‹ L'empire des Tsars au point actuel de la science J. H. Schnitzler Le territoire, tableau naturelChapitre 79 sur 359 · L'arcbiue, eu auue russe, est de 0.7112 mètre · texte numérisé non relu

L'arcbiue, eu auue russe, est de 0.7112 mètre

contre, en hiver, un isatis ( Steinfuchs ) solitaire, ou aperçoit

dans le lointain un petit troupeau de rennes sauvages Au

printemps, le désert s’anime un peu par les essaims innombrables de canards sauvages, d’oies, de cygnes et d’autres oiseaux de passage , qui arrivent de loin pour renouveler leur

duvet et pour nicher Pendant l’été , on voit errer à perte

de vue des troupeaux de rennes sauvages qui, fuyant les forêts, se réfugient ici , afin d’échapper aux mouches qui les poursuivent. Le majestueux et grand élan d’Amérique, au contraire, qu’on appelle ici sokhatyi, qe quitte jamais les fourrés des bois, etc.» , .

Après avoir lu celte description, on ne s’attendrait pas à des impressions pareilles à celles dont le même navigateur nous rend compte dans un autre passage de son intéressante relation : «C’est seulement dans l’extrême nord de la Sibérie, dit -il', qu’on peut se figurer les beautés naturelles, qui, à la vérité, n’ont rien de riant , mais qui sont dans leur genre grandioses et sublimes, propres à ces contrées glacées, et, comme on est tenté de penser, mortes et tristes. J’avais sous mes yeux (sur le rocher d’Obrom , près des bords d’un affluent de la Kolyma) des montagnes couronnées d’ondulations de neige qui se perdaient dans la glace azurée et dans les brouillards de la mer éternellement gelée. Le soleil, en se couchant, jetait des rayons d’un rouge foncé, avant-coureurs d’un ouragan déjà proche, sur les sommets des montagnes, et formait, dans les brillants atomes de glace dont l’atmosphère est remplie, d’innombrables arcs-en-ciel. Çà et là s’avancent en saillie de noirs rochers à pointes qui font l’effet d’iles dans un vaste océan d’un gris blanchâtre , et introduisent un peu de variété dans la monotonie de l’ensemble.»

La seconde région, celle de la Sibérie méridionale , où l’agriculture est généralement possible et en partie pratiquée , se

l. T. Il, p. 15.

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divise aussi en deux portions, et cette fois par la longitude, savoir, en Sibérie occidentale et Sibérie orientale : chacune de ces deux régions a son annexe dans la Sibérie septentrionale, non susceptible de culture. Comme c’est la ligne des montagnes qui forme la démarcation , les deux noms ci-dessus correspondent à ceux-ci : Sibérie plate et Sibérie montagneuse; le cours du Iéniceï, qui appartient déjà à la Sibérie orientale, en dessine les confins.

La Sibérie plate est à l’occident. Elle se compose de plaines et de steppes dont nous connaissons déjà les principales et où il n’y a d’autres éminences que les rives des grands fleuves , le plus souvent celles du côté droit. Les plaines entre le Tohol et l’Obi en sont la partie la plus populeuse ; mais les terres sont là si faibles, que déjà l’on commence à s’apercevoir qu’elles ne répondent pas assez à l’attente des cultivateurs ; ils se décideront sans doute à en chercher de nouvelles. Ici, les fleuves, contenus par des bords glaiseux et sablonneux , coulent péniblement sur un fond limoneux , et rarement sur des cailloux , tandis que ceux de la Sibérie orientale , dont le lit est schisteux et qui roulent sur un terrain de roche , sont rapides et ont presque tous des cascades. Le bassin du Tobol surtout, principal affluent de l’Irlysch, qui lui-même est un affluent de l’Obi , est très- bas , et attire les eaux de toutes parts; c’est le plus grand enfoncement au pied de l’Oural. La ville de Barnaoul encore, sous le 53e degré de latitude et à une distance énorme de la mer , est seulement à une élévation d’environ 120 mètres au-dessus de son niveau. Cependant, la dépression de la Sibérie occidentale a ses bornes. L’Oural même jette des ondulations dans cette région plate , accidentée en outre par les montagnes du sud, auxquelles appartiennent toutes les ramifications de la Sibérie. Ainsi que nous le verrons plus loin , ces montagnes contournent les sources d’abord de l’Irlygch et ensuite de l’Obi, auquel il se réunit; elles suivent la frontière

chinoise (pays des Dzoungars, des Kalmuks et des Khalkas occidentaux), et s’élèvent jusqu’à des hauteurs couvertes de glaces et de neiges perpétuelles. Le premier rameau de ces montagnes, qui se dirigent de l’ouest vers le nord , se rapproche obliquement du léniceï , et forme manifestement sur sa rive gauche la limite entre la Sibérie occidentale et la Sibérie orientale. Vers l’extrémité orientale de la première , le plateau entre l’Obi et le Tom est encore assez peuplé.

