‹ L'empire des Tsars au point actuel de la science J. H. Schnitzler Le territoire, tableau naturelChapitre 4 sur 359 · kiloraèti es carrés · texte numérisé non relu

kiloraèti es carrés

INTRODUCTION

continuité et dont la longueur (avec une largeur qui y correspond) est telle, que les deux points extrêmes (ce sont aujourd’hui Kalisch et le port de Pétropavlofsk au Kamtchatka) sont séparés entre eux par une distance de quatorze mille kilomètres. Quand le soleil est levé sur la frontière orientale de cet empire gigantesque , la frontière occidentale reste encore longtemps plongée dans les ténèbres ; quand il est trois heures du matin à Kalisch, l’après-midi a déjà commencé à Pélropavlofek '. Si ces deux points extrêmes étaient réunis entre eux par un chemin de fer et que l’on y avançât à la vitesse de trente kilomètres par heure, il faudrait encore mettre plus de dix jours pour arriver de l’un à l’autre , en voyageant jour et nuit.

Défalquons, si l’on veut, de l’étendue totale ces vastes régions qu’un climat meurtrier rend inhabitables, et ces déserts à perte de vue à peu près inhabités encore, et que l’on doit , jusqu’à nouvel ordre , regarder comme des possessions comparables tout au plus , et au climat près , à la Guiane ou au Sénégal, pour ne pas dire au Groenland et au Spitzberg; retranchons -en , indépendamment de l’Amérique russe, toute la moitié septentrionale de la Sibérie, ainsi que celle de la Finlande et du gouvernement hvperboréen d’Arkhangel, il restera toujours plus de treize millions de kilomètres carrés, une superficie qui dépasse celle de l’Europe entière de plus d’un tiersjunesuperficie plus grande que celle des États-Unis, qui semblent destinés à partager un jour le monde avec la Russie*; plus grande encore que

1. Si l’on fait entrer l'Amérique russe dans le calcul , la différence de temps totale entre les points extrêmes opposés ne reste meme pas au-dessous de quatorze heures.

2. D'après M. Engelhard! (Dieteriri, p. 301 1, les États-Unis ont une superficie de 11G,717 milles carrés d'Allemagne , ou de un peu plus de 8 millions de kilomètres carrés. Mais conformément aux dunnées américaines les plus réceutcs, qui

INTRODUCTION

l’empire Chinois, qui dort dans son formalisme*; plus grande enfin même, comme nous l’avons vu, que l’immense empire Britannique.

Au demeurant, même ces régions dont on voudrait faire abstraction, ne sauraient être sans intérêt pour nous, amateurs de géographie physique , végétale , animale , etc. ; car elles sont loin d’être improductives sous ces différents rapports , elles ont leur place distincte dans le grand tableau de la nature, elles sont le théâtre de phénomènes particuliers , et ne peuvent même pas être regardées comme tout à fait nulles sous le rapport de la création de la richesse , puisqu’elles sont hantées par les grands mammifères marins et qu’on s’y livre à la chasse des hèles à fourrure.

On le voit , et nous ne le disons pas sans appréhension , c’est une vaste tâche que nous abordons. Décrire la Russie, c’est décrire plus d’un septième du total des terres de notre globe, avec les mers qui les entourent de plusieurs côtés; ce n’est presque plus faire de la géographie spéciale , c’est se lancer comme dans un océan sans bornes. Les études même de toute une vie penchée vers son déclin pourront-elles y suffire ?

Qu’on nous permette, non d’indiquer les éléments de celte tâche , — car le présent volume ne doit pas réaliser toutes les parties d’un tel programme , — mais de résumer toute l’importance de la Russie pour les sciences et pour les affaires, même en dehors de la politique, dans quelques lignes consignées dans un de nos premiers écrits sur cette inépui-

tienuent compte des dernières cessions faites par le Mexique, on peut porter aujourd'hui cette superficie jusqu'à 9 millions de kilomètres carrés.

