Voir ibidem, cl aussi t. III, p
CLIMATOLOGIE RUSSE
depuis le 57e degré , et ne devient glacial que depuis le 65°. Au delà de cette ligne , les hivers sont d’une longueur et d’une intensité qui ne permettent plus aux hommes le libre développement de toutes leurs facultés. A quelques pieds au-dessous de la surface du sol , on trouve partout de la glace. Le soleil , vers le solstice d’hiver , n’est que quatre heures à l’horizon; mais, en revanche, il n’en disparait presque pas du tout vers le solstice d’été époque de l’année où l’aurore succède immédiatement au crépuscule. Un peu plus de deux mois suffisent à la nature pour produire et mûrir ses dons : pendant ces soixante-six jours, qui, à la vérité, n’ont presque pas de nuit, l’orge et le seigle lèvent, jaunissent, mûrissent et tombent sous la faux du moissonneur. L’hiver occupe presque tout le reste de l’année , et ses froids sont si violents, que le mercure y gèle très-fréquemments.
Kncore plus au sud , on peut admettre celte loi : sept mois d’hiver pendant lesquels il est rare que le mercure ne gèle pas sur plusieurs points ; en juin, des jours de dixneuf heures, en décembre, des jours de cinq heures.
En revanche , la nature répand ses dons les plus précieux sur les provinces qui sont au midi. Tandis que l’orge ne vient pas toujours dans celles que nous avons caractérisées tout à l’heure, les dernières produisent des lauriers, des oliviers, des mûriers, des vignes et des melons en abondance.
Arrêtons-nous un instant sur ces deux extrêmes3.
Dans la majeure partie de la Sibérie, région dont, on l'a vu, une portion considérable défiasse le cercle polaire, le
1. I.i' soleil de mi nuit 'est, pour les habitants des contrées boréales, un spectacle habituel au mois de juin. Voir p. 496.
2. Il faut pour cela 40 degrés de l'échelle centigrade au-dessous de zéro.
3. Voir Muller, Der Vgrische Vulksstamm , t. I, p. 327, 328. Die klimalischen und regelatiren (legemiilse. Voir aussi plus loin , dans le chapitre des productions.
froid est affreux. Au nord de la province de Iakoutsk , les couches de la terre, à une profondeur de 10 à 350 pieds, sont en toute saison plus froides que l’eau à l’état décongélation. Au-dessus du sol, la gelée commence à la fin d’août et n’a pas toujours cessé à la fin de mai. Déjà à la fin de septembre, la Léna a été trouvée glacée à deux pieds d’épaisseur. Pour les habitants de la ville d’Iakoutsk, il n’y a dans l’année que 128 jours exempts de froid. A trois pieds de profondeur, le sol reste perpétuellement gelé, malgré une chaleur estivale qui dépasse souvent 25 degrés centigr. et permet de recueillir en peu de temps le fruit des cultures, dans lesquelles le blé est encore compris*. M. Erman * nous assure que, dans la même ville de Iakoutsk, le thermomètre s’est abaissé, dans un grand nombre d’années et chaque fois pour plusieurs jours, jusqu’à — 53° et — 54° R. On l’a vu, le 25 janvier 1820, à — 58° sur une échelle du thermomètre à alcool corrigée avec soin par le voyageur physicien. Pendant que M. le baron de Wrangel se rendait de Verkho- Iansk à Iakoutsk’, vers la fin de décembre, la température ne monta jamais au dessus de — 40°. «Si, dit-il, par un tel froid , un voyage en traîneau est déjà bien incommode, il devient presque intolérable fait à cheval. Sans l’avoir éprouvé soi-même, on ne se fera jamais une idée des souffrances réelles qu’on a alors à endurer. Enveloppé de la tète au pied dans un épais et raide paquet de fourrures, le voyageur n’a pas la faculté de se mouvoir, et c’est pour ainsi dire seulement à la dérobée , sous son collet d’ours se rattachant à un grand bonnet fourré qui cache toute la figure, qu’il peut respirer l’air extérieur; or celui-ci est si âpre qu’il
t. Ane centrale , l. III, p. 85.