HYDROGRAPHIE J BASSIN DE L’OBI-IRTYSCH
dans la direction de l’ouest. Elles lui envoient bientôt la Boukhtarma; le confluent a lieu près de Boukhtarminsk , qui est la première ville russe que le fleuve rencontre , le premier fort de cette ligne de l’Irtysch, défense de la Russie contre les incursions des nomades de la Haute -Asie, que Pierre-le-Grand commença déjà à établir et qui se prolonge jusqu’à Omsk. Quelque imposante que soit ici la chaîne de l’Altaï , elle n’a pu arrêter la rivière qui nous occupe et qui n’est encore , au point où nous sommes , qu’un torrent des montagnes: il l’a rompue, et de ce qu’il sort ensuite du défilé où il s’est creusé son lit , comme par une porte dans les rochers , le petit fort qu’il gagne a reçu le nom d’Oust-Kaménogorsk (Bouche des montagnes de pierre) Un peu audessous, à sa gauche, il est rejoint par l’Ablaïkitka, ruisseau qui vient des montagnes d’Ablaïkil, célèbres par leur temple kalmuk, aujourd’hui en ruines, dont il a déjà été question (p. 107); à sa droite’, il reçoit l’Oulba, qui vient de baigner les usines d’argent de Riddersk , puis l’Ouba , rivière également sortie d’un pays riche en minerais et hérissé de glaciers, et dont le professeur de Ledebour* a exploré les bords. Un
1. Voir plus haut, p. 274 et 279. On trouve sur tout cola de grands détails dans le tome II de Ritter : sur le lac Saîsân, p. 635; sur le Narym, p. 664; sur la Boukhtarma, p. 669; sur la frontière chinoise, p. 642, 660-664, 692; sur Oust-Kaménogorsk, p. 705 ; sur les mines d'argent de Riddersk, p. 7 1 1 , sur Séroipalatinsk, p. 790, etc. , etc. — Un livre tel que celui de M. Ritter, tel spécialement que sa Géographie de l'Asie, qui compte déjà une quinzaine de volumes, manque à la Fiance, de même qu'une traduction française manque à la gloire de l'illustre maitre. Mais le traducteur devrait changer complètement l'ordonnance de l'ouvrage et réduire celui-ci à sa vraie substance, en retranchant les simples matériaux qui y sont mêlés. Malheureusement, un pareil travail, qui, bien entendu, ne pourrait se faire qu'avec l'autorisation expresse du savant auteur, est la chose la plus difficile et la plus pénible du monde : pour bien l'exécuter, il faudrait réunir aux qualités de l'écrivain toutes celles que possède M. Ritter, savant incomparable.
2. fiente dur ch das AUai - Gehirge und die Soongorische Kirgisensleppe, t. I, p. 263-280.
peu plus loin, il arrive, après avoir déjà fait en tout 740 kilom., à Sémipalatinsk, le fort des sept palais, ville importante, non par elle-même et ses administrations, mais comme point où convergent les routes des caravanes', comme quartier-général des explorateurs , comme halte entre la steppe et la montagne. En effet , ici le pays change : les accidents de terrain qui exigeaient une description particulière disparaissent ; lirtysch , après avoir eu la steppe à sa gauche seulement, en est bordé aussi à sa droite. Il quitte l’Altaï, et entre dans un pays complètement ouvert. Ici commence l'Irlysch moyen ’. Le fleuve cependant est encore à la hauteur de 360 mètres.
