‹ L'empire des Tsars au point actuel de la science J. H. Schnitzler Le territoire, tableau naturelChapitre 58 sur 359 · T. IV, p · texte numérisé non relu

T. IV, p

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garnies de pins communs ou sylvestres, mélangés de bouleaux du nord , sans qu’on y trouve jamais de sapins, ni de trembles.' H paraît que c’est particulièrement la nature du sol, plus ou moins meuble, qui explique cette végétation toujours la même: là où le terrain sablonneux s’avance dans des contrées basses et trempées d’eau, le pin suit intrépidement , et se met souvent, pour ainsi dire , dans l’eau jusqu’au cou , sans être pour cela malade ou mal à l’aise. Là seulement où immédiatement sous sa surface le sol. devient très-ferme, le pin se retire, quoiqu’il ne manque certainement pas là des éléments minéralogiques qui lui sont nécessaires.

«Ainsi les sapins et les pins communs indiquent deux extrêmes de la végétation sylvestre du nord, extrêmes qu’il est impossible de méconnaître et dont chacun entraîne à la suite des genres nommés toute une série d’autres plantes qui semblent y appartenir et s’y entremêlent...’»

«C’est un caractère particulier du nord, continue le même voyageur, un peu plus loin , que tout ce que la nature y offre s’y présente dans une étendue à perte de vue. La force créatrice n’a su disposer pour ces proportions aussi massives que simples que d’un petit nombre d’espèces; mais les conditions de leur existence sont si absolues, que chaque espèce se multiplie à l’infini. Celui qui, venant du sud, a l’habitude de rencontrer du nouveau à chaque pas, de voir d’autres plantes chaque fois qu’il se retourne , et d’entendre chanter un autre oiseau dans chaque arbre et chaque arbuste , celui-là doit renoncer à appliquer ici la même mesure. Dans ces proportions colossales , ce ne sont pas seulement les écrasantes masses de lumière en été , ni les longues et obscures nuits d’hiver, ni les marécages

1. Il y a IA dans Ittasius une faille d’impression (pie nous corrigeons, el qui n’esl pas indiquée dans I ’rrrata. Au lieu des trembles, il nomme ici de nous eau

les bouleaux.

« 2. Heise , I. I , p. 37, 38.

ASPECT GÉNÉRAL

sans fin ou les terres trempées d’eau qui se font remorquer, tout adopte la même manière d’être, tout ce qui vit, tout ce qui remue , tout jusqu’à la pierre immobile. On dirait que chaque espèce a la prétention de revendiquer pour elle le terrain tout entier.

«Si le Nord produit dans tout observateur une impression irrésistible, c’est ce fait qui en est la cause. Une richesse inépuisable de vie en grandes masses est étalée dans toutes les directions ; mais toute cette vie atteste une indigence d’idées qui est réduite à une étemelle répétition. Et , à l'inverse , dans le Midi, la nature est, selon l’apparence, déserte et pauvre de vie, mais inépuisable à développer une variété infinie de formes.

• « Avant même que nous eussions vu le monde des végétaux

dans toute sa grandeur boréale , le monde animal nous avait annoncé que nous avions franchi la limite d’un état différent de la nature. A peine eûmes-nous , à quelque distance de Schliisselbourg (vers le nord), quitté les forêts éclaircies, que nous nous trouvâmes dans une lande vaste , sablonneuse, ouverte, garnie de pins et de sureaux disséminés, et couverte d’un épais gazon d’espèces d’érica. Un vent vif de nord - ouest nous amena les brisés du Ladoga , et avec elles une quantité innombrable de mouches printanières , de phrvganées , d’éphémères, et de cousins. Pour la première fois j’eus une idée claire de ce qu’on veut dire lorsqu’on parle d’obscurcissement de l’air. Nous ne savions que devenir, tant ces insectes tombaient sur nous en masses. On eut bien de la peine, dans la ville, à en débarrasser ma voiture , où s’était abaissée toute une couche de ces êtres importuns. Le doux soleil du printemps les avait fait sortir des bas-fonds marécageux qui sont au sud du grand lac. Sous nos latitudes à nous , la nature n’engendre plus dans la même mesure , en masses dont il n’y a pas moyen de se rendre maître.

«En même temps que la nature, l’homme change de carac-

tère , de vues , de besoins ; et l’homme en vie n’est pas seul obligé de se résigner à ce changement , le mort lui-même le subit. Une aride colline de sable s’élève près de la route, loin de toute demeure humaine , plantée de pins solitaires et de quelques croix de bois , simples et noires. Quiconque est enterré, n’appartient plus qu’à la nature. 11 mourut en chrétien et repose dans la main de Dieu ! Aucun sentier ne mène le vivant pour la seconde fois à ce tertre nu et solitaire. Quand le vent a balayé la couronne sèche du haut de la croix , le mort n’entend plus que le chant strident des aiguilles de pins ; son tombeau n’est arrosé dès lors que par la pluie et non plus de larmes. »

Tel est le caractère boréal , longtemps avant que l’on approche des plages nues et éternellement glacées.

Maintenant parcourons successivement les principales régions du vaste empire septentrional, objet de nos recherches.

