II voyageait en avril de l'année
técs en terrasses, les maisons à toits en terre, les rochers à cimes aiguës, couronnées des tourelles d’un vieux château , offrent un aspect pittoresque. La vallée est arrosée par le Migri-tchaï, ruisseau considérable.» De là, notre voyageur
arriva au village de Nougadi , où l’Araxe est encore trèsrapide et se heurte avec violence à ses rives escarpées; mais « plus loin, dit-il, il se calme, et sa vallée commence à être coupée d’espace en espace par de petites plaines couvertes d’arbres auxquels se mêlent déjà le figuier et la vigne grimpant sur l’ormeau. On s’aperçoit qu’on est sur la limite d’une nouvelle région.» S’avançant toujours le long de la frontière de la province musulmane de Karabagh, Dubois monte sur une colline au pied de laquelle l’Araxe a son confluent avec le Tchalounder-tchaï : «Superbe paysage ! s’écrie-t-il; on plane sur l’Araxe, qui ralentit son cours en entrant dans le bassin du Karabagh et qui serpente en formant plusieurs îles. Ses eaux troubles et jaunâtres se mêlent aux ondes claires et limpides du Tchalounder-tchaï , qui arrive en se glissant au milieu des buissons et des rizières. Derrière ce confluent se développe une belle plaine couverte de champs de céréales et d’arbres , sur laquelle de petits points noirs indiquent le bétail qui paît. A gauche, derrière l’Araxe, s’élance une haute paroi de calcaire jaunâtre , à trois étages , tapissée de gazon et de genévriers. A droite , derrière les collines de molasse , s’étend toute la chaîne d’Alaghæz ou du Kapan ' , qui , des bords du lac Sévang (Goktchaï), vient barrer l’Araxe. Ses sommets sont couverts d’une neige brillante que percent de temps en temps des pics de diorite très -escarpés et entièrement nus. En avant , des collines arrondies et d’autres à parois escarpées , indiquent les serpentines et le
1. Le Kapan est la prolongation de la chaine de l’Alaghæi vers le sud-est. Sur la carte de Khatof, on a indiqué un district de Kapan dans l'ancienne province arménienne de Nakhitchévan, au sud du Karabagh.
calcaire noir. Dans le fond de la vallée où bouillonne l’Araxe, des montagnes de toutes les formes imaginables, et quelques unes couvertes de neige, se présentent aux regards de l’observateur ; les nuages coiffent leurs cimes. Dans le lointain , les collines s’abaissent au niveau des plaines verdoyantes du Karabagh que traverse l’Araxe.» Bientôt après, le voyageur quitta les bords du fleuve pour se rendre à Choucha, forteresse naturelle presque inexpugnable , ville d’environ 15,000 habitants et qu’on peut regarder aujourd'hui comme la capitale des provinces musulmanes , c’est-à-dire des anciens khanats du Karabagh , du Chirvân et de Chéki
Quant au frère jumeau du Kour dont nous nous occupons, et que nous avons quitté au delà de Migri , il coule , depuis ce point, constamment au nord-est, jusque vers 39° 20'. Les ondulations de terrain de l’Adzerbaïdjân le repoussent vers la steppe de Mougàn. Il y entre , et se trouve ainsi pour la première fois sur le territoire même de l’empire dont jusqu’ici il décrivait seulement la frontière. Mais , tourné presque complètement vers le nord , il ne tarde pas à atteindre la rive droite du Kour, sur la limite méridionale du Chirvân, et alors il confond ses eaux avec celles de ce fleuve, à quelque distance de son embouchure :.
Le fleuve géorgien absorbe l’arménien. Cette dernière > épithète appartient essentiellement à l’Araxe , car il est au centre de l’ancienne Arménie et du vieux peuple de Haïk, fila de Thorgomas Toutes les capitales successives de ce
1. Voir la description qu’il nous en donne, I. IV, p. 73 et suiv. Et sur le Karabagh, surtout sous ie rapport historique, voir ihidem, p. 78 et suiv. Sur la ville de Chémakha et autres , on peut consulter la description des Archives russes d’Erman, citée plus haut, p. 532, note 3; et aussi, mimes Archives, t. VI, 1846, p. 689-693.
î. Comme le dit déjà Slruys, Voyages en Moscovie, en Tartane et en Perse, t. Il, p. 236, c’est à Tzawat, lisez Djavat. Slruys y passa en 1671.
3. Ri lier (t. X, p. 358), en citant Saint -Martin, veut qu’on écrive ainsi ce nom au lieu de Thogarmas.
royaume , si vivace , quoique opprimé par scs voisins , plus belliqueux que ces paisibles marchands , accablé , pressuré , étaient situées à proximité des bords de l’Araxe ou de ceux de ses affluents, ainsi que l’attestent les noms d’Ani , Erovantachad , Armavir et Artachad.
Tels sont les fleuves de la Transcaucasie ou de la première division de la Russie d’Asie.
La seconde division , c’est-à-dire la steppe des Kirghises- Kaïssaks, appartenant au bassin Aralo-Caspicn , ne nous occupera pas longtemps , après ce qui en a déjà été dit plus haut en différents endroits *.
Nous avons notamment déjà indiqué les bornes de ce bassin , la ligne où a lieu le partage des eaux entre la région boréale et celle du midi. Ce n’est pas une chaîne qui le détermine, ce sont de simples rides de terrain, tantôt oontinues tantôt interrompues, des coteaux de sable qui, depuis les sources du Tobol d’une part et celle de l’Emba de l’autre, se succèdent très-modestement et sans apparence , jusque vers la frontière chinoise. A cette espèce de cordon appartiennent l’Ildighi-Syrt et l’Oulou-taou. Les rivières qui coulent en deçà , c’est - à - dire au sud de ce cordon , sont plus nombreuses qu’on ne pense, mais nous n’accorderons une courte mention qu’à trois d’entre elles, l’Irghiz, l’Emba et le Sara - sou.
L’Irghiz , rivière de l’intérieur de la steppe , se forme de différents bras qui paraissent avoir leurs sources au pied oriental des monts Mougod - iars !. Il dépasse , du nord au sud, le 48e degré de lat., et coule alors au sud-est, jusqu’au lac Oulou-Tenghiz , où le lecteur l’a déjà vu (p. 360) terminer son cours.