Voir plus haut, p. 1i
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passe certainement la somme de 100 millions de francs. — 11 croit en Sibérie une espèce d’ortie qui peut tenir lieu de chanvre. 1
La pomme de terre n’est encore guère répandue que dans Içs terres du domaine de la couronne : dans celles-ci, on en a semé, en 1812, moins de 1,200,000 tchet vertes ', environ 2,400,000 hectolitres, ce qui est bien peu. Un préjugé populaire s’oppose encore à la rapide propagation de cette utile culture* , dont on peut estimer le produit actuel total à environ 20 millions de tchetvertes ‘ , d’une valeur de 50 à 00 millions de francs. On se livre à cette culture surtout dans les gouvernements Baltiques, dans ceux du centre et du nord.
Les légumes sont cultivés dans les environs des grandes villes, surtout dans ceux des deux capitales; puis en Pologne
1. Nous reproduisons cette assertion, aiusi que celle relative au lin de Valarbie, de notre Statistique générale; mais comme, pour le moment, nous ne trouvons pas à l'appuyer d'une autorité certaine, bous le faisons sous toutes réserves. Le premier chapitre de notre Statistique générale était à refaire de fond en comble.
2. Voir le rapport pour cette année : Aussug au s dem JaJiresberichte des Ministers lier neiehs-lhunainen fur 1 8iî. Nous nous bornons ici à une simple mention; mats ces sortes de rapports, soumis par nous à une étude approfondie , fourniront d'utiles matériaux pour la partie consaci ée à la création de la richesse.
3. Elle commenta au milieu du siècle dernier, et ce fut surtout depuis 1765 qu’elle fit des progrès , grâce aux efforts de la Société libre économique fondée dans cette année-là. Un rapport du ministre des domaines de l’empire pour l’année 1844 constate qu’il y a aujourd’hui, dans la plupart des gouvernements de la Russie d’Europe, au moins un tchetvéïik (25.85 litres) de pommes de terre par tète. Faisaient cependant encore-exception à celte règle les gouvernements d’OIonctz, de Saratof, de Kasan, de Peina, de Perm, de Podolie, d’Orenbourg, de Vialka, deTnuride, de Rberson, d’Iékatérinoslaf, d’Astrakhan , de Stavropol et la province do Bessarabie. C’est dans les provinces Baltiques, en Finlande, dans le gouvernement de Iaroslavl et autour des deux capitales que cette culture est le plus répandue.
4. En France, on en produit jusqu'à 96 millions d'hectolitres. Voir, pour d’autres points de comparaison, notre Statistique de la France, t. 1", p. 366.
et dans le gouvernement de Iaroslavl, où Rostof est renommé sous ce rapport : les jardiniers de cette ville fournissent les contrées les plus éloignées de l’empire de primeurs et de toutes sortes de produits de leurs cultures maraichères. Nous avons déjà dit que les elioux entrent pour une grande jKirt dans la nourriture habituelle du peu [île. — Les melons et les arbouses ou melons d’eau , dont le peuple russe fait aussi une si grande consommation , peuvent également être rangés sous cette rubrique. Le premier de ces cucurbitacées est d’une qualité commune, si ce n’est lorsqu’il provient des cultures maraichères de la capitale; le second, là où on a les moyens d’en arroser les plantations, est d’une grande ressource dans le voisinage delà steppe. Les plus belles arbouses viennent des environs de Tsaritsyne et d’Astrakhan ; on en cultive également dans l’Oukraine, sur le Térek, sur TOural dans le voisinage d’Orenbourg , etc. 11 n’est pas rare que ces fruits charnus atteignent le poids d’un poud (1 0.380 kilogr.).
Le tabac compte parmi les principales productions de la terre dans l’Oukraine, dans les gouvernements de Voronège, de Saratof et de Tauride, où cette culture prospère entre les mains des industrieux mennonilcs et d’autres colons étrangers. La Bessarabie fournit aussi de grandes quantités de tabac. On en évalue la production totale à environ 3 millions de pouds ou 49 millions d’hectolitres, d’une valeur d’environ 8 millions de francs '.
