ses conlins avec le gouvernement de Smolensk , en traversant la vieille capitale des tsars, Moscou (en russe Moskva ), dont elle baigne les charmants coteaux V Le confluent de l’Oka et de la Moskva est au-dessous de Kalomna. Celle-ci achève de faire de la première un cours d’eau important, car, après leur réunion, elle a 400 mètres de large s. Alors, en coulant au nord-est, elle semble vouloir se rapprocher déjà de la Kliazma sur laquelle est situé Vladimir, autre ancienne capitale; mais elle change de direction là - même , et coulant au sud - est et au sud , dans le gouvernement de Riaisân , elle va en baigner le chef-lieu et s’avancer jusqu’à Spask’, où elle commence à quitter le voisinage du bassin du Don. Un instant inclinée vers l’est , elle est bientôt forcée de se retourner au nordest, vers Kacimof, chef-lieu momentané d’une tsarie tatare,

1. En attendant que nous revenions de Moscou, In «seconde mère des villes russes», la ville aux seize cents clochers, si l'on prenait à la lettre le quarante fois quarante (sorok sorokofj des Russes, le lecteur ne consultera peut-être pas sans fruit le tableau que nous en avons tracé dans l’ouvrage La Ibttsie, la Pologne et la Finlande, p. 41-89.

2. Sur la nature du pays que l'Oka a parcouru jusqu'ici, voir .Muller, t. Il , p. 207. Cet auteur, par la richesse des détails, se montre le digne disciple de M. Charles Rilter, sans toutefois jamais rebuter le lecteur par un style pesant et embarrassé.

3. Ce nom, dérivé de tpasn , le salut par la foi, est Ires-commun en Russie.

situé entre ce double coude ; et ensuite , après avoir reçu à droite la Mokcha , affluent important qui Aient de l’est et se grossit de la Tsna, un peu au-dessus de son confluent avec l’Oka1, celle-ci reste sur la lisière des gouvernements de Vladimir et de Nijegorod, passant à lélatom et à Mourom. Un peu au-dessous de celte ancienne capitale des Mouromes et des Mères, où l’Oka a déjà 500 mètres de largeur, elle reçoit, à droite, laTioucha, qui vient d’Arzamas, et plus loin, à gauche, la Kliazma, rivière notable, dont nous avons déjà parié, laquelle , venant du gouvernement de .Moscou, arrose dans toute sa largeur celui de Vladimir, dont le chef-lieu, capitale de la Russie quand Kief cessa de l’être et avant que Moscou le devînt, s'appelle Vladimir sur la Kliazma, pour ne pas être confondu avec Vladimir ou Volodimir en Volvnie. Le cours de la Kliazma a 385 verstes de long. Après Vladimir, elle arrose Souzdal, autre vieille ville, jadis le siège d’un prince apanagé. Son confluent avec l’Oka, par suite duquel celle-ci prend un grand accroissement, s’opère à Gorbatof, où l’Oka s’infléchit davantage vers l’est afin de joindre le Volga à Nijnii -Novgorod et former avec lui, sur sa rive droite , ce triangle élevé qui , célèbre champ de foire , est couvert d’innombrables boutiques. I^es coteaux des bords de l’Oka se confondent ici avec ceux de la rive droite du grand fleuve : aussi le site de Nijnii est-il ries plus pittoresques.

L’Oka, rivière d’une eau limpide et plus agréable au goût, plus salubre que celle du Volga, est poissonneuse et importante en outre comme voie de communication. Son cours, assez décidé, ne présente nulle part ni chutes ni rapides qui entraveraient sa navigation , précieuse, comme celle du fleuve principal , pour l’approvisionnement de Moscou.

Sous -bassin de la Soura. • — Il ne se compare pas, pour

1. Voir, dans Millier, t. II, p. 280-283, la description de la Mokcha et celle de la Tsna.

hydrographie; tussix or voi.ga.

l’étendue, à celui dél’Oka, mais son sol est encore beaucoup plus fertile. Car, composé seulement de parties des gouvernements de Penza et de Simbirsk , ainsi que d’une fraction de celui de Nijegorod , il est presque partout pourvu d’un terreau noir qui se passe d’engrais. «Toute la contrée , dit Pallas en parlant de la distance de Saransk à Penza couverte de jolis villages appartenant en grande partie à des seigneurs , offre le sol le plus fertile en blé de l’empire de Russie. Le chêne est le bois le plus commun sur ce terrain gras.» Aussi est-ce des pays de Simbirsk et de Penza, comme de celui de Kasan, que la marine russe tire ses plus beaux bois de construction. «La nature a fait ici, ditle même illustre voyageur, ce qu’elle fera encore à l’avenir, dans toute la province de Penza, pour l’accroissement des plus belles forêts de chênes.» Mais il se plaint aussi très -vivement du gaspillage auquel ces forêts sont livrées, de la dégradation progressive qu’on y remarque; et, en ce qui concerne les habitants, il ajoute : «L’agriculture est tout à fait négligée dans ces contrées, et les paysans vivent, au milieu du sol le plus fertile de l’empire , sous de misérables cabanes enfumées ; ils présentent le tableau hideux de la malpropreté la plus dégoûtante.» Le sous-bassin de la Soura est enfermé entre le grand bassin du Volga dont il dépend, celui du Don, auquel il touche tout au nord du gouvernement de Saratof, et le sous-bassin de l’Oka. Nous n’oserions guère lui donner plus de 40,000 verst. carr. , ce qui n’est qu’un huitième de la superficie de ce dernier. Mais , de même que celui-ci , il a une importance ethnographique considérable. Sans nous appesantir encore sur elle, ici où l’homme ne peut figurer qu’accessoirement, nous traduirons les lignes suivantes de Müller *: «En franchissant la Soura, dit -il, on quitte le pays

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