‹ L'empire des Tsars au point actuel de la science J. H. Schnitzler Le territoire, tableau naturelChapitre 41 sur 359 · En langue mandchoue Zakhaline-Oula · texte numérisé non relu

En langue mandchoue Zakhaline-Oula

LES EAUX DE LA RUSSIE

mais qui dirige à travers la Daourie et la Mandchourie chinoises son cours de près de 3000 kilom. de long; cours important qui semble promettre au commerce du monde, dans l’avenir, une voie nouvelle très-précieuse. A l’embouchure du fleuve, le liman de l’Amour forme comme une espèce de lac , ouvert au nord et au sud par des passages très-rétrccis'.

Plus au nord, et le long du territoire russe actuel et incontesté , la mer d’Okhotsk forme plusieurs baies , dont la plus septentrionale est très -profonde et se divise en deux anses très-voisines de l’origine de la presqu’île de Kamtchatka, et également profondes. La principale est la baie ou le golfe de Penjinsk ; l’autre, la baie ou le golfe de Ghijikinsk : l’une et l’autre ont leur nom du fleuve qui y débouche et de l’endroit situé dans leur fond, endroit qui tire du fleuve sa dénomination. Plus au sud, près de 1 ’ostrog ou fort lamskoï, et vers le cap Nyaghine, il y a une troisième baie dont nous ignorons le nom ; et encore plus au sud, en se rapprochant

1. Voici ce qu'on lit dans la Géographie de Malte-Brun, l" édition, t. III , p. 457 : « Le détroit le plus méridional des bouches de l'Amur, séparant le continent de l’ile Séghalien, est encombré de sables , couvert de roseaux, et n'admet pas même une barque.» Nom ne savons si ce renseignement est bien exact. — La Gazette d'Augsbourg affirme , d'après les journaux russes , que le gouverneur général de la Sibérie orientale, sans doute en vertu d'un traité récemment conclu par l'empereur avec le gouvernement chinois, vient de faire descendre, en 1854, par deux bateaux à vapeur et reconnaître jusqu'à la mer le fleuve Amour que , jusqu'au traité de Nertchinsk (27 août 1689), on avait pu regarder commo un fleuve russe. Au dire de journaux plus récents , des bâtiments russes poursuivis, en 1855, par des bâtiments de la flotte des alliés, ont pu se réfugier dans le lit de l'Amour. Aujourd'hui que la mer Pacifique est, et devient davantage tous les jours, un des grands centres d'afTaires, et que la Russie y a des intérêts, comme l'Angleterre et la France, la question de la navigation libre de l'Amour, agitée à cette occasion, est pour la Russie d’une très-grande importance. Gomme il a été dit, nous reparlerons de l'Amour, et nous nous bornons ici à noter qu'on peut voir le texte du traité de Nertchinsk dans Mùller , Sammlung rvxxischer Gexchkhle , t. Il , p, 434 et suiv.

d’Okhotsk , une quatrième, la baie de Taou [ Toouiskot en russe), ainsi nommée d’un second ostrog.

Un grand nombre de fleuves ou ruisseaux côtiers, d’un cours très-restreint à cause des chaînes de montagnes qui, occupant toute la longueur du Kamtchatka, entourent aussi comme d’une ceinture le district maritime d’Okhotsk, se jettent dans la mer de ce nom.

Celle de Kamtchatka mène dans la met de Bering , autre golfe de la mer Pacifique, où vont se réfugier aujourd’hui les baleines traquées dans les parages moins septentrionaux, et que les Russes appellent More Bobrovoté , mer des Castors , à cause de la présence dans les îles de ces ouvriers en fourrures. Fermée au sud par les îles Aléoutienncs qui , avec la presqu’île d’Alaska, l’enceignent comme d’un arc de cercle, elle s’étend entre la Terre des Tcbouktches et le nord de l’Amérique russe. Nous avons déjà dit que là se trouvent les îles Saint-Laurent, Saint-Mathieu, Pribylof, etc. Cette mer forme un assez grand nombre de golfes secondaires ou baies. Du côté de l’Asie, sur les rives du Kamtchatka, est celui qui sépare T’île de Karaghinsk du continent; plus au nord, celui d’Olulorsk; puis, à l’embouchure de l’Anadyr, vient le golfe de ce nom , avec les trois baies d’Onémen , de Notchck, et de la Sainte-Croix. C’est dans la baie d’Onémen , elle-même subdivisée et echancrée , que l’Anadyr a son embouchure, ainsi qu’on le verra dans la suite. Plus au nord , entre les deux caps des Tchouktches dont il va être parlé , sont les deux petites baies de Metchigmcn et de Saint-Laurent. Du côté de l’Amérique, les baies sont, en commençant au nord: celles de Norton, des Bonnes Nouvelles (Dobrgkh VesteiJ , au delà de Pile de Nounivok, de Bristol ou de Kainychatsk, de Kénaiski (qui vient à la suite du détroit du même nom) et le Sound de Norfolk.

Outre l’Anadyr, quelques fleuves ou ruisseaux côtiers,

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surtout du Kamtchatka ; sc déchargent dans la mer des Castors: le principal s’appelle lui-même Kamtchatka, et a son embouchure à Nijné-Kamtchatsk , à la hauteur de l’ile de Bering.