Parmi les fruits, généralement renfermés dans la cinquième zone, ou pour lesquels, du moins, cette zone est la limite septentrionale, les plus communs sont ceux du poirier et du cerisier; mais les espèces auraient besoin d’être perfectionnées. On recherche surtout les pommes de la Crimée, les cerises de Vladimir; les pommes nalivniê, remplies d’un suc transparent, de ce dernier gouvernement et
I. Vuir sur cette production, do Itcdcn, ouvrage cité, p. 122 à 124.
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de celui de Moscou, sont très-estimées, ainsi que celles de Kalouga. Les arbres fruitiers abondent aussi dans l’Oukraine, dans la Lithuanie, en Pologne, dans la Podolie, la Bessarabie, les gouvernements de Penza, Saratof, Astrakhan, etc. Un fruit très- répandu et très-aimc de la classe populaire, c’est la noisette, dont il se fait une consommation prodigieuse. Le midi seulement fournit les noix, les prunes, les raisins, les pèches, les abricots, les ligues, les grenades; les régions transcaucasiennes y ajoutent les amandes, les olives et quelques autres fruits du sud, parmi lesquels M. de Tengoborski 1 range les dattes, que nous ne voudrions citer cependant que pour mémoire.
Mais, sans anticiper sur la suite de cet ouvrage, il faut dire un mot de plus du raisin et de la production du vin*. Les raisins d’Astrakhan, renommés par leur grosseur et leur goût savoureux, forment un article de commerce important, sans être propres à donner du vin. Ce sont la Crimée, le Caucase, le Pays du Don et la Bessarabie, qui fournissent ce dernier produit. Nous avons déjà vu que la Russie possède la contrée qui, selon la Bible, en désaccord formel sur ce point, comme sur tant d’autres, avec la mythologie grecque, est la patrie du vin. Là, en Arménie, de même que dans les provinces géorgiennes et musulmanes du Caucase, la vigne indigène croit sans culture, abandonnée à elle-même; mais ce que la Russie a de bons crûs de vins est de provenance étrangère : les meilleurs sont ceux de Soudak et de Koz en Crimée3, et à ces vins, de même qu’à ceux du Caucase, on mêle encore des vins étrangers. Nous donnerons plus lard
2. M. île Kœppcn a public , en 1832 , nn volume intitulé : De la viticulture et du commerce des vins en Russie (O vinodélii i vin nui lurgnvlè v' llossii) , xvn et 263 pages in 8°, avec 4 tableaux.
3. Ces noms peuvent nous laisser indifférents, nous autres Français; mais en sci a-t-il de même à l'avenir de ces autres noms, vius du BeUtek, vins de l’Alma ?
l’historique de cette culture, à laquelle les Russes attachent le plus grand prix. Quant à son résultat, on l’évaluait, il y a dix ou quinze ans , à 4 millions de védros , ce qui ne faisait que 488,000 hectolitres, auxquels la Caucasie et la Transcaucasie contribuaient pour la plus grande part; mais d’après les données les plus récentes, on arrive aujourd’hui jusqu’à 7,500,000 védros ou 915,000 hectolitres', et, après le gouvernement de Stavropol, c’est la Bessarabie qui en fournirait le plus. Le contingent de la Crimée se serait élevé de 300,000 à 850,000 védros*, 103,000 hectolitres; celui du Pays des Kosaks du Don à 250,000 védros, 30,500 hectolitres. Pour ce dernier, il faut consulter le Voyage de M. de Kœppen 3 ; au sujet de l’autre, plus important, écoutons un instant un homme qui se connaît mieux encore en vignobles, Dubois de Montpéreux, de Neufchàtel en Suisse4: «La côte méridionale de la Crimée, dit-il, composée d’une base haute et étroite de scliisle, qui est couronnée d’une muraille de rochers calcaires, s’élève rapidement, et les vignobles, étalés sur les pentes très-inclinées qui regardent le midi, sont travaillées par terrasses et par murets comme à Neufchàtel et dans le pays de Vaud. Par conséquent, la couche fondamentale du sol étant fortement penchée, il
Ces lieux désormais si célèbres n'étaient renommés jusqu'ici que par leur beauté et leurs fruits exquis.
1. En France, on récolte annuellement de 36 à 40 millions d’hectolitres de vin. Pour d’autres points de comparaison, voir notre Statistique de la France, l. III, p. 346 et 364.
2. Il faut, en Crimée, 40 ceps de vigne pour donner un védro; cela n’alleste pas une très-grande fécondité ou une grande beauté des grappes.
