Voir aussi Murrhison , p
2. Millier la nomme la grande porte ouralique des peupler. Voir ce qu'il en dit t. I, p. 53-76. C'est un chapitre tort curieux.
3. Voyager en différentes province » de t'empire de Russie, t. V, p. 210.
— Voir aussi Koch , Reise durch Russland naeh dem kaukasischen hlhmus , t. I, p. 120-122. .
■t. Nous changeons l’article et quelquefois l'orthographe.
lit
L’on voit dans les plaines arides la petite tulipe blanche à deux fleurs et l’ornilhogalon ( onxilhogalum umbcUalum) , dont les fleurs croissent en corymbe , avec des pédoncules plus longs que la tige et des filaments échancrés. L’on n’aperçoit ces deux plantes que depuis Souchaïlou , et de là à cinquante verstes. Elles se plaisent le long des roules. Ces plaines ne sont d’ailleurs guère propres qu’à former un asile aux serpents et aux lézards qui y abondent. La contrée devient plus herbeuse depuis luchiltou , parce que le terrain est moins salin et plus sableux. L’on rencontre pour lors le crambe à feuilles rudes et à tiges unies (crambe orientalis), plusieurs astragales, la véronique d’Autriche ( vcronica austriaca), le passerage ( lepidium perfoliatuvi) dont les feuilles inférieures sont ailées, et celles des branches en forme de cœur, entières et amplexicaulcs, la renoncule drapée et d’Illyrie (rantmculus lanuginosus et illyricus) et autres semblables. »
Quant à la steppe ouralienne , on peut la subdiviser en steppe des Kirghises et steppe des Kalmuks. La steppe des Kirghises n’est qu’un appendice de celle de l’Asie dont il sera bientôt question. La steppe des Kalmuks commence déjà à Syzràn , gouvernement de Simbirsk, sur le moyen Volga, et, bornée au sud par la mer Caspienne , elle s’étend de la rive gauche du fleuve jusqu’à celui d’Oural. C’est celle-ci que Ilommaire de Hell a pris tout spécialement pour objet de ses curieuses études. « Il est impossible de se figurer, dit-il, (ou plutôt dit-elle, car c’est Mme de Hell qui tient la plume ici*), quelque chose de plus horrible que la route d’Astrakhan à Kizliar. Pendant deux jours et deux nuits nous voyagions dans une éternelle sablière, ne rencontrant sur notre passage que des kibilkits kalmoukes à moitié ensevelies, servant de stations de poste , et quelque champs d’absinthe, dont le triste feuillage
I. C'csl i elle qu'appartient loulc la parité pittoresque du voyage, est-il dit dans la préface.
ASPECT GÉNÉRAL
était parfaitement en harmonie avec la physionomie désolée du pays. Les masses de sable que nous traversions déroulaient les plus capricieux accidents de terrain. Nous avions sous les yeux des collines, des ravins, des cascades, d’étroites vallées, des tumulus; mais rien ne restait en place : un pouvoir invisible et toujours en travail variait à l’infini les formes et les aspects, sans laisser au regard le temps d’en suivre la rapide transformation. » — Tandis que la steppe d’Astrakhan est tout à fait plate , la steppe ouralienne est entrecoupée de montagnes de sable appelées Naryne (sable) par les Kalmuks, et Rynpeski (sables de Hyn') par les Husses. Là se trouvent aussi les deux Bogdo, grand et petit ( Bogdo Ola des Kalmuks), dont le premier, géant de la steppe, est réputé saint parmi les Kalmuks. 11 en sera question plus loin. Le long du Volga s’étale encore une riche végétation, qui comprend aussi les arbres; mais plus loin on ne trouve plus que des graminées, puis un terrain salin , avec de nombreux lacs salés ; l’eau douce y manque presque généralement. Cette steppe transvolgaïque est immense, pour ainsi dire sans fin.
Heste la steppe Koumane. Elle s’étend, quand ,on n’v comprend pas la steppe limoneuse du Kouban , qui est plus au sud-ouest, entre les sources de la Kouma, leTéreket la mer Caspienne. Voici en quels termes elle est décrite dans les Voyages de Pallas1: «La steppe qui s’étend entre la Kouma et le Térek forme d’abord une plaine, garnie en grand partie
de fonds salins Vient ensuite une contrée sableuse , remplie
de monticules, qu’on appelle ici bourouni. Elle s’étend de l’ouest à l’est, en coupant la steppe dans sa largeur. L’on
1. I,ps IUnjmnici moules, 'Pu'maoi, Ta 'PjpipLtxà opt), de Plolémée (VI, 14). Sables de Kvn, ne serait-ce pas le même nom? D'après le professeur Fr.' Kru.se, le nom viendrait de p’j|tpa, saumure, lessive de sel.
2. T. V, p. 219 et suiv. Voir aussi Fallt, Üeitrüye tur tupograpliischen Keuntniss des russischen Reichs , t. I, p. 99.
peut la regarder comme faisant plus de la moitié de cette lande. 11 croît ici beaucoup d’yvelte ou germandrée à feuilles
linéaires entières {leucrium chanurpytis) fçlc ; une luzerne
avec des pédoncules branctius, des légumes épineux et en
forme de limaçon L’on arrive à de nouveaux puits, à
vingt-cinq verslcs à peu près de la première des citernes dont nous avons parlé. Ils sont situés dans une profonde et vaste fondrière, à gauche de la route. A dix versles plus loin, l’on passe le dernier puits, et l’on ne trouve ensuite plus d’eau que l’on ne soit arrivé au Térck. Parvenu là , l’on est à peu près au milieu de la steppe : c’est ici où les monticules de sables, appelés bourouni , ont le plus de hauteur; ils s’inclinent ensuite peu à peu vers le Térek. C’est dans celte même contrée que commence le désert sableux d’Ankéleri , qui est détaché du bouronn dont il a été fait mention plus haut. Il s’étend du nord-ouest au sud -est, et ne consiste qu’en un sable mouvant que les vents ont amoncelé en collines, qui
se trouvent entrecoupées par de gros enfoncements
Le Manylch et la Kouma arrosent ce désert aride , salé et sans arbre, qu’on peut aussi regarder comme une mer dessécliée ; mais ils n’ont point de courant et forment des lacs ou des lagunes. La mer, sur la côte, se l'étiré de plus en plus.»