Au nord de l’île de Saint-Laurent, située en avant du cap méridional des Tchouktches (loujcnii Tchoukotskii Noss1 2 3 */, commence le détroit de Bering, qui va en se rétrécissant jusqu’au cap septentrional des Tchouktches ( Sèvemii Tchoukotskii Noss), et qui forme la communication entre le Grand- Océan et l’Océan Glacial arctique. Au point le plus étroit, il n’a plus que 60 à 67 kilomètres. Sa longueur est d’environ 500 kilom., plus ou moins, selon les bornes qu’on lui assigne. Du côté de l’Amérique, la mer est plus basse près des îles que du côté de l’Asie : la sonde donne le plus souvent 34 à 36 brasses. Vit Bering, navigateur danois au service de la Hussie, y ayant passé le premier, en 1728, lui donna son nom, ainsi qu’à l’ile déserte d’Avatcha, où il mourut en 1741*.

Le passage le plus étroit est entre le cap du Prince de Galles en Amérique5, et celui que nous venons de nommer cap méridional des Tchouktcbes. Ce dernier s’appelle aussi le cap Oriental, et nous nous en tiendrons à ce dernier nom : en effet, comme dit Balbi, c’est la pointe la plus orientale de l’Asie et de tout l’Ancien-Continent. 11 est formé par des rochers à pic, au pied desquels les vagues se brisent avec fracas. La mer y est presque toujours couverte de glaçons,

1. Tchoukotskii est un adjectif russe formé de Tchuuktchi , les Tchouktches. No»* signifie ne», cap.

2. Voir sur le progrès des décomertes dans ces parages, la dernière carte de V Atlas Russien (1 758) de l’Acadcinie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, et G.-Kr. Muller, Sa r, ilung, etc., t. III, p. 1 et suiv.; ainsi que Coxc, Relation Je» découvertes russes entre l'Asie et l'Amérique, 1780, in-4“.

3. L'étendue de terre dont ce cap est une pointe est détachée du continent

boréal de l'Amérique par le Sound de Golorine, qui forme une communication

directe entre le golfe de Norton et la mer Glaciale.

sur lesquels se tiennent des troupeaux de morses , que des navigateurs russes ont comptés par cent mille.'

Océan (àJaclal arctique.

Quoique occupant la plus grande partie .de la région polaire qui, comme on sait, commence entre le GGC et le G7C degré de lat. N. , cet Océan est cependant moins immense que le Grand-Océan ; mais il se rapporte à la Russie , notre objet, sur une bien plus grande étendue. En effet, ses côtes russes , qui commencent à peu de distance du cap Nord (Laponie norvégienne), ne sont pas autant terminées qu’interrompues au cap Oriental ; elles reprennent au delà du détroit de Bering et arrivent presque jusqu’au Mackenzie. C’est en tout une longueur de 190 degrés. En comptant ces degrés même pour un quart seulement d’un degré complet, cela ferait plus de 5000 kilom. ’, sans avoir le moins du monde égard aux sinuosités de la côte, ni à plus forte raison à ces enfoncements profonds, à ces échancrures considérables, qu’elle présente en un si grand nombre d’endroits. Avec ces sinuosités, la côte russe de l’Océan Glacial arctique a certainement plus de 10,000 kilom. de long, peut-être même plus de 12,000.

Cet océan vraiment inhospitalier, et pourtant fréquemment abordé par les baleiniers et les émissaires de la science, tels que les Tchirikof , les Bering , les Billing , les Dèjenef , les Krusenstern , les Kotzebue, les Lütkc , les Wrangel , les Cocbrane , les Erman , etc. , n’est praticable à la navigation

1 . Voir un article sur le voyage de découvertes du sloop russe Dlagoniunrrennü (1819 à 1822) dans Eniian , Archiv fur wisxemchajltiche Kim de ion Rusxland. t. X, 1850, p. 278. 281. Il parait uu volume par an de ce recueil important, depuis 1811.

2. M. Erman compte 0,500 kilomètres seulement d'Arkliangel à l'extrémité orientale de la Russie d'Asie. Voir plus haut , p. 1 7 , la noie 2.

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que pendant quelques mois*. Môme la mer Blanche, qui dépasse au sud le cercle polaire, est couverte de glaces de septembre à juin ; plus à l’est, le passage ne s’ouvrç qu’en juillet, et se referme souvent en août déjà; jamais pourtant en entier : il reste toujours la grande polynia ou région ouverte , où se font sentir les courants propres à la mer polaire*. L’aspect de cette mer de glace n'est pas aussi monotone qu’on pourrait le croire : si , sur le plus grand nombre de points , elle n’offre que des plaines unies à perte de vue, sur d’autres elle s’élève en montagnes, et les banquises Bottantes offrent souvent l’aspect de remparts, de maisons, d’églises surmontées de flèches, ou affectant les formes les plus bizarres. Même sur la glace solide, de véritables montagnes, appelées torosses, enveloppent quelquefois de toutes parts le navigateur et l’emprisonnent dans un labyrinthe où tout est sujet d’épouvante. Quand le soleil parait, et surtout en juillet et août, où il ne quitte pas l’horizon pour ainsi dire, la glace craque affreusement; quand l’ouragan souille, comme il arrive fréquemment, les espaces non gelés subissent de terribles convulsions ; leurs vagues puissantes et leurs montagnes de glace viennent se heurter contre les plateaux solides et souvent les briser. Des ours blancs, des phoques et des morses apparaissent de distance en distance. Un auteur anglais*, qui nous a décrit le voyage d’une caravane de Nijuii-Kolymsk, engagée sur ces plaines de cristal dans leurs narlas (traîneaux) at-

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