Wrangel, t. II, p
LES EAUX DE LA RCSSIE
commençant, non au détroit de Bering où nous nous étions arrêtés, mais du côté de l’Europe, près de la baie dite Fiord des Varangiens ou Varèghes', sur les confins de la Norvège et de la Russie , d’où nous retournerons à ce même détroit le long de la côte , avec une facilité qui malheureusement fait faute aux navigateurs.
La plus importante de ces divisions , au point de vue du commerce, est, au moins jusqu’ici , la mer Blanche, vaste golfe entouré presque de toutes parts de l’immense gouvernement russe d’Arkliangel ’, qui, à lui seul, est deux fois grand comme l’Espagne. Elle a, selon les calculs de M. Engclhardt, une superficie de 122,500 kilom. carr. (2227 milles carr. d’All.), et 1770 kilom. de périphérie; elle s’enfonce dans les terres jusqu’à la distance de 440 kilom. Sa plus grande largeur en a environ 250.
L’entrée, large de moins de 130 kilom., est entre le Sviatoï-Noss (cap Sacré) et le Kanine-Noss. Le premier, à l’ouest , fait partie de l’immense presqu’île de Kola , ainsi nommée de la ville la plus septentrionale de l’empire, et appartenant à la Laponie russe * ; le second , à l’est , est un rocher schisteux d’environ 16 mètres de haut, à l’extrémité nord-ouest de la presqu’île de Kanine, beaucoup moins grande que celle de Kola et qui, en s’allongeant, avance davantage dans la mer. Celte presqu’île, d’une largeur variable, en a une de 70 verstes là où elle est la plus forte, savoir entre le cap Kanine et le cap Mikoulkine, qui est à l’entrée du golfe Tcheskoï. En partie montagneuse, elle est habitée
1. Ballii écrit, d'une manière un peu bai haie, golfe de Waranger.
2. En russe Arkhamjhrhk; mais, rorame pour Moscou, en russe iloskra , Catherinebourg , en rnsde lèkalérineéourgk , cl quelques autres lieux, nous 'lie changeons rien à la forme du nom, depuis longtemps usitée.
3. On peut en voir la description dans Pri.sart , t. II, p. 132—134. Elle est située, selon le calcul du capitaine Kcinecke, sous 68° 52' 48" de lat. nord, et sous 30° 4U 17" de longitude oiientale.
par des Samoïèdes et par des colons de la ville de Mésen , qui n’est éloignée que d’une quarantaine de kilomètres’. Ainsi que la presqu’île de Kola, celle de kanine ne présente guère de mouillage sûr.
La mer Blanche forme plusieurs golfes. Voici dans quel ordre on les rencontre , en commençant par l’est , quand , après avoir laissé à droite le cap de l’Aigle (Orlof-Noss J , on est à la hauteur des îles deMorjovetz: le golfe de Mésen, au fond duquel est l’embouchure du fleuve du même nom , au-dessous de la ville de Mésen ; le golfe de la Dvina ( Di ins haïn GoubaJ , ainsi nommé d’un des grands fleuves de la Russie qui y vient décharger ses eaux au-dessous d’Arkhangel, l’un des ports hvperboréens de l’Europe; et le golfe d’Onéga (Oncgskaîa GoubaJ , qui, séparé du précédent par une espèce de presqu’île , s’enfonce le plus dans les terres
I. On est étonné, au XIX' siècle, de lire dans un travail russe de M. Savélief, qui a fait le voyage de Kanine, en 1841 , ccs mots : « L'intérieur de Kanine, sous le rapport topographique , nous est encore complètement inconnu. » El ccuici : « Ainsi , mèliieaprès les voyageurs Lépékhine et Oserclrkofski , l'intérieur de la presqu’île de Kanine est resté, sous le rapport de l'histoire naturelle, tout A fait une terra incognito, jusqu'à ce qu’en 1 8-il M. Kuprccht (que M. Savélief accompagna) y fil sou voyage dans l'intérêt de la botanique et de la géognosie. » Le relevé exact des côtes n'a été fait qu’en 1826 et 1817 (voir Erman, Archir, t. X, 1852, p. 381-395). Hassel, excellent géographe , et notre devancier dans la topographie russe , de même que nous avons été celui de M. Possart , dont nous aimons aussi à citer le savant ouvrage, nomme presqu'île Chémokbonski (ilie Srhemochonskische Ualbinsel , voir Erdbeschreibung des linssischen Reiches in Europa , p. 302 ) , celle de Kanine. Ce nom vient d’une prétendue chainc de montagnes qui longerait la côte occidentale de celle presqu'île , chaîne que nous trouvons écrite Cbémokbofski sur le grand Atlas de l'empire russe de 1823 (carte 18 a) , mais dont l'existence aurait besoin d'être prouvée. Dans notre ouvrage La Russie, la Pologne et la Finlande (p. 026), nous avons, un peu à la légère, reproduit le même nom. Hassel parle de la presqu'île de Kanine. Quant à la chaîne de montagnes de la presqu’ile de Kola , qui commence au golfe de Kandalask et accompagne la côte jusqu'au cap Sviatoî , elle est connue sous le nom de Ter t km Rereg, rivage Terski. Voir la même carte; on trouve aussi ce nom sur celle de Petermann (Gotha, 1855) , et sur la carte des pays polaires par 11. Kie|>erl.
LES EAEX DE LA RUSSIE
cl reçoit, près de la ville d’Onéga, le fleuve du même nom. C’est à l’entrée de ce dernier golfe que se trouvent les îles Solovetzki', et, derrière celles-ci, il s’en trouve beaucoup d’autres plus petites. Enfin le quatrième golfe , du côté de l’ouest et au sud de la presqu’île de Kola, est celui de Kandalask ( Kandalaskata GoubaJ, qui tire son nom de deux villages de pêcheurs situés au fond de cette baie, très-enfoncée et très-rélrécie en cet endroit \
Les bords de la mer Blanche , bas et plats au sud et à l’est , sont à l’ouest , dans la presqu’île de Kola , non pas précisément élevés , mais formés par le roc vif et en partie hérissés d’écueils. Dans la presqu’île de Kanine, à son origine, là où la Semja se jette dans le golfe de Mésen, la côte est basse et sablonneuse jusqu’à une grande distance vers le nord. Au delà de l'embouchure de laTorna, au cap Loudovaty, se montrent des rochers couverts de mousse, hauts jusqu’à cent mètres et dans les crevasses desquels la neige ne fond jamais. Le cap Kanine participe de cette nature , et de là à l’est, la rive, formée d’argile mêlée de sable, présente des falaises fort élevées.
Cette mer, peu salée, est limpide et assez profonde pour recevoir même des vaisseaux de guerre ; mais elle n’est ouverte à la navigation que pendant quatre mois de l’année , et, le reste du temps, prise par les glaces, où s’amoncèlent les neiges, ce qui lui a sans doute valu son nom.
La pêche y est abondante : elle fournit de grandes quantités de harengs, qu’on sale dans ses ports. On prend aussi