3. Reise , p. 228-236 , où se trouve aussi un court historique de celte culture. Voir en outre l.a Russie, la Pulogne et la Finlande, p. 488, et Clarke, Voyages, t. I , p. 302.
4. Voyage autour du Causase, t. V, p. 330-349. Sur le vin du Caucase, voir le même , t. 1, p. 284 et suiv. , 388; t. III, p. 178 , 247 , etc. , etc. On peut encore consulter, sur le vin de Crimée, Kohl, Reisc, t. I, p. 201.
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arrive que le cep est, pendant l’hiver, abondamment fourni d'eau, par une multitude de sources qui suintent ou se glissent sur le schiste, et qui font de la surface du sol une espèce de marais incliné. Mais dès que la sécheresse arrive, l’eau disparaît entièrement, et le cep se trouve à sec ; les ravins nombreux qui coupent profondément le schiste, contribuent beaucoup à soutirer l'humidité du sol. Le raisin est retardé par la sécheresse et les grandes chaleurs qui sont ordinaires sur la côte , et ne se développe bien qu’avec les pluies de septembre. Retardé ainsi et recueilli très-tard, il perd sa qualité de vin fin. Où croissent ensemble la vigne et l’olivier, le vin perd de ses qualités délicates, qui distinguent les vins de France, de Suisse, du Rhin, et l’on n’a jamais parlé des qualités éminentes des vins d’Espagne ou d’Italie, qui n’entrent pas dans la catégorie des vins aimés des gourmets.
«Telles sont les conditions générales de presque tous les vignobles de la côte méridionale. Je n’en excepterai que celui d’Alouschta , heureusement placé, comme celui de Soudak, au fond d’une vallée que la sécheresse ne peut jamais entièrement atteindre.
«Ces considérations générales sont confirmées par l’expérience : tous les vins des nouvelles plantations de la côte ont une tendance à prendre le goût de vin d’Espagne ; le blanc en prend la teinte, et le rouge perd de son bouquet. Cependant, ce n’est pas faute de choix dans les cépages , car la majeure partie des vignobles sont composés de cépages originaires de Bordeaux, de la Bourgogne ou du Rhin
«Le raisin qui parait avoir le moins perdu de ses qualités primitives par le changement de climat, c’est le rissliiig des rivesduRhin.On l'a propage surtoutdans la vallée d’Alouschla, où un sol schisteux, mêlé de particules calcaires et de dé-
Iritus (lu grès de lias, plus léger et moins exposé à la sécheresse que celui du reste de la côte, parait lui convenir et lui rappeler les qualités du sol primitif.»
Begne animal.
La même diversité se retrouve dans le règne animal, et même parmi les animaux domestiques; car la Russie joint à nos espèces ordinaires le chameau dans les régions du sud, elle renne au milieu des neiges et des glaces des contrées polaires, où le chien devient une hèle de trait à défaut du renne, quand la subsistance de celui-ci n’est plus assurée. Plusieurs espèces d’animaux domestiques sont en quelque sorte doublées par des espèces analogues , encore à l’étal sauvage, comme le cheval et l’âne, par le djiggetaï et l’onagre; le bœuf, par le buffle et l’urus; le mouton, par l’argali; la chèvre, par la gazelle et le tuuri, etc.
Que les animaux domestiques se rencontrent souvent , dans l’empire, pur très-grandes masses, cela est, on le comprend, une conséquence de la vie nomade qui est encore celle de différents peuples qui en relèvent, tels que les Kirghiscs, lesKalmuks, les Baschkirs, les Bouriates, etc., peuples essentiellement pasteurs. Parmi eux, le troupeau d’une seule famille se compose de 30 à 40 chevaux, de 15 à 20 tètes de gros bétail, de 100 moutons, de 4 à 0 chameaux, de 20 à 50 chèvres ; celui d'un homme riche comprend 2,000 chevaux, quelquefois 4 ou 5,000, et les khans en ont jusqu’à 10,000; plus de 100 chameaux, 3 à 400 tètes de gros bétail, 2,000 moulons et plus de 1,000 chèvres.
D’après un recensement fait en 1848, il existe, en Russie, plus de 15 millions de chevaux, et dans ce nombre la steppe des Kirghises-Kaïssaks n’est pas encore comprise1. Le gou-
1 . La Franco possède moins de 3 millions rie chevaine Pour d'autres points de comparaison , voir notre Statistique de la France, t. III, p. 355.