Tel est l’aspect du sol dans les différentes parties de la Russie d’Europe, sauf les montagnes proprement dites, dont nous ne larderons pas à parler.
Pénétrons maintenant, par la grande porte des peuples, dans celte autre partie du monde où, perdus en quelque sorte dans l’immensité , nous aurons des milliers de lieues à faire sans quitter un instant le territoire russe.
Kiiimlc d'iule.
La steppe , par une transition naturelle , nous conduit en Asie, et là aussi nous laissons à part la montagne proprement
ASPECT GÉNÉRAL
dite , le Caucase, l’Altaï , etc., régions alpestres, dont la première surtout a, comme nous l’avons déjà dit, tout le charme de la Suisse , et dont la seconde aussi , malgré son climat encore boréal, mérite d’être mieux connue et renferme des beautés que l’idée de Russie, à plus forte raison l’idée de Sibérie, semble exclure, beautés qui se rencontrent même au Kamtchatka et dans d’autres contrées baignées par le Grand- Océan.
Passant donc sous silence, pour le moment, la magnifique région caucasique, qui , comme en Europe la Crimée, est la partie poétique du sol de la Russie , nous allons jeter un coup d’œil sur la steppe des Kirghises et les autres du voisinage , et nous chercherons ensuite à caractériser l’ensemble de la Sibérie tel qu’il apparaît à l’observation générale, sommaire , et qui n’a pas la prétention d’aller absolument au fond des choses, en abordant l’immensité du détail.
An delà du fleuve Oural, le long de l’Emba, fleuve-de la steppe, qui, plus à l’est, se décharge aussi dans la mer Caspienne, et jusqu’à l'entour de la mer d’Aral d’une part , du lac Ralkasch de l’autre', est la steppe des Kirghises, de ce peuple nomade, d’origine turque , dont nous avons déjà dit qu’il est tributaire de la Russie ou qu’il en relève au moins, en Vertu d’un lien que les chefs de ses trois hordes se sont volontairement imposé. Cette immense steppe, limitrophe au sud des khnnats du Turkestan indépendant et de l’empire Chinois , a , comme on l’a vu plus haut, une étendue de plus d’un million de kilom. cair. , par conséquent, presque double de celle de la France, Le professeur Gcebel, qui, depuis Pallas et ses collègues, nous a le mieux fait connaître ces steppes', nous apprend que les étés y sont très-chauds et le ciel presque toujours du plus bel azur;
t. Hcite in dit Steppe n des südlichen Rimlandi , 1838, 2 vol. tn-4“, t. I , p. 60 et suiv. — Voir au^si F. -H. Slirtlcr, lier ligriiche Volkntamm , t. I, p. 222 et suiv.
mais dans les autres saisons le climat est rigoureux : les vents, appelés bourans, qui y régnent alors, sont d’une telle violence qu’ils emportent quelquefois plusieurs centaines de bêtes à laines ou même de bêtes à cornes. Selon le même savant, il y a parmi le peuple nomade qui occupe cette steppe, des ricbes possédant jusqu’à 20,000 moutons et de 6 à 1 0,000 chevaux. Les herbes ne doivent donc pas manquer: aussi M. Gœbel compte-t-il dans la flore de la steppe , environ cinq cents espèces. Celte vaste solitude est loin d’être partout unie : au contraire , depuis la petite chaîne méridienne de Moukhod-iar, du versant occidental de laquelle descend l’Emba , jusqu’à la frontière chinoise , il y a sur son sol des rides et des collines , tantôt continues, tantôt interrompues, surtout celles que les Kirghises appellent Ildighi-Syrt, c’est-à-dire, Montagne infinie ', et qui parait se rattacher à l’Oulou-lagh, Oulou-taou ou Grande-Montagne (en turc), voisin de la frontière sibérienne. Cependant, dit M. de Humboldt, «la plupart des collines de la steppe n’ont que 300 à 500 pieds de hauteur au-dessus de la plaine; les plus élevées n’ont pas été mesurées avec précision, et l’on sait combien des buttes de granité ou de porphyre prennent un caractère imposant lorsqu’elles s’élèvent rapidement comme des châteaux forts, en bornant l’horizon....» «Des collines isolées, dit encore plus loin le même auteur8, hautes à peine de 5 ou 600 pieds, des groupes de petites montagnes qui, comme le Sémi-laou, près de Sémipalalinsk , s’élèvent brusquement à 1000 ou 1200 pieds au-dessus d’immenses plaines couvertes de graminées, trompent ceux des voyageurs qui ne sont pas lwbitués à déterminer par des opérations précises les inéga-
1. Voir, Erman, lleise um die Erde , llistorischer Ilericht , t. I, p. 487 cl suiv.; Humboldt, Asie centrale, t. Il, p. 125, et t. I, p. 1 - ; Ch. Hitler, Géographie , t. Il , p. 734 et suiv. (Asie ,1. I , p. 734). — Voir encore sur cotlc steppe, llassel, Russie d’Asie, p. 121.