La steppe qu’il arrose dans son cours ralenti , de Sémiiarsk à Omsk, s’appelle steppe de l’Irlysch ; la steppe de Baraba, comme nous l’avons vu, est plus à l’est: entre elle et le fleuve s’étendent les lacs de Tchébakly-Soumy, de Tchany et d’Oubinsk, mentionnés à la page 366. Omsk, presque à égale distance de Sémipalatinsk et deTobolsk, a tiré son nom de l'Oin, affluent de droite de l’Irlysch. Cet ancien chef- lieu d’une province supprimée depuis 1838, est situé au confluent, sur la rive droite de la grande rivière et sur le bord élevé de l’autre. Plus loin , lirtysch , grossi de distance en distance par des affluents plus petits , a déjà 400 mètres de largeur. Après avoir passé à Tara, il reçoit encoi'e Tlchim, rivière considérable sortie du territoire des Kirghises-Kaïssaks et qui donne son nom à la steppe quelle traverse ensuite, avant d’arriver à Pétropavlofsk , à Ichim et enfin au confluent. Un autre, celui avec le Tobol, attend l’Irtysch plus bas, et c’est
t. Pour la roule de Sémipalatinsk à Tasclikent et i Khokand , voir Asie centrale, t. III, p. 380 et suiv.; et pour celle de la même ville russe à Kaschgar, dans le Turkeslan chinois , voir ibidem , p. 362 et suiv. Celte dernière route passe le Kaschgar-Davàn , qui fait partie du Bolor ou Mous-tagh.
2. Sur les pêcheries de l'Irty.-rh supérieur, voir Muller, t. I, p. 255 et suiv.
hydrographie; bassin de l’obi-ihtyscii.
ce confluent-là qui le grossit le plus. Il a lieu, par la gauche, ùTobolsk, chef-lieu du gouvernement du même nom, capitale de la Sibérie occidentale, située à la hauteur d’environ 36 mètres au-dessus du niveau de la mer, en partie sur une éminence , comme Kasan , Moscou et Kicf , en partie dans la plaine qu’on y domine à perte de vue*. Elle n’a que 14,000 habitants, un peu moins qu’Irkoutsk, qui en a 16,700. Tobolsk fut, après Tioumen, la première ville fondée en Sibérie par les Russes. Le Kosak Iermak ne fut plus témoin de cette fondation, car il mourut en 1581 ; mais dès 1587, la nouvelle ville fut érigée en capitale de tout le pays conquis sur Koutchoum-Khan. De Tobolsk à Omsk, il y a 602 verstes; il y en a 560, du côté opposé, jusqu’à Samarova, grand village , où s’opère le confluent de l’Irtysch avec l’Obi.
Il ne nous reste à parler que du Tobol , principal affluent de l’Irtysch.
C’est une rivière de près de 1,000 verstes de long’, comme le Rhin , coulant presque toujours au nord dans un pays extrêmement déprimé, et ne quittant guère la steppe. Il a sa source dans celle des Kirgliises-Kaïssaks , vers le 51e degré de lat. N. La partie asiatique du gouvernement d’Orenbourg est séparée de cette steppe par l’OuI , qui coule de l’ouest à l’est, et sur laquelle est situé Troitzk, à l’est de Verkh-Ouralsk , qui est baigné par le fleuve Oural , au pied de la grande
1. Voir une vue de Tobolsk, dans les planches de l'ouvrage d'Erdmann, et une autre, plus ancienne, dans l'Atlas de Le Clerc. Pour la description, voir Erdmann, Beilràge , t. III, p. 63-92 ; Muller, t. L, p. 270-273; Enuan, t. I, p. 450 et suiv. ; G. Rose, Urine , L I, p. 487-494; Kletke, Alex, von llumboldl'n Keiten in Itussland, t. 1 p. 172-181. M. G. Rose se rendit , avec M. de Humboldt, de Tobolsk à Barnaoul , et il décrit, dans son excellent ouvrage, tout le chemin et tout le pays jusqu’à la frontière chinoise. C'est le guide le plus sûr que l'on puisse choisir. Ledebour, qui le précéda, toucha aussi à Tobolsk, voir son ouvrage, t. I , p. 27 et suiv.