La Finlande et les' trois gouvernements du Nord, formant ensemble une étendue d’environ 1,800,000 kilom. Carr., c’està-dire près d’un cinquième de toute l’Europe, en composent la région du Nord. Dans celle-ci, nous ferons remarquer la grande région des lacs*, entre la mer Blanche et le golfe île Bothnie, laquelle, outre l’Onéga, le Ladoga , le Zaima, présente une inimité de nappes d’eau de grandeur moindre. Les lacs nominalement mentionnés appartiennent au gouvernement d’Olonelz et à la Finlande ; mais , plus au nord , le seul gouvernement d’Arkhangel en renferme onze cent quarante-cinq, dont

I. Nous disons la grande région des lacs, pour la distinguer de la petite qui, dans le dMiiet d’O-tasrhkof (gouvernement de Tver), se compose des lacs Séligher, Peno, Sterje, Polgoîé. Dans les Fragment s de géologie et de climatologie asia- ligues, de M. de UuiuMdt (t. Il, p. 312 ), il faut lire Sterje, au lieu de Pterche.

■ — Il y a une autre région de lacs dans le sud-est de l'empire, au nord do la mer d’Aral : voir sur elle Huniboldl, Asie centrale , t. Il, p. 137 et 138. Sur celle qui nous occupe ici, il faut lire les pages intéressantes de K. -H Mfiller, dans l’ouvrage lier LgriscMe Volksstamm', p. 403 — 412.

ASPECT GÉNÉRAL

quelques-uns aussi de grandeur notable La basse plaine de ce môme gouvernement , surtout dans le voisinage du Mésen et de la Petchora , et au delà du cercle polaire , n’oflre plus que l’aspect désolé des toundra. On donne ce nom , en Europe et en Asie , à des plaines marécageuses et couvertes de mousse mais où ce tapis cache le plus souvent une terre perpétuellement durcie par la glace. Ces toundra, dans ce seul gouvernement , présentent une étendue de plus de 460,000 verStes carrés. «En descendant des monts Ourals vers la mer Blanche , dit Malte-Brun 5, nous voyons une nature sévère et inhospitalière prendre un empire si absolu, qu’à peine l’industrie de l’homme peut-elle , au prix d’une lutte pénible , se procurer les moyens d’une existence peu agréable, et quelquefois précaire. Le principe vivifiant de la chaleur diminue à chaque pas ; les épis nourriciers se flétrissent ; la prairie marécageuse ne nourrit que des joncs et des mousses ; dans la plaine stérile, les arbres disparaissent, les racines meme deviennent plus petites ; tout ressent le voisinage du pôle , et c’est en vain que pendant des jours d’une longueur immense les rayons, trop obliques, du soleil frappent un sol pénétré d’eanx glaciales....

«Le pays à l’est de la mer Blanche est une grande plaine

1. Voir là-dessus notre ouvrage, La Russie, la Pologne et la Finlande, p. 626, et les cartes 59 f et -18 a de l'Atlas de l’empire de Russie de 1823.

2. On ne connaît pas l'étymologie du mol toundra, au pluriel toundry; ou du moins nous n'avons rien trouvé là-dessus dans l’excellent Dictionnaire étymologique de M. FtcifT.

3. Première édition, t. VI, p. 160; édi|. de 1833,' t. VI, p. 129 et suiv. Voir aussi p. 112 et 143. — Il faut regretter, que les progrès incessants de la science n’aienl pas permis aux éditeurs du beau livre de Malte-Brun de le reproduire dans son état primitif, si remarquable à tous égards et si digne d'estime. Du moins ne laissons point périmer les titres de cet excellent géographe, et ne permettons pas qu'on fasse honneur à d'autres qu'à lui d'un travail colossal , qui a sans doute été complété depuis et aussi dégagé d’un certain nombre d’erreurs, mais qui néanmoins ost à lui et la gloire de son nom.

qui s’incline , depuis les sources des rivières de Pelchora , Mésen, Vytcbegda, Dvina et Onéga, vers cette mer, sans autre interruption que celle qu’occasionnent les hauteurs de terre peu considérables par lesquelles les cours des rivières sont déterminés.... La partie méridionale de tous ces bassins offre quelques collines ; la partie septentrionale ne présente qu’une vaste étendue de champs , de marécages , parsemés de quelques rochers....'»

Passant ensuite à la Laponie dont les deux tiers sont aujourd’hui russes , Malle-Brun en décrit les élévations diverses, le plateau central et les eaux. Voici ce qu’il dit de celles de la presqu’île de Kola: «Toutes ces rivières, tous ces lacs, relégués dans une contrée froide et déserte , étalent en vain leurs cascades écumantes, leurs rivages escarpés ou découpés en mille formes bizarres , leurs îles couvertes de bouleaux ou de pins ; rarement un voyageur y vient se reposer aux rayons du soleil de minuit sur la blanche et élastique mousse qui , semblable à un tapis de neige , s’étend sur leurs bords silencieux entre les longues ombres des forêts et des rochers. Le Lapon riche y mène rarement ses mille rennes , qui aiment mieux étancher leur soif aux ruisseaux et aux sources des montagnes; mais le pauvre , qui n’a point de troupeaux , y vient chercher sa nourriture. Le jour , il veille aux filets qui traversent les rivières , et qui n’airêtcnt pas toujours l’agile saumon ; la nuit (lorsque ce pays a des nuits), il fait reluire scs torches de pin et frappe de son trident les poissons qu’attire à la surface des eaux cette lueur trompeuse.» Puis, le savant Scandinave décrit avec autant de charme que de soin le plateau central de la même contrée hyperboréenne. «Pendant soixante jours, dit-il,

1. En parlant du rameau du Timàn , nous aurons à modifier quelque peu cette assertion.

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