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vcrnement d’Orenbourg est relui de tous qui en possède le plus , 407,000 ; après lui vient celui de Voronège , avec 281,000. Il n’est pas si pauvre cultivateur qui n’en possède pas au moins un , souvent plusieurs. Ces chevaux ne sont pas tous de la même race : il y en a de grands et de petits, et les nombreux haras , entretenus nommément chez les Kosaks', ont amené un perfectionnement incontestable. Le cheval kirghise et le cheval kalmuk, entre autres, sont trèsestimés. Le premier , un peu plus élevé que le second , est, comme lui, vif et fougueux. Cependant, la race la plus répandue dans l’intérieur , au nord et à l’ouest de l’empire , est petite de taille et sans apparence ; si l’espèce n’est pas chétive, elle déplaît par seà formes, une poitrine large, un cou long et maigre , une tête moutonnée , etc. Mais tous ces chevaux sont agiles, vigoureux et endurants comme leurs maîtres.
L'âne n’est répandu qu’en Tauride et sur le côté oriental du Caucase, par exemple autour d’Akhti. Le mulet joue un grand rôle à Tiflis.
Le djiggetai ’ ou cheval sauvage ne se trouve en Russie qu’un à un, tandis que, dans la Mongolie, on le rencontre par bandes ordinairement composées d’un cheval entier, d’une douzaine de juments et d’un certain nombre de poulains, tous protégés et gardés par le premier. «Le djiggetai, dit Pallas, n’est ni cheval ni âne; sa conformation prouve qu’il est une espèce particulière qui tient des deux comme
1. Voir plus haut, p. 415, noie 1. — On assure que dans le seul gouvernemenl de Voronège, il existe jusqu'il 80 établissements pour le perfectionnement de l'espèce chevaline. Voir aussi sur le cheval russe, Possart, t. I, p. 75.
2. Ce nom, d’après Pallas (Yugages , t. IV, p. 305 et suiv.), signifie Longueoreille. Le même naturaliste l'appelle aussi hémi-ono», demi-ànc, et croit qu’il était déjà connu sous ce nom d'Aristote, de Théophraste et de Pline. Xalurgetchichle mil Beschreibung des wilden llalbesels Dshiggelaï , dans Neue Nordise.he Beilrâge, t. Il, p. 1-22.
le mulet. C’est pour cette raison que Messerschmidt l’a appelé mulet fécond (muius dnuricm fœcundus). Ce bel animal, d’une structure line cl élégante, est si rapide à la course que le meilleur de nos coursiers ne saurait jamais l’atteindre.» Sa grandeur est celle d’un mulet de taille moyenne ; son pelage est d’un jaune pâle; son cou ressemble un peu à celui du cerf, et il a la tète plus grande que le cheval ordinaire. Les Mongols et les Toungouses lui font la chasse; mais on a de la peine à le tirer, car il est rusé, a l’ouïe fine et se met en un clin d’œil , grâce à sa vélocité , à une grande distance du chasseur. «On ne doit pas, dit encore Pallas', le confondre avec l’âne des steppes, nommé kouldn parles Kirghises occidentaux. Les détails certains que je me suis procurés sur ce dernier, m’ont convaincu qu’il était l’âne sauvage, l’onagre des anciens.» Au reste, le koulàn ne se trouve point en Russie : évitant le froid et l’humidité, il ne va pas au delà du 48° de latitude.
Le chameau est entretenu en Crimée, dans les gouvernements d’Astrakhan et de Slavropol, et dans la Transcaucasie. Laid dans ces dernières contrées, il est d’un plus bel aspect dans la première, où il n’est guère employé cependant que comme hèle de trait, et c’est ainsi qu’on le voit souvent apparaître dans toutes les provinces du sud. Les Nogaïs mangent aussi sa chair. Il est à deux bosses’ : ce n’est donc pas le dromadaire, comme on lit dans certaines relations. Les Kirghises attachent sur le dos de cet animal de part et d’autre des paniers. Hans la steppe des Kalmuks, Hommaire de Hell en rencontra, de temps en temps, des troupes de plus de 500, qui broutaient en liberté une herbe courte et épaisse. Parmi ces enfants du désert , dit la compagne du
1. Voyage », ibii.; voir aussi Neue Korditche Beilràge, t. Il, p. 22-A0.