2. Muller , t. I, p. 267. — Voir aussi Karte vom Ural-Gebirge , qui accompagne le Voyage de M. G. Rose.
chaîne. C’est cet Ouï que le Tobol reçoit dans son sein à la frontière , près d’Oust - Ouïska ; puis , coulant un instant à l’est , il marque à son tour la frontière jusqu’à Zvérinogolofsk , où il reprend sa direction vers le nord. Il est alors dans le gouvernement de Tobolsk, passeàKourgân, endroit ainsi nommé des tumulus qui l’entourent, et à laloutorofsk , situé sur la route allant de Catherinebourg à Tobolsk; près de cette ville de district, il reçoit à gauche l’Icet qui s’est grossi du Miass, comme lui venu du versant oriental de l’Oural. Plus loin , aussiàgauche, leTobolreçoitlaToura, grossie de la Pyschma. Au-dessus de Tioumcn , de cette première ville russe en Sibérie, laToura s’est renforcée d’abord duTaghil, et ensuite de la Nitza , sortie comme elle des abords de l’Oural et sur laquelle est situé Irbith ', dont la foire est fameuse presque à l’égal de celle de Nijnii- Novgorod. Après son confluent avec la Toura, le Tobol est encore rejoint, toujours sur sa rive gauche, par la Tavda, grossie de la Sosva, dans le district de Verkhotourié. Enfin , arrivant vis-à-vis de Tobolsk, il mêle son onde pure aux eaux jaunâtres de l’Irtysch , avec lequel, pendant assez longtemps, il semble hésiter à se confondre. Le Tobol est sans chutes, mais souvent peu profond, et constamment navigable seulement dans son cours inférieur. Là il coule avec lenteur dans une terre imprégnée d’alun , ce qui nuit à la qualité de son eau et le rend moins poissonneux *.
1. C’csi une ville de district de la partie asiatique du gouvernement de Pcrm. Voir La llussie, la Pologne et la Finlande, p. G57; l'ouvrage russe Matériaty dlia Statistiki , t. I, 3“' partie, p. 10; Erman, Archiv, t. XI, 1842, p. 108 et suiv., et les voyages d’Erdmanu et d'Erman. L’importance de la foire d'irbith est à celle de la foire de Tiijnii à peu pris comme 3 est à 5.
2. On peut trouver encore quelques détails sur sa profondeur, sa crue printanière, etc., donnés par l'intrépide voyageur Aleiandre Castrén, professeur i Helsingfors, si prématurément enlevé à la science, en 1852, dans le Bulletin historien- philologique de l'Académie imp. de Saint-Pétersbourg , t. III (1847), p. 139 et suiv.
HYDROGRAPHIE ; DASSIN DU IÉNICÉÏ. 553
On le voit , une communication fluviale est établie par la nature elle -même entre l’Oural et l’Altaï, et presque aussi entre la mer Caspienne et la mer Glaciale.
Nous passons sous silence quelques petits bassins côtiers, comme celui du Taz penché vers le golfe de ce nom , pour arriver au second grand bassin de la Sibérie et au second grand fleuve, coulant à peu près parallèlement au premier.
Bassin du Iénicéï. Séparé du premier par la chaîne de Kouznetsk, rameau avancé de l’Altaï et des autres plus orientaux , par les monts Baïkaliques et la chaîne de la Léna ou ce que nous avons appelé chaîne entre Iénicéï et Léna' , il s’appuie, au sud, sur les montagnes Saïanes, et a sa pente au nord vers la mer Glaciale. Il n’embrasse pas, comme on le verra plus loin, tout le gouvernement delénicéïsk, mais en revanche une portion de celui d’Irkoutsk en dépend. Il n’est pas inhabité au sud, et jusqu’à la Toungouska supérieure; au nord, au contraire, il n’offre qu’un désert, sillonné en tous sens par des cours d’eau , mais non susceptible de culture. Serait-il vrai qu’anciennement la population de ces contrées a été beaucoup moins faible ? M. Ritter est de cet avis 5 ; quant à nous , nous n’avons pas de motif suffisant pour le partager ; néanmoins nous croyons utile de consigner ici une observation de M. de llaxthausen, en vue des recherches ultérieures auxquelles on peut , par elle , se laisser conduire. «Dans tout le midi de la Sibérie, ... dit cet économiste distingué * , on trouve des traces d’une population jadis nombreuse et qui a disparu à l’heure qu’il est. D’innombrables tombeaux , ruines et débris d’antiques villes et forteresses
1. Voir plus haut, p. 285, et aussi Ritter, t. Il, p. 803 et suiv.
2. Sur les premiers, voir p. 291; sur la seconde, p. 292 et 309. — Sur les montagnes Saïanes , voir p. 283.