I.ES EAUX DE LA RUSSIE
fait déjà partie du territoire des Kirgliises-Kaïssaks , ou , si l’on veut, de la Russie. La première baie que l’on rencontre sur la cèle de ce territoire, est le Kolchak-Koullouk, à l’entrée duquel est l’ile de Koulali, une des plus grandes de celte mer; la seconde est le Mertvoï-Koultouk, dont il a déjà été parlé.
Les îles , si nous faisons abstraction des bancs de sable , sont toutes le long de la côte : il y. en a surtout beaucoup aux bouches du Volga, et en général sur tout l’espace entre l’embouchure de l’Emba et du Térek. Nous ne dirons rien de l'ilc de Saliàn, au nord de la baie de Kisil-Agatch 1 2 : formée par les bouches du Kour, elle serait la plus grande de toutes, si elle était une île proprement dife et ne faisait pas partie du continent. Nous nommerons comme l’ilc la plus étendue avec Koulali, celle deNephtianoï ou de laNaphte: c’est celle que le professeur Eichwald décrit sous lu nom de Tchélékàn*. Située à l’entrée de la baie de Balkhan , au sud du cap f Krassnovodsk , elle fait partie d’un groupe que forment avec elle l’He Ogourtchine s et celle du Derviche. Ces îles ne sont nullement fertiles, comme le dit Vsévolojski, et lesTroukhmènes n’y viennent pas chaque année semer du froment, du riz , et cultiver le coton. Ils y habitent , au nombre d’un millier, dans les kibitkes, et font le commerce de la naphte et du sel , qui sont à peu près leur seule ressource et celle de leur chef. Ce chef, qui a le titre d’agha, est, dit M. Eichwald‘, sous la domination russe, quoique ces îles dépendent du territoire de Khiva. Les îles Ogourtchine et du Derviche
1 . Elle est indiquée (ont différemment sur la belle carte de Kicpert et sur celle de Khalof ou celle d’Eichwald. — Voir Ilassel , ftussic d'Asie , p. *69.
2. Elle figure aussi sous ce nom sur la carte de H. Kiepert et Ch. Ritter. Mouravief, Voyage en Turcumanie et à Khivd, p. 59, connaît lesdeui noms.
fl. Non pas Orouptchinsk , comme écrit Adrien Guibert.
-i. Periplu» , 1. I, p. ,295.
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nourrissent du bétail ; quelques chameaux paissent sur celle de Dagada, d’ailleurs stérile et hérissée de trois montagnes assez hautes. Devant les bouches du Volga, et non loin de la Quarantaine , se trouve l’ile inhabitée de Tchétiri-Bougra (des Quatre Collines), avec un phare , nécessité par le voisinage du banc de sable Rakoucha. Devant le cap d’Agrakhan est le groupe des îles de Tchelchen, Ouga et Popova, et près du cap d’Apchéron sont les îles Sviatoï (Sainte) , Jitoï (Habitée) et Lébiajeï (des Cygnes) , formant également un groupe. Enfin , un peu plus au sud , sont les îles Svinoï ou des Cochons , et , au-devant de Saliân , les îles du Kour. Nous mentionnerons encore l’écueil des Deux Frères (Dva BralaJ, qui sont à l’entrée de la baie de Belghinsk, au nord de la presqu’île d’Apchéron. Ce sont deux rochers à fleur d’eau. De loin , dit Vsévolojski , ils ont l’air de deux quilles de vaisseaux renversés. La mer étant très-profonde en cet endroit , on peut s’en approcher de très-près.
Les fleuves ou ruisseaux, du territoire russe, qui se jettent dans la mer Caspienne sont l’Oural , le Volga , la Kouma, le Térek, le Koï-sou (ou Agrakhân) et le Soulak, le Samour, leNizabad, et le Kour. On peut y ajouter l’Emba et le Saghiz,qui arrosent le pays des Kirghises-Kaïssaks. Ces affluents charrient beaucoup de sable, ce qui contribue à les rendre, ainsi que les côtes, de moins en moins navigables.
Par le Volga et grâce aux canaux qui font partie du système de ce fleuve, la Caspienne, nom qui est devenu générique , est en communication avec l’intérieur de l’empire , avec Saint-Pétersbourg et avec la Baltique.
Le meilleur port russe, sur ce bassin intérieur, est Bakou, mais le plus fréquenté est Astrakhan. A Bakou, les navires peuvent jeter l’ancre tout près de la ville , sur un bon fond de sable et de coquilles. 11 faut seulement , selon une ob-
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servation de Vsévolojski , prendre garde en y entrant, à quelques rochers et bancs de sable assez dangereux. On trouve encore un bon port à l’extrémité de la presqu’île de Mapghischlak. Derbent n’a qu’une rade , et il y en a une autre à l’embouchure du Nizabad.
La mer Caspienne, dit encore Vsévolojski, peut être considérée comme une source inépuisable de richesses pour la Russie, par l’énorme quantité de poissons de toute espèce qui s’y pèchent. Son poisson est préféré , par sa qualité , à celui des autres mers qui baignent cet empire; il s’en exporte annuellement, ainsi que du caviar, de la colle de poisson, etc., pour plusieurs milliers de roubles'. En parlant de poissons « de toute espèce » , cependant , l’auteur russe cité . se trompe : la plupart se renferment dans les genres esturgeon1 2, perche, saumon, carpe, mal et gobie. Ici plaçons l’observation d’un voyageur français , M. Ménétriés. Selon lui , à l’exception de quelques espèces de gobius , tous les autres poissons qu’on pêche dans la mer Caspienne vivent ailleurs dans l’eau douce. Il en est de même de plusieurs insectes aquatiques. « Il est vrai » , ajoute-t-il, « que les eaux de celte mer sont moins salées que celles de l’Océan ; j’aurais cru néanmoins que l’amertume qui les caractérise, aurait dû être un obstacle à la présence de ces animaux. » Outre les poissons , continue Vsévolojski , on trouve encore dans la mer Caspienne beaucoup de veaux marins * , et les côtes sont couvertes, en tout temps, d’oiseaux aquatiques de dif-
1. C’csl trop peu dire. M. l'académicien Bær évalue à A millions de roubles- n assignats ou autant de francs la valeur de la pèche; on obtient environ 120,000 ponds de caviar (en russe ikra), œufs d'esturgeon qui donnont un mets trèsrecherché.
