‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 117 sur 283 · DJ-FAUTS DE I/Œ'JVRH: DE PIERHE LE GRAND · texte numérisé non relu

DJ-FAUTS DE I/Œ'JVRH: DE PIERHE LE GRAND

nationalisation d'une moitié de la nation, la séparation des classes. A force de copier l'étranger, le Russe de la réforme cessait d'être Russe. 11 en lut de tout ce qui était national comme du cobluiiie, comme de la langue, réduite à l'état de patois abandonné au bas peuple. Pierre, si Russe dans son caractère, semblait avoir pris à tûcbe do germaniser ses sujets. Aux villes qu'il fondait, aux institutions qu'il créait ou renouvelait, il donnait des noms allemands, forgeant souvent d'inutiles barbarismes, incompréhensibles au peuple. Un jour, prétend-on, il fut sur le point de faire de l'allemand la langue officielle. Sous sa fillo Elisabeth, ce fut le tour du français, resté pendant plus d'un siècle souverain absolu. I*étersbourg no pouvait entraîner tout le pays dans une lelle voie.

La couche superficielle, les classes élevées, furent seules à s'imprégner des mœurs et des idées de l'Occident : lo fond, la masse du peuple y resta impénétrable. Les uns demeurant Russes pendant (jue les premiers se faisaient Allemands ou Français, la Russie se trouva parlagce en deux peuples isolés par la langue et les habitudes, incapables de se comprendre. Les grandes villes et les habitations seigneuriales furent au milieu des campagnes comme des colonies étrangères. Pour le gros de la nation, la précipitation avec laquelle les classes dirigeantes se jetaient vers l'Occident devint môme une cause de relard. Demeuré trop en arrière pour suivre ses maîtres, le peuple lut laissé en route et abandonné à sa barbarie.

Ce mal social se retrouvait dans la politique. Sans harmonies entre elles, les institutions fureiil en désaccord avec le pays ; imi)orlécs de l'étranger et sans racines dans le sol, elles y étaient souvent transplantées avant qu'il ne fût préparé pour elles. Tandis qu'en Occident l'ère moderne repose sur le moyen âge et chaque siècle sur le précédent, en Russie, tout l'édifice politique, comme la civilisation entière, n'avait ni assises nationales, ni fondations historiques. Toute l'organisation gouvcrucmcn-

talc était extérieure et clrangcre au peuple. La plupart des lois étaient exotiques : elles ressemblaient à des vêlements d'emprunt, n'allant ni à la taille ni aux habitudes de la nation.

Selon la remarque d'un penseur contemporain', l'un des caractères de l'ère moderne, et l'un des maux dont ont le plus souffert les peuples du continent depuis le dix-luiitième siècle, c'est l'abus de la législation, c'est l'excès de conliancc dans la loi écrite, regardée comme le souverain et irrésistible véhicule du progrès. Or, nulle part ce défaut n'a été porté à un tel degré que dans la Russie do Pierre le Grand et de ses successeurs. En aucun État pcut-èlre on n'a autant et aussi intrépidement légiféré, parce que nulle part le législateur n'a disposé de tels moyens d'action. Toute l'histoire de la Russie, toute la longue période moscovite en particulier, semble n'avoir servi qu'à former dans l'autocratie impériale un législateur omnipotent, maître de tout faire ou de tout oser. Les héritiers de Pierre et de Catherine procèdent à l'envi à coups d'oukazes, croyant tout permis et tout possible à leur autorité, ne semblant jamais douter du succès ou de l'eflicacité de ces décrets si vile rendus cl abrogés, sans cesse innovant et modifiant, commandant et prohibant, et souvent, à force de variations, d'inconséquences ou de contradictions, faussant et discréditant dans les es[u'its la notion môme de la loi qui, en Russie, semble l'expression dune volonté individuelle, puissante et redoutible, mais passagère et changeante. Vis-à-vis du peuple russe, réduit h l'état (l(î patient inerte et presque de cadavre insensible, les maîtres de l'empire ont parfois l'air do médecins, faisant des expériences m anima vili. Je dirai plus, à force de tout changer, de tout altérer, de loul mettre en question, les souverains ont malgré eux enseigné aux Russes »^ considérer leur pays connue une table rase, ou comme

L M. le l'Iny. I.a vt' forme $ociab.

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