1. Le savant Balbi , toujours , il est vrai , un peu porté à l'exagération, donne à l'empire Chinois, avec toutes ses dépendances, une étendue de 14,000,000 de kilomètres carrés; mais les calculs de M. Engclhardl (Dieterici, MiUhrUungen , p. 287) la réduisent à 231,021 milles carrés d’Allemagne, c'est-à-dire, à un peu plus de 12,700,000 kilomètres carrés.

INTRODUCTION

sable malière. La Russie, avons-nous dit, ne serait pas un des plus puissants empires du monde, qu’elle fixerait encore l’attention de tous les hommes studieux , attentifs au développement de notre espèce , et jaloux d’en suivre l’histoire jusqu’au point où des' nuages impénétrables et immobiles se placent entre eux et son berceau. N’est ce pas enRussiequ’il faut chercher les premiers fils saisissables de la grande migration des peuples ? N’est-ce pas de la mer Noire, du Caucase ou de l’Oural que sont venus les Goths , depuis maîtres de la Scandinavie; les Slaves, répandus aujourd’hui du Kamtchatka jusqu’à l’Elbe d’une part et jusqu’à la Morée et l’Adriatique de l’autre; les Huns, que la France elle-même a vus dans les Champs catalauniens ; les Avares, dont Charlemagne a rompu les anneaux ; les Madiars , sous le sabre desquels se sont courbées les populations slavonnes de la Hongrie et de la Transylvanie; enlin les Turcs, dont les frères aînés, les Petchénèghes, les Komans et les Ouses, sinon les Khazars, devinrent, après avoir succombe, les auxiliaires des Mongols et des Talars? Quel autre pays offrirait au linguiste ce mélange de races, ou plutôt de familles ethnographiques, et de langues, propre à celui où les hommes expriment leurs pensées dans tant d’idiomes différents, leslavon, le letlo-lithuanien , le finnois , le turc ou tatar , le mandchou , le samoiède ou khasova, le grec, le rouman, sans parler des nuances qui, dans ces grands éléments ethnographiques, différencient encore le langage , les costumes , les mœurs et les institutions? Où l’historien de la nature trouverait-il, comme là, réunies les productions de tous les climats , le coton et la mousse d’Islande , les fruits du sud et le chamœrus norvégien , le vin et l’eau qui coule des bouleaux ; puis le renne et le chameau , l’ours blanc et le chacal ; puis encore , l’or , le platine, les pierres précieuses, et le fer, le cuivre, le succin? Quelle région pourrait intéresser plus vivement

INTRODUCTION

l’esprit mercantile que celle qui tient une des clefs de la Chine , qui a ses ports sur la mer Noire et sur l’océan Pacifique, sur la Baltique et sur la Caspienne, qui reçoit sans intermédiaire le thé des sujets du Fils du Ciel , les tissus du Tibet et de l’Inde, la fourrure des Samoïèdes, la soie des Boukhares et des Persans ?

Il est inutile de pousser plus loin ces observations préliminaires: tout le monde a compris la grandeur du sujet que nous avons à traiter. La nécessité de le mettre dans tout son jour sera notre excuse près des lecteurs qui trouveraient trop longs les détails dans lesquels nous sommes obligé d’entrer, et que nous tâcherons néanmoins de présenter sous la forme la plus générale et la moins aride possible. Toutefois , l’aridité est inhérente aux nomenclatures et aux cliiffres , nonobstant «l’éloquence» qu’on reconnaît à ces derniers: or, en entrant en matière, nous ne pouvons épargner à nos lecteurs la fatigue ni des uns ni des autres. Notre premier chapitre en sera plein , car ils sont un point de départ indispensable. Mais nous lâcherons de les y renfermer en majeure partie, afin de dégager la suite de cet appareil formidable, et aussi afin que, les trouvant là réunies, le lecteur puisse facilement s’y reporter au besoin.

CÎÎAPITRE PREMIER.

Page 1