2. Selon M. Bær „ Hausen , Store, Sewrugen. Il ajoute Schonfische, espèce A'accipenser.
S. Sur les phoques de la nier Caspienne, phoca raspica ou phoca vitulinus, voir Asie centrale, de A. de llumboldt, t. Il , p. 516.
férentes espèces el de variétés encore peu connues en Europe. Les joncs qui couvrent ses bords vers le Térek et Kizliar, donnent asile à quantité de sangliers, et l’on trouve sur les côtes du Mazandéran une espèce de tortue fort grande, car elle a souvent plus d’une archine de long sur une demie de large.
Les hivers, sur cette mer, sont habituellement rudes, et elle gèle dans toute sa partie septentrionale : on ne peut approcher d’Astrakhan que vers la fin d’avril. Sur d’autres points les glaces sont moins persistantes, et de vastes espaces en restent souvent exempts.
On a remarqué que la vaste nappe d eau dont nous nous occupons était sujette à des alternatives d'accroissement et de diminution 1 : cela dépend sans doute de la masse d’eau plus ou moins considérable que lui apportent les fleuves , qui, de temps à autre, se dessèchent, et du plus ou moins d’évaporation de la mer suivant la chaleur plus ou moins forte de l’été. Le mouvement de diminution est celui qui devient de plus en plus sensible : le niveau de la mer s’abaisse petit à petit, malgré le tribut que lui apportent tous les cours d’eau qui y débouchent et dont nous n’avons nommé que les principaux. Aussi quelques savants modernes, ont-ils, à l’exemple d’Aristote, crû pouvoir expli-
1. M. Eichwald ajoute foi A cette observation (voir Peiiplus , t. I, p. 20-1, 2B5 ) , qu’il nous apprend avoir été faite entre autres dans le golfe de Balkhan el sur les rochers qui sont dans le voisinage de Bakou. M. A. de Hmnboldt (Asie, centrale, t. II, p. 28-i) parle aussi de ce qu’on rapporte à ce sujet, mais sans être tout à fait affirmatif comme M. Eichwald. * Aucune série d’observations exactes et bien dignes de foi, dit-il, n’a été faite jusqu’ici. L’existence dos changements est indubitable , mais noil la succession régulière des crues el des baisses.» Hommaire de Bell (t. III, p. 251) nie le fait d’un exhaussement et abaissement progressif, et il explique (plus haut) par l’évaporation l’équilibre qui ne cesse de se produire, malgré les grandes masses d’eail que les fleuves amènent. C’est ce fait qui a donné origine A l’idée d’un gouffre par lequel s’écouleraient dans le I’ont- Euxin les eaux surabondantes de la mer Caspienne.
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quer le fait par un gouffre, au moyen duquel s’établirait une communication souterraine avec la mer Noire.
M. A. dcHumboldt, en plusieurs endroits de son livre sur Y Asie centrale' , parle de la « vaste concavité du bassin caspien». En effet, rien n’est plus curieux que la dépression du sol , moins grande peut-être qu’on ne le supposait, comme le veut llommaire de Ilell , mais cependant réelle , remarquée dans tout le pays qui s’étend du fond de la baie de Taganrog aux bouches du Volga, et surtout le long du Manytch et le long du lac Bolchoï llmen, que cette rivière de la steppe traverse. Voici ce qu’on lit déjà dans le vieux l’allas, le Saussure de la Russie, comme on l’a appelé quelquefois , à l’endroit de son grand ouvrage où il décrit le cours inférieur du Volga 1 et où il signale quelques ondulations de terrain. «Celte élévation subite du terrain, ces pentes en sable qui terminent vers le steppe le haut pays , les baies et les1 promontoires qu’il forme, cl plus encore la nature saline de la lande , qui est constituée de glaise et chargée de coquillages dans sa superficie , tous ces objets réunis , fournissent une vaste carrière aux conjectures des géographes sur l’ancien état des steppes du Kouman5, du
1. T. I , p. C i , L II , p. 144. 146. 233. 288. Avant lui, M. Ch. Hitler avait parlé de la Kaspische Seetiefe , voir Die Erdkiinde vun Asien , dans sa grande Géographie, t. VIII, p. 9. Voir aussi Klaproth, sur la même question, dans VÀsie centrale, t. II, p. 250 et suiv. , et Fr. Parrot, L’eber den llühenunlerschied und etwaiyeii friiheren Z isammenhang des schwanen und kaspischen Mecres, dans Heise ti/m Ararat, t. II, p. 12-36; Goehel, Reine, etc., t. Il, p. 187, dans un chapitre intitulé : Barometrische Messungen xwischcn dem Kaspischen und Schwanen Meere. Celte même dépression de terrain que Al. F.-ll. Muller appelle die kaspische Steppenniederung , est regardée par cet estimable savant comme la véritable limite naturelle entre l’Europe et l’Asie. Voir son ouvrage Der Vgrische Volksstamm , t. I, p. 204. Voir aussi p. 26.