Quant à la seconde, elle est beaucoup plus susceptible de culture qu’on ne s’imagine : le pays nommément qui s’étend entre le léniceï et le lac Baïkal offre de vastes étendues de terre grasse et fertile ’, étendues sans doute destinées à devenir beaucoup plus peuplées qu’elles ne le sont encore actuellement. Sur les bords du grand lac qui, selon les observations de M. deFuss, est à une altitude de plus de 400 mètres, niveau bien différent de celui de la Sibérie occidentale, le pays devient de plus en plus montagneux. En s’éloignant de la rive droite du léniceï, les montagnes se dirigent vers l’Angara qu’elles encombrent de cascades; puis elles accompagnent les deux Toungouska (supérieure et inférieure), et se répandent vers le nord. Un autre rameau, qui entoure le lac Baïkal et s’étend sous différents noms jusque vers Kiakhta *, accompagne plus à l’est

t . Voici ce qu'on lit à ce sujet dans les F,tuAe t sur la Russie Ae M. de Haitbausen, t. Il , p. 225 : « La terre noire que nous avons rencontrée dans la Russie centrale, s’étend . . . , comme une large zone , des monts Karpathes jnsqu’é la mer du Sud ( Grand-Océan ). La récolte ordiuaire donne le sixième On dixième grain ( il veut dire six on même dix pour un ); mais certains endroits, comme le midi de la province (du gouvernement) de Tonisk, fournissent le vingtième et même, comme près de Xerlcliinsk , le soixantième ( soixante |Niur un ! ! ). Le soc n'a qu’à effleurer la terre pour lui faire produire une excellente récolte. Il n'est nulle part besoin d'engrais; le sol le plu* médiocre ne demande qnc des jachères plus on moins longues. » Malgré l’autorité de l'écrivain il qui nous empruntons ce passage , il nous sera permis de conserver des doutes sur l'exactitude de ces données presque miraculeuses.

2. M. Erman ( ffei.ee , etc., L II, p. 89, 98) nomme les montagnes au sud du

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le Vitim, affluent de la Lena, et ensuite ce grand fleuve luimême. Un troisième, plus oriental encore, traverse, sous forme de plateau , toute la Sibérie de l’est , formant la ligne de partage entre les eaux qui se rendent dans la mer Glaciale et celles qui se déchargent dans le Grand-Océan. De formidables masses de vraies montagnes, hautes quelquefois, dit-on, de 1300 à 1 400 mètres , couvrent toute l’étendue voisine du Grand- Océan1, très-élevée en général, mais qui s’abaisse brusquement vers la mer d’Okhotsk; elles remplissent de leurs hauteurs la presqu’île de Kamtchatka , et forment encore au sein de la mer le groupe des îles Kouriles. La région transbaïkalique est la plus haute de la Sibérie : aussi, quoiqu’elle en soit en même temps la partie la plus méridionale après les districts occidentaux de Sémipalatinsk et d’Oust-Knniéjiogorsk (gouvernement de Tomsk), qui atteignent et dépassent vers le sud le 45e degré, latitude de Bordeaux et de Venise *, et quoique l’hiver y dure moins longtemps que sur d’autres points, est-elle exposée à des gelées inattendues qui trompent l’espoir du cultivateur. Elle forme la partie méridionale de ce gouvernement d’Irkoutsk que Hassel a si bien caractérisé *. Après avoir dit qu’il forme plus du tiers du vaste empire russe et qu’on pourrait y enfer-

lac lîaîkal munit Khamar , et il les décrit comme très-hautes. — Kiakhta est le célèbre marché russo-chinois , établi nui confins des deui empires. La ville de Kiakhta, située â la distance de 0034 ventes de Saint-Pétersbourg, est à 780 mètres au-dessus dn niveau de la mer. Voir ibid. , p. 108 et suiv. , et Riller, , Géographie, t. III, p. 184 et suiv.

1 . Nous donnerons plus loin des détails sur ces différentes ramifications de la grande chaîne sibérienne.

2. C'est le district d'Ichim , plus au nord (gouvernement de TohoLk) , qui est le plus florissant de tous. Nous dirons ici , par anticipation , qu'il complaît , en 1851 , une population de 150,000 âmes. Comme, d'après la statistique officielle do la Sibérie occidentale pour 1837 (Materiahj dla Slalisliki, 2m<' partie, p. 72), l'élendue de ce district est de 3,583,278 déciatines ou de 34,454 verstes carr. , cela fait au moins quatre habitants et demi par verste carrée. — Cette statistique officielle , quoique incomplète et non méthodique , mérite d’ètre rousullée.

'3. Russie d'Asje, p. 575.

mer douze fois la Fiance, dix fois l’Allemagne entière avec toutes les possessions de l’Autriche et de la Prusse, du Danemark et des Pays-Bas, il en décrit ainsi le curieux panorama : «On y trouve, dit-il, toutes les variétés de la surface terrestre, des sommets qui s’étendent jusque dans les nues , des chaînes de montagnes qui parcourent son intérieur avec des terrassements plus ou moins hauts, des mers et des golfes, des lacs qui égalent les mers, des fleuves en droit de rivaliser avec les plus puissants de la terre , des rivières et des ruisseaux formant mille sinuosités, des forêts immenses qui n’ont point entendu encore le bruit de la cognée, des steppes qui couvrent des centaines de milles cairés, des champs de blé riches et pauvres, de grasses prairies et des pâturages desséchés, etc. En somme, le pays est plus montagneux que plat, et peu attrayant même dans ses meilleures parties, celles du sud; la nature y est plutôt grande que belle, et le climat est partout plus rude qu’en Europe sous les mêmes latitudes. » *

Le lecteur n’est pas habitué à entendre parler de la Sibérie avec enthousiasme, et cependant, comme on le devine déjà, elle s’y prêterait parfaitement. Quelques Sibériens ou voyageurs russes ont été jetés dans le ravissement à l’aspect de ses beautés. Ecoutons un de ces patriotes, un peu trop engoués peut-être de leur pays, mais aux descriptions desquels on peut pourtant ajouter foi, après avoir fait la part de l’exagération. «Qui nous croira, dit-il avec une satisfaction qu’il ne veut dissimuler, qui nous croira quand nous assurons que, des rives du Iéniceï jusqu’à l’océan Oriental, tout absolument est couvert de forêts continues et des plus épaisses? Qui croira que ces mêmes contrées sont on ne peut plus pittoresques et qu’elles ne le cèdent en rien à la Suisse tant vantée ? Les Russes se sont habitués à se faire une idée trop basse de leur propre pays, trop haute des pays d’Europe . . .

«La steppe finit à l’Obi, que tout Européen est tenté d’ap-

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peler une mer, quand il s’enquiert, dans sa surprise, de l’origine d’une si prodigieuse accumulation d’eau. Mais que l’on se souvienne que, plus bas encore, le grandiose Tom et puis l’irlysch, si admirable en lui-même, s’y joignent, et qu’on se fasse alors une idée de l’aspect de la moitié inférieure du cours de l’Obi. Arrivé sur le Iéniceï , près de Krasnoïarsk , on a besoin de deux heures pour traverser l’eau rapide et trouble de ce puissant lleuve.... Puis commence le caractère montagneux de la Sibérie orientale. Pourtant la route ne s’élève nulle part considérablement en apparence , quoique l’on soit toujours en vue des montagnes. Après avoir passé le Kàn, la Birioussn, l’Oiula, l’Ija, l’Oka et le Kito'i, rivières dont chacune est plus grande que la Néva et par conséquent que tout fleuve quelconque de l’Europe (!) , on s’arrête enfin vis-à-vis d’irkoutsk, aux bords de l’Angara. On passe celle-ci sur un karbas, et on la trouve encore différente de tout ce qu’on a vu jusque là. Elle est large, profonde, extraordinairement rapide, et néanmoins transparente comme le cristal do roche. On comprend mieux ce merveilleux spectacle quand on se rappelle qu’on a affaire ici à l’écoulement de l’immense lac Fiaïkal, et que l’Angara , dans son cours supérieur déjà, a une largeur de deux verstes. Comme on sait, celte rivière se jette dans le Iéniceï, et, seulement après sa réunion avec lui , dans la mer Glaciale. Que l’on s'imagine l’effet que produit une telle réunion ! Sur un espace de 500 versles, l’Angara coule sans encombre entre ses bords enchanteurs; mais alors commencent les chutes, et d’énormes écueils coupent transversalement son lit. Le plus souvent il ne résulte de cette circonstance que des rapides, c’est-à-dire un courant impétueux sur le fond de rochers; mais il y a aussi de véritables chutes, et parmi les principales il faut compter celle (ju’on appelle Padoun ’, où le torrent se précipite par trois fois d’une rangée de rochers sur F autre

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